Alain Marleix: «le PS voulait le scalp de Marie-George Buffet»

INTERVIEW Le secrétaire d'Etat à l'Intérieur et aux Collectivités locales, artisan du redécoupage électoral, répond à 20 Minutes.fr...

Propos recueillis par Emile Josselin

— 

Le conseil des ministres a donné mercredi son feu vert au chantier du redécoupage des circonscriptions législatives, le premier depuis deux décennies, qui devrait conduire, dans un an, une vingtaine de départements à perdre ou gagner des députés.
Le conseil des ministres a donné mercredi son feu vert au chantier du redécoupage des circonscriptions législatives, le premier depuis deux décennies, qui devrait conduire, dans un an, une vingtaine de départements à perdre ou gagner des députés. — Eric Feferberg AFP
 Vous avez décidé de passer par ordonnances pour redécouper les circonscriptions. Craigniez-vous une opposition à l'Assemblée?
Ce n'est pas ça. Que ce soit sout la IIIe, la IVe ou la Ve république, on n'a jamais redécoupé que par ordonnances. Sauf en 1986, où François Mitterrand avait refusé de signer les ordonnances, il y a eu un projet de loi in extrémis, mais dont l'examen a duré à peine une heure. Autrement, il y aurait un conflit d'intérêt, avec des députés qui découperaient eux-mêmes leurs circonscriptions, ce qui affecte directement leurs conditions d'élection. Ce serait un spectacle impensable que de voir les députés se battre à coups d'amendements pour avantager leur circonscription.

L'opposition dénonce pourtant la création de 24 circonscriptions de droite et la suppression de 23 circonscriptions de gauche...
C'est démenti par les faits, il y a 18 nouvelles circonscriptions de gauche, et 15 à droite. Parmi celles qui sont supprimées, il y a notamment la 3e circonscription de Corrèze, celle de Jacques Chirac, la 2e de la Creuse, également UMP... Sinon, croyez-vous que la commission de contrôle nous aurait donné quitus sur 95% de ce qu'on a fait, tout comme le conseil d'Etat? Quand en 1986 François Mitterrand a changé le mode de scrutin des législatives pour passer à la proportionnelle, il n'en a parlé à personne. Il a d'ailleurs crée à cette occasion 90 sièges de députés, ce qui nous donne le chiffre d'aujourd'hui de 577 députés. D'ailleurs, ce n'est pas toute l'opposition qui proteste, seulement une partie du PS et les radicaux de gauche, pas le PCF.

Justement, n'est-ce pas parce que les communistes ont obtenu satisfaction, notamment en Seine-Saint-Denis, où la circonscription de Marie-George Buffet a été épargnée?
Le parti socialiste avait déjà pris la présidence du conseil général aux communistes, et voulait le scalp de madame Buffet. C'est assez curieux, lorsque l'on prétend faire la grande maison commune de la gauche, de vouloir flinguer le locataire d'à côté. Il n'y avait pas de raison objective au vu de la démographie de s'attaquer à cette circonscription, et Madame Buffet est première secrétaire du PCF. Les socialistes locaux n'ont pas été habiles.

Il y a des cas qui suscitent des interrogations. Pourquoi avoir décidé de supprimer la circonscription d'Aurélie Filipetti en Moselle, qui avait pourtant déjà été redécoupée en 1986?
C'est très simple. D'abord, c'est la moins peuplée. Et vous regarderez, c'est également la plus petite. Et en plus, elle est en plein milieu du département. C'est donc la règle qui s'applique. D'ailleurs nous n'avons jamais été aussi encadrés: il y a la commission constitutionnelle, et le conseil d'Etat. Ce dernier n'est pas réputé tendre avec la majorité: souvenez-vous des annulations d'élections à Perpignan ou Carcassonne...

Aujourd'hui, la Creuse et la Lozère n'ont plus qu'un seul député. Envisagez vous de revenir à la règle de deux députés par département?
Il n'est pas dit que ça ne se fera pas. Auparavant, nous avions suivi la tradition républicaine de deux députés dans tous les départements de France métropolitaine.  Le conseil constitutionnel, qui est souverain, a considéré qu'il ne fallait plus mettre ce minimum. Dans la révision constitutionnelle, le nombre de députés est fixé à 577. Pour augementer le nombre de députés il faudrait donc faire une modification de la Constitution.

Ces objections mettent aussi en relief le critère de la proximité. Une circonscription de 150km de long et deux de large comme ce qui est prévu dans l'Ain, handicape-t-elle le député qui en est l'élu?
Ce sont des arguments de confort. J'étais élu dans une circonscription rurale, dans le Cantal. Elle faisait 400.000 hectares, et comptait 200 communes. La moitié d'entre elles étaient situées à plus de 1.000 mètres d’altitude, avec très souvent de la neige en hiver. Ce député se plaint d'avoir 150 km d'autoroute à faire, moi j'aurais bien aimé avoir une autoroute pour me déplacer dans ma circonscription.