Un livre sur les coulisses du PS remet en cause les résultats du congrès de Reims

POLITIQUE Entre autres détails plutôt sévères pour le parti...

Emile Josselin

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Martine Aubry et Ségolène Royal, fin mai 2009.
Martine Aubry et Ségolène Royal, fin mai 2009. — REUTERS

Martine Aubry pensait avoir réussi à clore l'épisode du Congrès de Reims à La Rochelle, mais le livre de deux journalistes sur les coulisses du Parti socialiste risque bien de le rouvrir. Hold-ups, arnaques et trahisons, d'Antonin André et Karim Rissouli (Éditions du Moment), dont Le Point publie les bonnes feuilles, est une lourde charge contre le scrutin qui a vu la victoire de Martine Aubry.

«On ne prend plus de gants, vous bourrez les urnes» aurait ainsi dit un proche d'Aubry à une secrétaire de section de Lille, le soir du vote des militants pour l'élection de la première secrétaire. Selon les auteurs, tous les résultats de la maire de Lille auraient d'abord été visés par le «comité de ville», présidé par un soutien d'Aubry, avant d'arriver à la fédération du Nord.

«En clair: les résultats du Nord sont gelés pour pouvoir être "ajustés" jusqu'au dernier moment afin d'assurer une avance suffisante à Martine Aubry», sur la consigne des soutiens d'Aubry à Paris, affirment les auteurs. Qui font également le bilan des diverses «erreurs d'écriture», qui ont émaillé les résultats dans le fief de Martine Aubry: hausses de 30% de la participation dans certaines sections, voix rajoutées, tout y passe... Certaines sources évaluent à «plus de 1.000» voix l'ampleur de la fraude dans le seul département du Nord.

«Je n'ai pas triché! Fabius, d'accord! Mais pas moi»

Au courant de la manoeuvre, qui donnerait «1.500 voix d'avance à Martine Aubry», les partisans de Ségolène Royal mettent la pression sur les Antilles, fief de Ségolène Royal. «On peut encore gagner, on peut les rattraper, il faut faire voter. Passe des coups de fil, dis bien à tout le monde que c'est très serré», aurait dit François Rebsamen, maire de Dijon et lieutenant de Ségolène Royal, au député Victorin Lurel, homme fort de la Guadeloupe. Qui dit avoir fait constater par huissier des cas de fraudes en faveur de Martine Aubry. Mais finalement, à 5h40, au bout de cette nuit en enfer du 22 novembre 2008, les résultats donnent... 42 voix d'avance à Martine Aubry. «Je n'ai pas triché! Fabius, d'accord! Mais pas moi...», aurait même lâché Martine Aubry dans les jours qui ont suivi.

Les passages du livre révélés par Le Point ne mentionnent cependant pas de fraudes chez les partisans de Ségolène Royal. Reste à savoir comment va réagir l'entourage de Martine Aubry à ces révélations, qui risquent de pousser les uns et les autres à refaire le match.

Julien Dray «le bâtard» versus Ségolène Royal

«Finalement, je suis un bâtard. Tant que le bâtard joue le rôle du fou du roi, ça va... Mais quand le fou du roi veut devenir le roi, on lui dit: "t'es pas de la caste, t'es qu'un métèque"». Telle serait l'analyse qu'aurait livrée Julien Dray de sa place dans le Parti socialiste après le manque de soutien dont il a estimé avoir fait l'objet après les révélations sur son train de vie. Il en aurait particulièrement voulu à Ségolène Royal, coupable selon lui de s'être seulement préoccupée de savoir si elle serait mêlée ou non à l'affaire. «En 40, si j'avais porté l'étoile jaune, je ne sais pas où j'aurais été. Pas à Raspail [le QG de Ségolène Royal], en tout cas, parce que je me retrouvais dans le wagon», aurait lancé le député de l'Essonne.