Quel avenir pour Europe écologie?

REPORTAGE Certes, Europe écologie a obtenu 16% aux Européennes. Mais cela ne veut pas dire que la structure est rodée. Le point avec notre envoyée spéciale à l'Université d'été des Verts, à Nîmes...

Oriane Raffin (envoyée spéciale à Nîmes)

— 

José Bové, Yannick Jadot et Daniel Cohn-Bendit aux Journées d'été de Nïmes, le 21 août 2009
José Bové, Yannick Jadot et Daniel Cohn-Bendit aux Journées d'été de Nïmes, le 21 août 2009 — SICHOV/SIPA

Durant les trois Journées d’été des Verts et d’Europe écologie, de jeudi à samedi, à Nîmes, une chose a bien été claire, c’est que tout reste à définir. L’enthousiasme du très bon score aux élections européennes — bien au-delà des espérances des cadres du parti — laisse désormais la place à tout un tas de questions. Y répondre nécessitera beaucoup de travail, mais c’est «quelque chose de passionnant», notent, unanimes, tous les militants. Du nom au financement, en passant par les élections régionales, le point sur les questions en suspens...

Définir une forme

Europe écologie n’est pas un parti et n’a pas vocation à le devenir. Daniel Cohn-Bendit est clair là-dessus. «C’est un réseau». Mais un réseau auquel il va falloir pouvoir adhérer, créer donc une forme d’organisation nouvelle.

«Il nous arrive quelque chose de nouveau», explique Christine, élue à Dijon. «Les vieux Verts sont très inquiets. On prend une direction qu’on ne connaît pas bien.» Selon elle, il va falloir développer un «outil permettant de respecter l’identité des Verts». Quel outil? On ne le sait pas encore.

«On doit garder la possibilité de la double-appartenance» (Europe écologie + Verts ou Europe écologie + un autre), souligne ainsi Daniel Cohn-Bendit. Car beaucoup de personnes ayant rejoint Europe écologie viennent de structures associatives, et, souvent, se refusent à adhérer à une structure de parti.

Lever des fonds

Vendredi soir, une souscription a été lancée pour Europe écologie. «Un peu tôt», s’insurgent des Verts. «Comment peut-on demander des chèques alors que la structure n’est pas définie? C’est un peu mettre la charrue avant les bœufs», souligne Isabelle.

Pourtant, Daniel Cohn-Bendit compte obtenir un million d’euros d’ici Noël. Annoncé en conférence plénière, l’objectif a semblé plaire aux militants, qui ont scandé «le million, le million» sous le regard amusé de Cécile Duflot, secrétaire nationale des Verts. «En attendant, il y a une chose que les Verts font: c’est qu’ils paient», sourit-elle. Europe écologie n’ayant pas de structure de parti, c’est le parti de Cécile Duflot qui a dû avancer 10% des dépenses de campagne pour les Européennes. «Trois semaines après les élections et l’euphorie, on s’est dit "putain, il faut payer maintenant!"».

Créer les listes régionales

«Dans toutes les discussions informelles, à chaque fois, on retombe sur les Européennes», note Isabelle, du Jura. Pourtant, maintenant, c’est vers les régionales qu’il va falloir se tourner. Il reste moins de sept mois pour construire quelque chose. «On n’a pas 22 Daniel Cohn-Bendit», lâche Christine. C’est bien le problème pour les prochaines élections: trouver des têtes de listes et un casting aussi payant que l’alliance Cohn-Bendit/Joly/Bové.

Autre problème: la fameuse fermeture-éclair verte, c’est-à-dire l’alternance une femme/un homme, va désormais devoir s’adapter aux Verts et aux non-Verts. Le réseau intègre en effet des associations, des partenaires, tous candidats potentiels. «On va devoir utiliser l’intelligence collective», prévient Daniel Cohn-Bendit, «nous sommes dans une forme d’innovation, on ne peut pas rentrer dans une case, mais on va y arriver».

Consolider les résultats des régionales et fixer l’électorat

Partant du constat que 43% des électeurs d’Europe écologie ont décidé où ils porteraient leur voix dans les derniers jours avant les Européennes, chez les Verts, les cadres veulent fixer ces soutiens, très volatiles.

Les régionales ne sont pas les Européennes. Les réalités locales sont très différentes suivant les coins de France, il va donc falloir jongler avec les implantations locales, les sociétés civiles, et les programmes. Un gros enjeu, car comme le note Christine, «si on se vautre aux régionales, le rassemblement des écologistes, il va en prendre un sacré coup!».

S’imposer sur la scène politique, au-delà du clivage droite/gauche

C’est ce qui ressort chez les militants: la problématique environnementale doit passer avant les clivages politiques. «Il y a urgence à aller dans le réel», explique Jean, élu dans la Loire. Pour ces militants, l’écologie doit rassembler au-delà du clivage. «On est prêt à accueillir des gens du MoDem», explique Christine, «il n’y a pas de bulletin de vote meilleur que les autres! Nous sommes dans un lieu de brassage d’idée».

Trouver un nom

Dernier point d’interrogation mais non le moindre: comment les listes issues d’Europe écologie vont-elles s’appeler pour les régionales? «Europe écologie», lance un militant. On ne change pas une équipe qui gagne. «Région écologie», propose une autre, logique. Ou alors «Aquitaine écologie, Nord écologie, Rhône-Alpes écologie», avec un label pour tous, propose une militante. «Nous devons trouver un cadre suffisamment clair pour retrouver ses petits, mais aussi suffisamment souple pour s’adapter aux réalités locales», conclut une élue.

>> Suivez les journées d'été des Verts avec notre envoyée spéciale, sur 20minutes.fr et le
blog des universités d'été >>