Robert Boulin, un ministre haut placé mort dans des circonstances mystérieuses

POLITIQUE Il était ministre du Travail du gouvernement Barre en 1979...

Emile Josselin
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AFPTV
C'est un événement dont on peut difficilement imaginer l'ampleur aujourd'hui: un ministre en exercice, classé parmi les «premier-ministrables», bref un ténor politique, retrouvé mort dans des circonstances douteuses. Ce ministre, c'est Robert Boulin, ministre du Travail du gouvernement de Raymond Barre. Le 30 ocotobre 1979, il est retrouvé dans l'étang du l'étang du Rompu à Saint-Léger-en-Yvelines (Yvelines). Aujourd'hui encore, pour la justice, sa mort reste un suicide par absorption de barbituriques. Difficile à croire.
 
Le contexte. En 1979, Robert Boulin est volontiers présenté comme un successeur potentiel de Raymond Barre. Mais il est mis en cause dans le «scandale de Ramatuelle», portant sur les conditions d'acquisition d'un terrain dans cette ville du Var. A l'époque, l'ambiance est très tendue à droite. En 1977, Jacques Chirac a démissionné de son poste de premier ministre, et crée dans la foulée le Rassemblement pour la république (RPR), qui rapidement devient une machine de guerre dirigée contre Valéry Giscard d'Estaing. C'est dans ce contexte que Robert Boulin est retrouvé mort, dans 50 cm d'eau.
 
La thèse «officielle». Robert Boulin n'aurait pas supporté sa mise en cause dans le «scandale de Ramatuelle». Après avoir envoyé quatre lettres pour annoncer son suicide, il aurait absorbé des barbituriques, puis se serait effondré dans un étang et serait mort noyé, dans la forêt de Rambouillet. C'est d'ailleurs ce à quoi conclut la première autopsie. Cette version sera assez rapidement remise en cause, sans que les responsabilités n'aient pu être établie.
 
Questions sur les blessures. La première autopsie explique: «l'examen du crâne n'est pas effectué sur directives de Monsieur le procureur de la république». Tout comme celui des poignets. A l'époque assistant légiste, Bernard Rumégoux dit à France Inter  avoir remarqué un «hématome sur le crâne» correspondant à un coup, et une «coupure au poignet», marque selon lui de «liens très serrés».
 
La seconde autopsie concluera que la noyade est une «hypothèse nullement démontrée». Sans compter que les prélèvements effectués dans les poumons de Robert Boulin, qui auraient pu démontrer la noyade… ont disparu. Mais nulle trace de l'hématome au crâne ou bien de la coupure au poignet qui semble pourtant visible sur la photo prise par la police.
 
L'environnement où Boulin a été retrouvé. Officiellement, il a été retrouvé dans l'étang. Mais le colonel Jean Pépin, un des premiers à se rendre sur place, estimait en 2003 qu'il avait vu des traces de pas «allant et repartant» vers l'étang.  «Je pense qu’on avait mis le cadavre dans cet étang», dit-il à France Inter. Il n'aura guère le temps d'en savoir plus: peu de temps après être arrivé sur les lieux, il est dessaisi de l'enquête.
 
L'heure à laquelle a été retrouvé le corps. La version officielle fait état de 8h40. Mais plusieurs autres personnes, parmi lesquelles Raymond Barre, et le directeur de cabinet de Robert Boulin, disent avoir été prévenus vers 2h du matin, raconte France Inter. Le procureur général chargé de l'affaire, un proche du Service d'action civique, le service de sécurité des gaullistes, se rend sur les lieux dans la nuit, et confiera plus tard à une amie: «C’est un truc à emmerdes. On a tout fait minutieusement comme il fallait. J’ai tout surveillé. Rien n’a été laissé au hasard.»
 
Les déclarations de l'époque. Les anciens premiers ministres Jacques Chaban-Delmas et Raymond Barre ou encore l'ancien ministre Olivier Guichard. Tous ont mis en cause la thèse du suicide. Peu après la mort de Boulin, Chaban-Delmas accuse même à mots couverts le RPR de l'époque. L'ancien député-maire de Brives Jean Charbonnel explique à France-Inter qu'Alexandre Sanguinetti, un des baron du gaullisme,  lui aurait confié qu'il pensait lui aussi à un «assassinat».
 
Pourquoi en vouloir à Robert Boulin? Selon la fille d'Alexandre Sanguinetti, il avait eu accès «à un réseaux de fausses factures» qu'il aurait pu révéler. Un ancien ministre de la coopération, intermédiaire officieux pour des contrats de BTP à l'époque, lance même à un des ses interlocuteurs:  «Boulin a cru que c’était arrivé. Le problème sera bientôt réglé. On n’en entendra plus parler!», dixit France Inter. Et ce n'est pas la dernière déclaration publique de Robert Boulin qui dissipera les doutes:  «J’ai été exemplaire. Et peut-être plus encore que vous ne le pensez. Parce qu’il y a des choses que je ne peux pas dire ici», répond-t-il concernant l'affaire du scandale de Ramatuelle.
 
Procès. En 1991, le procès se terminera par une ordonnance de non-lieu. En 2007, une demande de réouverture de l'enquête par la famille a été rejetée. C'est sur la foi des nouveaux témoignages, à visage découvert, que la famille veut redemander l'ouverture de l'enquête