Quand Villepin demandait au ministre de la Justice de poursuivre les avocats de Sarkozy, et inversement

POLITIQUE C'est ce que confie Pascal Clément, garde des Sceaux sous le gouvernement Chirac, dans le livre «Justice, le ministère infernal»...

E.J.

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La mise en cause de Dominique de Villepin, et plus indirectement celle de Jacques Chirac, par de nouveaux éléments dans l'affaire Clearstream rappelle les épisodes les plus sombres de la bataille pour l'Elysée entre l'ancien Premier ministre et Nicolas Sarkozy.
La mise en cause de Dominique de Villepin, et plus indirectement celle de Jacques Chirac, par de nouveaux éléments dans l'affaire Clearstream rappelle les épisodes les plus sombres de la bataille pour l'Elysée entre l'ancien Premier ministre et Nicolas Sarkozy. — Martin Bureau AFP

 «Il n'y a pas de haine de ma part», affirmait le 12 octobre Dominique de Villepin au procès Clearstream. Le témoignage de l'ancien garde des Sceaux au moment de la révélation de l'affaire, Pascal Clément, met toutefois à mal cette théorie d'une relation apaisée entre les deux hommes. Dans Justice, le ministère infernal, de Mathieu Delahousse (éd. Flammarion), Pascal Clément raconte comment, au printemps 2007, il fut pris entre deux feux. «Je reçois un matin sur le téléphone interministériel un appel de Dominique de Villepin: "Tu as vu la presse! Il n'y a plus de secret de l'instruction... Ce n'est pas possible! il faut poursuivre!" Il me demandait sans le dire de poursuivre les avocats de Nicolas Sarkozy suspectés d'alimenter la presse», poursuit Pascal Clément.

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Deux heures plus tard, il reçoit un coup de fil de Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur: «Allô Pascal! Tu as vu ce qu'a fait le Premier ministre! Tu as compris ce qu'il a fait! Qu'est-ce que tu attends pour les poursuivre?». Le voilà pris entre les deux. Au point qu'au conseil des ministres, le lendemain, Jacques Chirac lui glisse: «Dis-moi Pascal, comment fais-tu avec ces deux fous?». Finalement il finit par porter plainte contre X pour violation du secret de l'instruction. «Cela a sacrément calmé le jeu», note-t-il. Temporairement.