Pendant Clearstream, le plan com' de Dominique de Villepin

POLITIQUE Avec 2012 en point de mire...

Alice Antheaume et Emile Josselin

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Dominique de Villepin à son arrivée à l'audience du procès Clearstream le 30 septembre 2009.
Dominique de Villepin à son arrivée à l'audience du procès Clearstream le 30 septembre 2009. — G. FUENTES / REUTERS

C’était le jour du grand oral de Dominique de Villepin. Il était entendu à la barre mercredi au procès Clearstream. Depuis le début du procès, le 21 septembre, l’ancien Premier ministre a une stratégie de communication plutôt osée, que Libération résume ainsi: «Joggeur le matin, à la barre l’après-midi depuis l’ouverture du procès, blogueur le soir». Décryptage.

- Récolter des soutiens
Deux sites officiels, clubvillepin.fr et villepincom.net, ont été lancés. Le premier animé dès juin par l'ancienne ministre chiraquienne Brigitte Girardin, le second à la rentrée par Christophe Carignano, blogueur également chiraquien, pas peu fier d’avoir mis en ligne ce réseau social «avant celui de l’UMP». Objectif: gagner en popularité. Car Dominique de Villepin, «sans parti, sans réels soutiens, sans fief, ne dispose pas non plus d'un soutien massif dans l'opinion contrairement à ce qu'il veut faire croire», décrypte Slate. Interrogé par 20minutes.fr, Christophe Carignano reconnaît que le «phénomène groupies autour de Dominique de Villepin a disparu». Mais sur villepincom.net, on compte 1.500 inscrits, et «bientôt 5.000 et bientôt 10.000», sourit Carignano.

A côté du site officiel cohabite toute une galaxie de sites de sympathisants, qui se sont développés à la suite d'«initiatives personnelles, pas téléguidées par qui que ce soit», explique Laurent Pinsolle. Ce chef d'entreprise de 35 ans tient un blog baptisé Gaulliste-Villepiniste. Ce réseau informel de soutien sur Internet s'est structuré à partir de «fin 2006-début 2007», précise cet ancien militant du RPR entre 1991 et 1999, passé depuis au mouvement de Nicolas Dupont-Aignan, Debout la république, où il a été candidat aux européennes. Un maillage Internet qu'on peut estimer à une trentaine de blogs de soutiens tous régulièrement mis à jour, «ce qui est unique pour quelqu'un qui n'est pas candidat et qui n'a pas de structure partisane».

Une manière d'entretenir sa présence sur le Web, d'autant plus que les bloggeurs se rencontrent. «On s'est donné rendez-vous une fois pour apprendre à se connaître», raconte Hafida Achmaoui, qui a quitté l'UMP «quand Nicolas Sarkozy en a pris le contrôle». Cette trentenaire, élève avocate et professeur, tient le blog des jeunes villepinistes, un rassemblement de partisans qu'elle évalue à «une centaine, rien que sur Paris». Un site officiel, un réseau social, des blogs de partisans: tout cela «pourrait lui permettre d'avoir un réseau plus structuré en 2012», note Laurent Pinsolle.

- Se tailler une crédibilité politique

Dominique de Villepin, c’est l’éloquence faite homme. Il n’a d’ailleurs jamais caché son goût pour la poésie. Mais les références littéraires ne font pas la bête politique. Selon une étude BVA pour Orange, l'Express et France Inter, datant du 22 septembre, 56% des Français pensent que Dominique de Villepin n’a pas d’avenir politique. Or plus on parle d’un homme politique sur le Net, plus il existe dans le paysage, pas forcément en bons termes, mais il existe.

- Penser à l’après-Clearstream
Car ce que vise Dominique de Villepin via Internet, c’est de «constituer une alternative en 2012», lâche Carignano. Clearstream serait donc un obstacle dans le tracé jusqu’au sommet présidentiel? En quelque sorte, reprend Carignano, qui confie avoir eu au départ «un peu peur que les internautes ne parlent que de Clearstream et soient agressifs sur les sites officiels de Dominique de Villepin, reprend Christophe Carignano. En réalité, ce type de messages ne constitue que 20% du contenu que l’on a». Après modération.

- Parler comme un Président
Dominique de Villepin donne rendez-vous aux internautes en vidéo tous les quinze jours. La première séquence, parue le 25 septembre, n’est pas encore à la hauteur de celles faites par Barack Obama. Dominique de Villepin y a des élans qui peuvent faire sourire, surtout quand il répond à des questions d’internautes quelque peu «aménagées». Carignano a promis de faire désormais de vrais «chats». Parmi les adjectifs qui fixent la stature de Dominique de Villepin, on note l’usage répétitif dans sa bouche du mot «jamais», façon s’installer dans une position immuable: interrogé brièvement mardi, il dit n’avoir «jamais eu connaissance du listing» et n'y avoir «jamais contribué». Ce mercredi, il continue: «Le nom d'Imad Lahoud n'a jamais été cité devant moi, jamais.»

- Jouer sur le physique

Entre deux séances, l’homme politique va faire un jogging matinal au bois de Boulogne. Il a même été photographié en pleine action le week-end dernier. Avant cela, la vidéo de lui courant sur la plage de La Baule en septembre 2005 alors que Nicolas Sarkozy a une angine l’avait déjà consacré comme le joggeur politique le plus célèbre.