Yves Jégo, ancien secrétaire d'Etat à l'Outre-mer évincé du gouvernement après la crise aux Antilles, règle ses comptes. Notamment avec le premier ministre François Fillon, principale cible des critiques du livre 15 mois et 5 jours entre faux gentils et vrais méchants (Grasset) qui paraîtra le 18 novembre.

«Sarkozyste avant tout», nommé en mars 2008, il apprend par téléphone le 23 juin dernier qu'il ne fait plus partie du gouvernement, quelques minutes seulement avant l'annonce officielle du remaniement.

«Ce limogeage sans préavis est une vraie surprise, un coup de tonnerre car rien n'avait filtré», écrit-il. Il ajoute que «le Premier ministre que j'ai servi loyalement pendant 15 mois n'a pris la peine ni de me recevoir ni de m'appeler».

Viré comme un malpropre

Amer, «viré comme un malpropre», Yves Jégo qui a eu à affronter la crise sociale des Antilles, affirme :«Jamais il ne m'a reçu pour faire le point sur l'avancée des dossiers dont j'avais la charge. En y pensant, je n'ai même jamais eu de feuille de route ni de lettre de mission».

L'ancien secrétaire d'Etat estime que François Fillon «se construit habilement une image de victime quasi christique, d'homme qui souffre» et que «contrairement à l'image qu'il donne, il se protège plus que de raison».

Yves Jégo, qui a fait «plus de 500.000 km» durant ces 15 mois, a mené la réforme de l'administration centrale de l'Outre-mer, celle des «retraites cocotiers» et a dû gérer l'éruption en Guadeloupe. «J'assume mes responsabilités, mais ce n'est jamais très agréable de se retrouver sur le champ de bataille en pleine crise, de se retourner et de s'apercevoir qu'on est tout seul», écrit-il.

Ni engueulade, ni explication

Il tacle les représentants du patronat de Guadeloupe qui demandaient d'abord le rétablissement de l'ordre public. «Le patronat a joué une tactique très fine. Auprès de l'Elysée, je me suis fait littéralement scalper, sur le thème: Jégo n'assure pas la sécurité des patrons».

Selon lui, «le leader, la clé, c'est Elie Domota», leader du syndicat guadeloupéen LKP, qu'il a rencontré secrètement de nuit, mais qui a «sans cesse présenté une vision caricaturale de la Guadeloupe».

M. Jégo évoque aussi une Guadeloupe «plus souterraine où les alliances pouvaient se révéler étonnantes», citant Lucette Michaux-Chevry, grande figure de la droite chiraquienne locale et mère de celle qui lui a succédé (Marie-Luce Penchard), «qui se vante d'avoir reçu Elie Domota chez elle».

De son brusque rappel à Paris en pleine crise antillaise par le Premier ministre, il dit :«ni engueulade, ni explication, rien. Du Fillon chimiquement pur».