Régionales 2010: tous les enseignements du premier tour [résultats définitifs]

POLITIQUE Vote sanction contre l'UMP, vague rose et verte qui déferle sur fond d'abstention record et de poussée du FN: le bilan...

P.B. avec agence

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Un bureau de vote alsacien, après le premier tour des régionales, le 14 mars 2010
Un bureau de vote alsacien, après le premier tour des régionales, le 14 mars 2010 — REUTERS/V.KESSLER

Ce n'est pas une claque mais un uppercut. A la lumière des chiffres définitifs tombés dans la nuit, le parti présidentiel ressort ébranlé du premier tour des régionales. Autopsie d'un vote sanction.

 

>>La carte des résultats définitifs à consulter ici

Vers le zéro pointé pour les ministres?

Le PS devance l'UMP et ses alliés de 3,3 points (29,48% contre 26,18%), et devient ainsi la première force politique du pays. Mais surtout, sur huit ministres du gouvernement briguant une présidence de région, aucun ne semble en mesure de l'emporter. Même la liste de Valérie Pécresse, arrivée en tête en Ile-de-France (27,76% contre 25,26% à celle de Jean-Paul Huchon et 16,58% pour Europe Ecologie emmené par Cécile Duflot) ne semble avoir mathématiquement aucune chance. Avec une stratégie de parti unique, les reports de voix devraient être des plus limités pour l'UMP dimanche prochain. L'abstention «ne permet pas de tirer un enseignement national» et «tout reste ouvert» pour le second tour, a voulu minimiser François Fillon. L'ex-ministre UMP Rachida Dati a toutefois prévenu que la majorité présidentielle devait «reprendre (ses) fondamentaux», jugeant que ses électeurs se sentaient «abandonnés».

 

Abstention record et poussée du FN: le mécontentement monte

La victoire du PS est à relativiser. Moins d'un électeur sur deux s'est en effet rendu aux urnes dimanche. Le taux d'abstention atteint 53,65%: un record pour ce type de scrutin. Autre signe de ras-le-bol, le Front national talonne Europe Ecologie, à 11,74%. Le FN reste «une force nationale», a prévenu son leader Jean-Marie Le Pen. En région Paca, où il mène sans doute son dernier combat électoral, il réalise 20,29%. Dans le Nord-Pas-de-Calais, sa fille Marine termine à 18,31%. Le FN est en mesure de se maintenir dans 12 régions. Pour le leader écologiste Daniel Cohn-Bendit, le ministre de l'Immigration Eric Besson, qui a conduit le débat controversé sur l'identité nationale, a «réussi son coup, c'est-à-dire de faire remonter le FN». «Le FN n’est qu’une force d’instrumentalisation des déçus de la droite et de la gauche», explique à 20minutes.fr l'analyste Stéphane Rozès.

 

Vague rose + vague verte = grand chelem possible pour la gauche?

Le bloc gauche (53,46%) distance de 14 points le bloc droite (38,93%) (métropole + La Réunion). Dans la dynamique des européennes, Europe Ecologie (EE) devient la troisième force politique du pays avec 12,47%, s'offrant même un pic à plus de 20% sur Paris. «Les Français ont envoyé un message clair et fort, ils ont exprimé leur refus d'une France divisée, angoissée et affaiblie», a lancé Martine Aubry côté socialiste. Elle s'est cependant gardé de tout triomphalisme, expliquant que «tout est encore possible». L'objectif d'un grand chelem paraît cependant envisageable pour la gauche. Sur les 26 régions (22 en métropole, 4 outre-mer), seules lui manquent pour l'heure l'Alsace –où le suspense reste entier– et la Corse. Seul point noir pour le PS, le Languedoc-Roussillon où sa candidate Hélène Mandroux est éliminée (7%), comme Jean-Louis Roumégas (Verts). Georges Frêche (ex-PS, DVG) est en passe d'être réélu, avec plus de 35% au premier tour. Interrogé par 20minutes.fr, le socialiste Christophe Borgel appelle à «faire barrage à la droite».

 

Les négociations compliquées

Pour un grand chelem, reste à fusionner les listes à gauche. Initialement prévues dans la nuit, les négociations nationales devaient ne démarrer que lundi matin. «On laisse dans les régions les camarades discuter et analyser les résultats avec les Verts. Ensuite, on se verra lundi matin au niveau national pour étudier les problèmes là où il y en a», a expliqué vers minuit à l'AFP François Lamy, proche de la première secrétaire du PS. Du côté d'Europe Ecologie, on appelle à un respect de la «proportionnelle stricte». Pour le Vert Marc Brûlé, le PS a «l'occasion de prouver» qu'il veut «rompre avec l'hégémonie» en vue de 2012. «S'il y a une seule région où ça ne fusionne pas, ce sera une croix jusqu'en 2012», juge-t-il. Refusant d'être cantonné au développement durable, Europe Ecologie compte bien obtenir des vice-présidences (transports, activité économique ou logement).

 

François Bayrou et Olivier Besancenot marginalisés

A 4,24%, le MoDem est KO debout, et ne peut se maintenir qu'en Aquitaine avec Jean Lassalle. Annoncé avec environ 6% des voix au premier tour, le Front de gauche PCF-Parti de gauche éclipse le NPA d'Olivier Besancenot, qui termine à moins de 2,5% des suffrages. Lutte ouvrière confirme sa lente érosion, obtenant seulement environ 1% des voix.

Si la vague rose se confirme dimanche prochain, attendez-vous un remaniement ministériel? Dites-le nous dans les commentaires ci-dessous.