Pourquoi la droite se dispute-t-elle autant?

POLITIQUE Identité nationale, taxe professionnelle, grand emprunt, budget de la Sécu... 20minutes.fr fait le point sur les raisons de la discorde...

Catherine Fournier

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L'ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin a loué jeudi la nouvelle façon d'exercer le pouvoir de Nicolas Sarkozy estimant qu'on jouait maintenant "la politique rugby" avec un président de la République qui "va dans la mêlée" et distribue ensuite les ballons aux ministres.
L'ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin a loué jeudi la nouvelle façon d'exercer le pouvoir de Nicolas Sarkozy estimant qu'on jouait maintenant "la politique rugby" avec un président de la République qui "va dans la mêlée" et distribue ensuite les ballons aux ministres. — Pierre Verdy AFP/Archives

Eric Woerth contredit sur le grand emprunt par Henri Guaino, lui-même tancé par François Fillon, lequel tacle Rama Yade sur les niches fiscales des sportifs, Jean-Pierre Raffarin rappelé à l'ordre par un Nicolas Sarkozy agacé par sa fronde sur la taxe professionnelle... A elle seule, la journée de mardi a parfaitement illustré l'ambiance qui règne à droite actuellement. Comme dans les meilleurs familles, la droite est un sacré bazar où on s’engueule plus qu’on ne se parle. A tel point que le président a cru bon de rappeler ce mercredi en Conseil des ministres qu'il était «important et nécessaire d'être solidaire».
 
De l'affaire Frédéric Mitterrand à la réforme de la taxe professionnelle, en passant par Jean Sarkozy à l'Epad, le budget de la Sécu, l'identité nationale et le grand emprunt, les sujets d'affrontements au sein de la majorité, principalement entre les parlementaires et l'exécutif, ne se comptent plus ces derniers temps. Ce qui a fait dire au sénateur UMP Hubert Haenel dans les colonnes du Parisien qu'il n'avait «jamais vu un tel décalage en vingt-quatre ans de mandat». Pourquoi? 20minutes.fr avance quelques explications.
 
L'effet mi-mandat

Cela fait maintenant deux ans et demi que Nicolas Sarkozy a été élu à la présidence de la République. Cinq gouvernements plus tard et un certain nombre de réformes engagées au compteur, la lassitude se fait sentir. «C'est la période la plus dure pour un exécutif au pouvoir», rappelle Pascal Perrineau, directeur du Cevipof (Centre de recherches politiques de Sciences-Po). Les sondages le prouvent. Nicolas Sarkozy a encore perdu six points dans le dernier baromètre de l'Ifop pour Paris Match.
 
L'effet crise

De l'avis de Pascal Perrineau, toutefois, «la situation de crise économique et financière profonde n'arrange rien». Un avis partagé par Marie-Anne Montchamp, à la pointe de la fronde des députés UMP contre le projet de loi de finance de la sécurité sociale (PLFSS). «On est en train d'aborder des sujets fondamentaux, comme la dette publique, les ressources des collectivités locales... avec une crise qui a largement plombé le pays», explique-t-elle, justifiant ainsi des «débats archi-musclés» entre les parlementaires et le gouvernement.
 
L'effet réforme institutionnelle  

Cette tension dans les débats est également favorisée par la réforme des institutions adoptée en juillet 2008, qui donne plus de pouvoir au Parlement. Luc Chatel a reconnu lui-même ce mercredi que le gouvernement avait donné davantage de pouvoir au Parlement et qu'il devait donc accepter qu'il y ait des débats. «Les élus commencent à prendre les pouvoirs qui leur ont été donnés au sérieux», renchérit Pascal Perrineau. La tribune de Jean-Pierre Raffarin et 23 sénateurs UMP sur la taxe professionnelle en est la plus récente illustration. «Les projets de loi du gouvernement sont désormais amendés en commission avant d'être débattus, ce qui met l'exécutif dans une situation abrupte», ajoute Marie-Anne Montchamp.

L'effet hyperprésident

Si la réforme des institutions a renforcé le Parlement, elle a également conforté la présidentialisation du régime, en autorisant le chef de l'Etat à venir s'exprimer devant les parlementaires réunis en Congrès, suivi d'un débat sans vote. Une configuration qui instaure, selon Marie-Anne Montchamp, un affrontement plus frontal entre l'Elysée et le Parlement. Et qui explique, selon elle, les balbutiements de l'exécutif sur certains réformes. «Il n'était pas habitué à un schéma aussi court dans les institutions précédentes. Avant un projet de loi passait d'abord par Matignon puis par le ministère concerné avant d'arriver au Parlement», rappelle la députée du Val-de-Marne.
 
«Les mesures ne sont même pas prises par les ministres, déplore de son côté le député Nicolas Dupont-Aignan (Debout la République), fustigeant «un manque de cohérence dans l'action publique» du fait que «les décisions sont prises par un seul homme qui navigue à vue». Plus que la réforme ou la crise, Hervé Mariton y voit «la conception du fonctionnement des institutions de la part du président. La précipitation dans les réformes est liée, selon le député UMP villepiniste, «à la nature du pouvoir actuel. C'était le cas dès le début du mandat.»
 
L'effet «absence d'adversaire»

Avec une gauche à genou après le succès des Verts aux élections européennes, la droite a eu «l'impression à la droite qu'elle avait un boulevard devant elle», analyse Pascal Perrineau. Or, «l'absence d'adversaire rend imprudent, selon le spécialiste. On cultive ses différences au sein de son propre camp, on a l'impression qu'on peut tout se permettre.» Le politologue note par ailleurs que qu'il y a toujours eu «plus de chocs entre les hommes» à droite, où le pouvoir est plus personnalisé.  

Et selon vous, quelle est la meilleure explication? Pourquoi la droite se dispute-t-elle autant?