Hollande: «le PS ne doit pas courir derrière ceux qui ne veulent pas de lui»

Propos recueillis par Emile Josselin

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Francois Hollande au congrès de Reims, le 14 novembre 2008.
Francois Hollande au congrès de Reims, le 14 novembre 2008. — REUTERS/Pascal Rossignol
Taxe professionnelle, droit à l'image collective: la droite se divise, pourquoi le Parti socialiste n'arrive pas à en profiter?
La droite est actuellement dans un mal-être, un mal-gouvernement. Pour Nicolas Sarkozy, la sortie de crise sera plus délicate que la gestion de la crise elle-même, dont il avait su jouer.
Nous somme devant des oppositions, que je range en quatre familles: les centristes, la gauche de la gauche, les écologistes, et le parti socialiste. Le PS n'est pas encore la force motrice aujourd'hui, mais il doit en être le pôle central. Il doit notamment avoir un système d'alliances clair. Le parti socialiste ne doit pas courir derrière ceux qui ne veulent pas de lui, mais rester lui-même, à la fois audacieux, et fier de son identité. Ce qui ne veut pas dire qu'il ne faille pas faire d'inventaire, je le fais dans ce livre.
 
Vous êtes resté à la tête du PS pendant onze ans. Y a-t-il des choses que vous referiez différemment?
Il y a eu deux périodes dans mon mandat. D'abord, à la fin de la période Jospin, j'aurai associé nos partenaires à l'inversion du calendrier électoral. Et lorsque Jacques Chirac a commencé à critiquer Lionel Jospin, je pense qu'il aurait du prendre les Français à témoin, pour demander une mise au clair. Ensuite, sur la période après Jospin, j'ai regretté de ne pas avoir sanctionné ceux qui avaient fait campagne contre le traîté constitutionnel, mais je n'ai pas eu les moyens de le faire [les amis de Dominique Strauss-Kahn s'y sont opposés, raconte François Hollande dans son livre, NDLR]. Je regrette également de ne pas avoir choisi un calendrier qui désigne le candidat plus tôt. C'est pour cela que je souhaite que les primaires se déroulent fin 2010. Dans ce livre, je ne me pose pas en historien, j'essaie de tirer des leçons pour l'avenir. Une des autres de ces leçons est qu'il faut rester constant.
 
Justement, dans votre livre, vous attaquez durement, sans les nommer, les revirements successifs de certains de vos opposants… Ces comportements ne sont-ils pas un peu nouveaux au Parti socialiste?
 
Avant, il y avait d'un côté Rocard, qui était estampillé moderne, de l'autre Mitterrand, et puis Jean-Pierre Chevènement, et les positions variaient peu. Mais la société a changé, et le PS en est son reflet: il y a plus d'individualisme, de variabilité en fonction des saisons. Certains ont inventé une sixième République pour finalement découvrir les logiques de la cinquième! D'autres, qui ont signé des textes très à gauche, font partie aujourd'hui du courant le plus ouvert. Il ne faut jamais se plaindre d'avoir trop de talents, mais il n'y a d'avenir possible que dans la cohérence.
 
Concernant 2012, dans votre livre, vous dites «d'où je suis, je me prépare». Comment? Dans votre mandat local à la tête du département de la Corrèze notamment?
Pas uniquement. Je ne crois pas qu'on puisse faire d'une collectivité locale un laboratoire pour des politiques nationales, mais on peut les préfigurer. Je me prépare aussi en travaillant à la rédaction de ce livre, qui est une façon de diffuser mes idées sur une période importante. Ensuite je continuerai de faire des colloques sur trois grands sujets: produire mieux, la redistribution avec une grande réforme fiscale, et le pari éducatif.
 
Dans votre livre, vous expliquez que jamais les élus, les cadres, les militants du parti, n'ont été à ce point impliqués dans la campagne. Ségolène Royal a pourtant une analyse inverse…
Les deux sont vraies. Le parti était là, l'arme au pied. La candidate aurait souhaité qu'il le soit plus. En fait il y a eu deux campagnes parallèles plus qu'une campagne unique.
 
Au sujet de la campagne de 2002, vous dites d'ailleurs qu'il aurait été logique que le premier secrétaire – vous - soit le directeur de campagne? Et en 2007?
En 2007, c'était difficile, il y avait des raisons personnelles. Qu'est-ce que l'on aurait pensé? Ce n'était pas possible.