«Les fraudes au PS, un secret de famille», selon un des auteurs du livre sur le Parti socialiste

INTERVIEW Antonin André répond à nos questions...

Propos recueillis par Emile Josselin

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Martine Aubry et Ségolène Royal, fin mai 2009.
Martine Aubry et Ségolène Royal, fin mai 2009. — REUTERS

Journaliste à Europe 1, Antonin André est l'auteur avec Karim Rissouli d'Hold-uPS, arnaques et trahison (éd. du Moment), le livre qui remet en cause les conditions de l'élection de Martine Aubry.

Êtes-vous surpris de l'impact qu'a eu ce livre au Parti socialiste?
Finalement, il n'a pas eu tant d'impact que cela: il n'aura pas d'influence sur la direction et la gouvernance du parti. Au bout du compte, le livre a réveillé les passions, mais ça ne change rien à l'histoire.

Au moment de la publication, des socialistes vous ont-ils appellé pour réagir?

Oui, nous avons eu beaucoup de coup de fils. Egalement des réactions positives, y compris parfois des membres de la direction. Ils nous disaient qu'au-delà des fraudes, ce qu'on décrit dans le livre correspond à «ce qu'on vit depuis neuf mois», c'est-à-dire un parti où les gens n'ont plus entre eux de rapport de camaraderie. Il y a aussi des gens du terrain, que nous ne connaissions pas, qui nous ont dit leur soulagement devant cette expression publique de quelque chose qui était lourd à porter.

Justement, pourquoi est-ce que ce phénomène est resté caché?

C'est une sorte de secret de famille, et aussi une façon de faire dans la politique française, notamment au Parti socialiste. Sauf que le fait qu'il n'y ait que 102 voix d'écart rendait cette fraude insupportable.

Il vous a parfois été reproché de ne pas avoir relevé de cas mettant en cause les soutiens de Ségolène Royal, notamment dans l'Hérault et les Bouches-du-Rhône...
Dans l'Hérault, nous étions sur le point de trouver des choses. Mais nous n'avons jamais obtenu les documents que que nos interlocuteurs nous faisaient miroiter. Nous n'accusons pas sans preuve. Dans les Bouches-du-Rhône, nous n'avons pas réussi non plus à trouver des preuves. Et nous avions en plus le sentiment que cette fédération n'était pas si unie derrière Ségolène Royal que ce qu'elle avait l'air.

Comment avez-vous accueilli la demande de confrontation publique lancée par Jean-Christophe Cambadélis et Claude Bartolone?
Avec incrédulité. La seule confrontation que nous acceptons, c'est celle des tribunaux de la République, et pas celle des tribunaux de la rue de Solférino. Nous avons refusé sans la moindre hésitation.

Et les accusations de Martine Aubry, qui a jugé votre livre «malveillant»?
Martine Aubry est libre de sa réaction. Notre enquête est à la fois éloquente et précise. Après, nous sommes journalistes, et elle fait de la politique.