Christian Estrosi: «Ne pas réformer La Poste aujourd'hui, c'est perdre la bataille de 2011»

INTERVIEW Le ministre de l'Industrie réagit aux résultats de la votation citoyenne publiés ce lundi...

Recueilli par Catherine Fournier

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Christian Estrosi le 22 septembre 2009
Christian Estrosi le 22 septembre 2009 — SIPA/FAYOLLE PASCAL
Le comité organisateur du vote annonce plus de deux millions de «non» à «la privatisation» de La Poste. Comment réagissez-vous à ces chiffres?
Je ne sais pas quelle est leur valeur, surtout quand il s'agit d'un vote basé sur une question posée par Olivier Besancenot et dépouillé par le Parti socialiste. Mais ce qui m’importe, c’est cet attachement à ce grand service public que nous partageons avec les Français: nous aimons La Poste, nous voulons préserver son statut 100% public et lui donner les moyens de se moderniser.

Un certain nombre de salariés et d'usagers craignent que le changement de statut de l'entreprise, prévu dans le projet de loi du gouvernement, ne soit que le premier pas vers une privatisation. Que leur répondez-vous?
La Poste a besoin d’argent pour investir et faire face à l'ouverture totale à la concurrence le 1er janvier 2011. Or, avec son statut actuel, le seul moyen de se financer serait d’augmenter son endettement – qui atteint déjà près de 6 milliards d’euros!- ou de demander à l’Etat une subvention ce qu’interdit les règles de concurrence européennes. La seule solution est d'en faire une société anonyme à capitaux 100% publics, ce qui permettra à la Caisse des dépôts d’entrer au capital aux côtés de l’Etat avec, à la clé, une contribution au total de près de 2,7 milliards d’euros! Refuser aujourd’hui à La Poste les moyens de sa modernisation, c'est perdre la bataille de 2011. L’avenir de La Poste, des postiers et du service public postal en dépendent.

Que pensez-vous de la proposition du Parti socialiste d'organiser un référendum d'initiative populaire sur le statut de la Poste, à la suite de cette mobilisation?
Je suis étonné que les socialistes méconnaissent à ce point la réforme constitutionnelle du 21 juillet 2008: il est vrai qu’ils ne l’ont pas votée! Quand on lit le texte, pourtant, c’est très clair: le référendum d’initiative populaire a été conçu pour permettre aux citoyens de proposer l’adoption d’un texte de loi qui ne serait pas déjà soumis au Parlement, non pour s’opposer à un texte déjà en cours d’examen! C’est bien pour cette raison que la Constitution prévoit qu’une proposition de loi demandant un referendum d’initiative populaire ne peut avoir pour objet l’abrogation d’une disposition législative promulguée depuis moins d’un an.