Michèle Alliot-Marie: «La lutte contre la récidive est une priorité pour lutter contre les violences conjugales»

INTERVIEW EXCLUSIVE La ministre de la Justice dévoile à 20minutes.fr les mesures pour lutter contre les violences conjugales...

Propos recueillis par Laure de Charette et Vincent Vantighem

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Michèle Alliot-Marie
Michèle Alliot-Marie — 20 MINUTES/ S. Ortola
Quelles sont les nouvelles mesures pour lutter contre les violences conjugales ?
A l'Intérieur déjà, j'ai lancé plusieurs actions pour soutenir les victimes notamment de violences intrafamiliales, incluant les enfants et les ascendants. C'est cette action que je prolonge comme garde des Sceaux.

Quels sont vos leviers d'action ?

Je m'appuie sur des actions très concrètes et des expériences, comme celle menée à Douai depuis cinq ans. En éloignant et en suivant les conjoints violents, les magistrats, avec l'aide d'associations, leur font prendre conscience de leur dépendance, à l'alcool par exemple, et du risque de marginalisation. On obtient ainsi un taux de récidive faible, de l'ordre de 6%. Des expérimentations similaires vont démarrer prochainement à Grenoble, Bordeaux, Rouen, Dax.

Comment la loi peut-elle évoluer pour mieux protéger les victimes ?
Aujourd'hui seuls les maris violents peuvent être éloignés du domicile, pas les concubins et pacsés. Il y a là un vide juridique préoccupant. Je vais inscrire l'extension de la mesure dans notre droit civil d'ici l'été prochain. Contre le harcèlement dont les femmes se plaignent souvent, je veux créer une ordonnance de protection temporaire pour interdire à l'agresseur d'entrer en contact ou de séjourner à proximité de sa victime. Et des aides financières d'urgence pourront être débloquées pour aider les femmes à subvenir à leurs besoins, seules.

Des bracelets électroniques alertent déjà parfois les autorités dès que l'homme s'approche…
Ce bracelet ne peut équiper que les condamnés. Or il faut aussi agir en amont de la procédure judiciaire. Je vais lancer le 23 novembre à Bobigny une première expérimentation pour équiper une vingtaine de femmes -ou d'hommes- battu(e)s de portables d'urgence. Des appareils extrêmement simples à manier : même en période de grand stress, il suffira d'appuyer sur un bouton pour alerter la police, qui enverra immédiatement une équipe. Cela peut aussi être dissuasif.

On se préoccupe désormais autant des hommes violents que des femmes battues. Cela illustre t-il un changement de philosophie ?
Il faut d'abord répondre à l'urgence pour protéger les victimes. On a réussi, ces dernières années, à briser un tabou. Mais dans le même temps, il faut, au-delà des mesures répressives, aider l'auteur des violences à gérer ses pulsions. La lutte contre la récidive est pour moi une priorité. Y compris dans ce domaine.