Gérard Longuet sur Malek Boutih: Des propos «regrettables» pour les uns, «racistes et antilaïcs» pour les autres

REACTIONS L'UMP tente de pondérer la portée d'une déclaration fortement condamnée par ailleurs...

20minutes.fr

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Le sénateur Gérard Longuet, le 1er mars 2010 à Paris.
Le sénateur Gérard Longuet, le 1er mars 2010 à Paris. — E. POL/SIPA

Les propos de Gérard Longuet sur l'éventuelle nomination du socialiste Malek Boutih à la tête de la Halde (Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité) continuent de faire réagir ce jeudi. Le seul à ne pas donner qon avis sur la question reste l'un des principaux intéressés, puisque Malek Boutih, contacté par 20minutes.fr, a indiqué qu'il «ne parlera à personne aujourd’hui».

«Une maladresse»

Le porte-parole de l'UMP, Frédéric Lefebvre, les a jugé «plutôt regrettables» sur France 2, estimant toutefois que les expressions qu'il avait employées n'étaient «pas très compréhensibles». Il a souligné que Gérard Longuet avait «lui-même dit que c'était une maladresse».



Le ministre de l'Ecologie, Jean-Louis Borloo, a préféré détourné les accusations ce jeudi matin en estimant lui que Malek Boutih avait le «bon profil» pour prendre la tête de la Halde, jugeant «rassurant» que Gérard Longuet se soit excusé pour ses propos «malheureux» à l'égard de celui-ci. «Je connais bien Malek Boutih, je l'apprécie énormément» a ajouté Jean-Louis Borloo sur France info.



Cependant, Frédéric Lefebvre a accusé les socialistes de vouloir, à quelques jours du premier tour des régionales «faire une nouvelle polémique pour essayer de masquer leur bilan qui est catastrophique dans les régions et le fait qu'ils n'ont aucun projet à proposer». «Pour la première fois, je les vois soutenir Malek Boutih» alors que «franchement, on ne peut pas dire que ce soient de bonnes relations entre Malek Boutih et la direction du PS», a-t-il ironisé.

«Je suis en complet désaccord avec les propos de Gérard Longuet», a pour sa part indiqué un ancien de la maison rose, Eric Besson. Car, pour le ministre de l'Immigration, «il n’y a pas de "corps français traditionnel"». «La nation française est fondée sur le dépassement des origines et l’adhésion à des valeurs républicaines», a jouté celui qui est à l'origine du débat sur l'identité nationale. Selon lui«Malek Boutih est Français, à égalité de droits et de devoirs avec tous les Français» et sa nomination «serait un excellent choix».

«Le corps français traditionnel, c'est quelque chose qui pue»

«Nous, on a des militants qui ne sont pas du "corps français traditionnel". Le "corps français traditionnel", c'est quelque chose qui pue, c'est quelque chose qui ne sent pas bon», a estimé Olivier Besancenot. Le leader du Nouveau parti anticapitaliste (NPA) a accusé le gouvernement et l'UMP, à travers les propos de Gérard Longuet, de tout faire pour «siphonner les voix de l'extrême droite» avant les régionales. «Personne ne pourra dire que c'était par hasard qu'on a eu, pendant toute cette campagne, ce parasitage constant. C'est quand même signé Furax. Au bout d'un moment, ça devient un peu évident», a-t-il déclaré avant le meeting de fin de campagne de la liste NPA en Ile-de-France, à Paris.

Jean-Marie Le Pen n'est pas loin de partager l'avis du leader du NPA, puisqu'il voit dans cette prise de position «un petit signal qui est lancé pour essayer de récupérer quelques voix du Front national». Le président du FN partage cependant l'avis de Gérard Longuet sur le fond: «Je suis d'accord avec cette déclaration, ça me paraît normal»

Une expression «très malheureuse»

Mercredi soir, Valérie Pécresse, tête de liste UMP aux régionales en Ile-de-France, a considéré de son côté comme «très malheureuse» l'expression de Gérard Longuet lors d'un débat avec Jean-Paul Huchon (PS). Ce dernier l'a jugée «presque hallucinante». «Ca rappelle quand même Vichy et le béret basque», a-t-il dit.

«J'ai mal à mon pays, j'ai mal à ma France», a déclaré pour sa part sur I-Télé Razzy Hammadi, secrétaire national du PS chargé des services publics. Il a dénoncé ce jeudi la «banalisation» de ce genre de paroles.

Interrogé avant le dernier grand meeting du PS au Cirque d'Hiver à Paris, Ali Soumaré, qui avait été qualifié à tort par des élus UMP de «délinquant multirécidiviste», a jugé: «l'UMP est en train de se lâcher. On assiste à un discours politique qui fait peur». «Je ne rentre même pas dans le clivage gauche-droite --je ne suis pas sûr que les amis de Chirac avaient cette approche de la politique-- mais là on est dans une droite qui se lâche», avec «les multirécidivistes, le débat sur l'identité nationale».

Des propos «racistes et antilaïcs»

La présidente de Ni Putes ni Soumises (NPNS), Sihem Habchi, est allée dans le même sens la veille, se disant «scandalisée» par des propos qu'elle a qualifiés de «racistes et antilaïcs». Silhem Habchi a estimé qu'ils soulignaient «à quel point on a besoin de la Halde aujourd'hui en France».

«Ce sont les énièmes propos inacceptables depuis des semaines et des semaines, ce ne sont pas des dérapages, c'est une pensée politique à droite», s'est indignée de son côté Marie-George Buffet (PCF) sur France Inter. Selon elle, la majorité multiplie d'ailleurs «les prises de parole qui frisent la xénophobie, le racisme».

«Après les propositions de Nicolas Sarkozy sur la mise sous tutelle de la Halde, après les propos caricaturaux d'Eric Zemmour ce week-end et ceux, insultants, de Gérard Longuet ce matin, le silence des politiques, de gauche comme de droite, est coupable», a même réclamé Alain Dolium, tête de liste du Mouvement démocrate (MoDem) en Ile-de-France. «Les Français et les Franciliens attendent autre chose que d'être nettoyés au Karcher par l'Etat UMP sous le regard d’une gauche impuissante», a ajouté le candidat.