Les européennes chez les socialistes, piège en eaux troubles [l'année du PS 4/4]

POLITIQUE Dernier épisode de notre saga estivale sur le parti socialiste...

Emile Josselin

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Manuel Valls, fin novembre 2008 à Paris.
Manuel Valls, fin novembre 2008 à Paris. — GONZALO FUENTES / REUTERS

Tout n'avait certes pas parfaitement commencé: dès la constitution de ses listes de candidats pour les européennes, le parti socialiste s'est d'abord retrouvé face à son pire ennemi: lui même.

Dès le départ, la partie est difficile. A la faveur de l'élargissement, il y a moins de places de députés pour les Français. Et les socialistes savaient bien qu'ils ne pourraient rééditer leur exploit de 2004, où ils avaient recueilli 28%, dans la foulée des régionales. Et il y a forcément des mécontents. Premier d'entre eux, Vincent Peillon: élu dans le nord-est en 2004, il est parachuté dans le sud-est en 2009. Vincent Peillon voit dans son arrivée un «choix qui résulte des résultats du congrès», où il était le soutien numéro un de Ségolène Royal. C'est un «crève-coeur», se plaint-il.

Par un subtil jeu de dominos, le parachutage de Peillon empêche le maire de Lyon, Gérard Collomb, de placer un de ses proches à une place éligible. Lui aussi soutien de Royal, Collomb fait savoir fort, très fort, son désaccord: il se fend d'une pétition, qui recueille 600 signataires, dont les présidents des régions Bretagne et Bourgogne. Qu'à cela ne tienne, la direction monte une contre-pétition et Jean-Christophe Cambadélis envoie une lettre bien sentie aux signataires.

Ces protestations font beaucoup de bruit, mais ce n'est finalement pas là qu'arrive le couac. Le 12 mars, les listes sont acceptées partout... sauf dans la circonscription Centre (Auvergne, Limousin, Centre), où les militants du Limousin ont fait basculer le scrutin, suite au refus de la direction du PS d'investir comme tête de liste le président de la région, Jean-Paul Denanot. Qui demande un nouveau vote. Finalement, les choses s'arrangent au Conseil national, le parlement du parti, lorsqu'une femme du Limousin est placée en deuxième position sur la liste. Mais cette campagne laisse des traces dans toutes les familles politiques du parti: explosion de la motion Delanoë, divisions chez les royalistes, et même une démission du secrétariat national d'une alliée de Benoît Hamon.

Une fois en campagne, le Parti socialiste affronte une concurrence bien supérieure à celle de 2004. A gauche, les écologistes sont dopés par le rassemblement réalisé par Daniel Cohn-Bendit, bien décidé à dépasser ses quasi 10% de 1999. Le PCF reprend des couleurs grâce à son alliance avec le Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon, ancien socialiste qui a quitté le parti après le Congrès de Reims. Sur sa droite, François Bayrou poursuit sa stratégie résolument hostile à Nicolas Sarkozy, livre à l'appui.

Dégringolade

La tâche est encore compliquée par les deux temps prévus par le parti pour cette campagne européenne. Le premier temps, celui de l'opposition, appelle clairement à un «vote sanction» contre Nicolas Sarkozy. Sous les critiques des autres partis de gauche, qui les accusent comme José Bové d'avoir «kidnappé» la campagne européenne, le PS passe rapidement au deuxième temps de la campagne: celui des propositions. Fini le vote sanction, place au «vote efficace», en faveur de l'Europe sociale, explique Martine Aubry. La transition entre les deux donne l'impression que la campagne socialiste tatonne. Et ce, d'autant plus que les chiffres d'intention de vote en faveur du parti baissent chaque semaine, jusqu'à descendre sous les 20% à la mi-mai. Le meeting entre Martine Aubry et Ségolène Royal n'y change rien, pas plus que l'activisme de Benoît Hamon les derniers jours de la campagne.

Au soir du 7 juin, avec 16,48%%, le parti socialiste, largement distancé par l'UMP (27,88%), est talonné par Europe-écologie (16,28%). Invité de la soirée électorale Le Monde-20 Minutes-Dailymotion, Jack Lang évoque un «vote sanction contre le parti socialiste» Et le désastre en Île-de-France (21% pour Europe-écologie, seulement 13% pour le PS) a fait une victime: le porte-parole du parti, Benoît Hamon, troisième sur la liste, n'est pas réélu. «On se débrouille toujours au PS pour couper la tête de ceux qui émergent», s'emporte Bruno Julliard, un de ses partisans, le soir des résultats. Tenté un moment de démissionner de ses fonctions de porte-parole, Benoît Hamon reste finalement à son poste.

Le résultat, s'il enterre la question d'une alliance avec le Modem, autre grand perdant des élections, relance le débat sur la création d'un parti de toute la gauche, ou à tout le moins d'une large union au régionale. La missive envoyée en ce sens par Martine Aubry aux autres partenaires du PS se voit opposer une fin de non retour: «que le PS arrête son paternalisme», répond Daniel Cohn-Bendit, tandis que Jean-Luc Mélenchon refuse et dénonce le «double jeu» du PS.

C'est finalement une autre missive de la première secrétaire, envoyée à un socialiste celle là, qui termine cette drôle d'année socialiste. Dans une missive incendiaire qu'elle rend publique, Martine Aubry enjoint Manuel Valls de cesser ses critiques acerbes, ou alors de quitter le parti. Evidemment, le député-maire d'Evry ne plie pas et refuse d'être «le silencieux complice de l'aveuglement»...