Pierre Moscovici: «Un laxisme budgétaire et une injustice»

POLITIQUE Le député socialiste dénonce également «l'euthanasie» des collectivités locales que représente la disparition de la taxe professionnelle...

Propos recueillis par Emile Josselin

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  — J. NAEGELEN / REUTERS

Membre de la commission des finances, Pierre Moscovici réagit à la présentation du budget 2010.

>>Budget 2010: retrouvez notre interview du député UMP Marc Lafineur par ici...


Quelle est votre analyse du budget qui a été présenté ce mercredi matin en commission?

En premier lieu, je suis frappé par l'ampleur incroyable du déficit: de 140 milliards d'euros cette année, et de 115 milliards l'année prochaine. On imagine la réaction de la droite si la gauche avait creusé les déficits de la même manière. Et on ne peut que regretter que le gouvernement se contente d'empiler des sources de déficits sans envisager d'autres facteurs d'économie, comme les niches fiscales et le paquet fiscal. Il y a la fois un laxisme budgétaire et une injustice.

Ce budget prévoit notamment la suppression de la taxe professionnelle, quel impact cela va-t-il avoir selon vous?

Je suis très frappé par l'inconséquence de ces réformes fiscales. La suppression de la taxe professionnelle est une véritable euthanasie pour les collectivités locales. En ce qui concerne le service public local, c'est un véritable assassinat, puisque la taxe professionnelle finance les dépenses du département, le RSA, les actions sociales. Pour les élus, ne pas s'y opposer, cela revient à accepter à la fois une recentralisation et une paupérisation des collectivités locales.

Que pensez-vous de la hausse du forfait hospitalier pour générer des économies?

Le gouvernement est plus prompt à faire supporter des charges aux plus modestes que de revenir sur des décisions imprudentes.

Certains économistes pensent pourtant que le déficit n'est pas grave en soit, que l'important c'est de trouver le moyen de financer...

La hausse du déficit génère une hausse de la dette publique. Si cela continue, il atteindra 100% du produit intérieur brut en 2012. Et si la conséquence de ce financement est qu'il faut aller chercher des emprunts, il n'en demeure pas moins que la dette publique est une forte charge. Et la masse budgétaire n'est pas indéfiniment extensible. Pour ceux qui arriveront au pouvoir en 2012 - et je souhaite que ce soit la gauche - ce sera un héritage extrêmement difficile à porter.