Le Congrès de Reims, la somme de toutes les peurs [L'année du parti socialiste 2/4]

POLITIQUE Deuxième épisode de notre saga estivale...

Emile Josselin

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 Benoît Hamon, Ségolène Royal et Martine Aubry, au congrès de Reims, du 14 au 16 novembre 2008.
 Benoît Hamon, Ségolène Royal et Martine Aubry, au congrès de Reims, du 14 au 16 novembre 2008. — Photos SIPA

Quand il arrive rue de Solférino, le 6 novembre 2008, soir du résultat des motions, le lieutenant de Bertrand Delanoë, Harlem Désir, a la tête des mauvais jours. Donné favori, le maire de Paris, avec un peu plus de 25%, se retrouve près de quatre points derrière Ségolène Royal (29%), la grande gagnante du soir. Pire, il est talonné par Martine Aubry, qui recueille 24,3%. Harlem Désir, sobre comme toujours, annonce qu'il «prend acte des résultats», et dit sa «déception».

De son côté, l'ancien président du MJS Benoît Hamon, recueille les fruits de sa stratégie de rassemblement de la gauche du parti: sans le soutien d'aucune grande fédération, il recueille 19%.

Mais il y a comme un problème: pour la première fois depuis le congrès de Rennes, en 1990, il n'y a pas de majorité claire qui se dégage. Et vu le souvenir terrifié que gardent les militants du Congrès de Rennes, celui de Reims est un peu la somme de toutes les peurs. En théorie, tout se joue là-bas, du 14 au 16 novembre. Selon l'usage socialiste, c'est à la motion organisée en tête, en l'occurence celle de Ségolène Royal, d'organiser le rassemblement. Sauf que les trois autres - Aubry, Delanoë et Hamon - ne le voient pas vraiment comme ça.

Le vendredi 14, Ségolène Royal prend tout le monde de court. D'abord en arrivant à Reims au milieu de l'après-midi, avec un retard étudié, et générant ainsi une belle cohue. Puis en annonçant, par la voix de Manuel Valls, qu'elle est candidate au poste de premier secrétaire.  Mi-septembre, elle avait fait mine de mettre sa candidature «au frigidaire», pour attirer à elle les élus locaux Gérard Collomb et Jean-Noël Guérini, qui ne la voyaient pas à la tête du PS. Cette fois, mis devant le fait accompli, ils sont obligés de s'incliner. Chez les trois autres, on se regarde en chien de faïence. Malgré les pressions de ses alliés, Aubry n'est pas encore candidate. Delanoë, pour la forme, ne veut pas renoncer. Hamon reste inflexible sur sa candidature pour le moment. Du coup, Manuel Valls se fait un plaisir de dénoncer des «combinaisons»:


Samedi, Royal continue son show. Lorsqu'elle monte à la tribune, la candidate socialiste - qui annote son discours dans le coin presse, juste à côté de nous - joue délibérément la provoc. «Quand nous nous serons tous rassemblés, nous aurons tous besoin les uns des autres, peut-être finirons nous par nous aimer une petit peu», lance-t-elle à la tribune. Ca siffle dans la salle, tout comme lorsqu'elle propose une «consultation directe des militants sur la question des alliances», qui est LE débat du congrès. Vient ensuite Martine Aubry. Dans un registre plus classique avec un beau couplet sur le «mouvement social», elle récolte une belle ovation.

Mais tous les militants ont déjà les yeux rivés vers la nuit à venir, où se déroule la fameuse commission des résolutions. Le concept: tous les leaders de motions se réunissent dans une salle pour voir s'il est possible d'aboutir à un rassemblement. Dans les réunions de courants qui précèdent, les partisans d'Aubry, Hamon et Delanoë s'accordent tous sur l'impossibilité de s'allier à Royal, encore plus au vu de son discours du jour. Certains se demanderont après coup si l'étrange speech de Ségolène Royal n'avait pas pour objectif d'empêcher la synthèse. Mais dans tout cela, Martine Aubry n'a toujours pas annoncé sa candidature au poste de première secrétaire.

La réunion commence vers 22h30. Et très rapidement, les négociations s'annoncent difficiles. A 0h30, Ségolène Royal demande une suspension de séance, au motif que François Hollande, allié à Delanoë, a demandé de faire un vote pour acter l'absence de synthèse sur la question des alliances avec le MoDem. Benoît Hamon, Bertrand Delanoë et Martine Aubry en profitent pour aller s'isoler dans une salle. L'objectif: trouver un consensus sur un candidat, et sur un texte. C'en est trop pour Ségolène Royal, qui quitte la salle en dénonçant «le retour des vieilles méthodes». Evidemment, elle maintient sa candidature au poste de première secrétaire:




«Les autres ne voulaient discuter qu'entre eux», regrette Aurélie Filipetti à la sortie. Les autres restent pour essayer de se mettre d'accord, mais n'y arrivent pas. Bilan: Aubry et Delanoë attendent, Hamon maintient sa candidature.


Aubry quitte la salle sans un mot, tandis que Delanoë empreinte une porte dérobée. «Le PS est à l'arrêt», soupire Arnaud Montebourg, un des rares à lâcher quelqus mots à la sortie.

Dimanche, Aubry se lance, Delanoë renonce.
Les choses finissent par se décanter dimanche. Peu avant l'heure limite, fixée le matin à 9h30, Martine Aubry finit par annoncer sa candidature. Au même moment, réuni avec ses partisans Delanoë renonce à la sienne. Et ça, François Hollande ne le digère pas: «la motion D [celle d'Aubry] voulait empêcher qu'on ait un candidat», tonne le premier secrétaire, qui dit avoir «honte pour le Parti socialiste». Du coup, il ne fera pas le traditionnel discours de clôture, pour «ne pas ajouter la commisération à l'imposture». Arrivée derrière Bertrand Delanoë, Martine Aubry a réussi son coup: arrivée derrière le maire de Paris au vote des militants, elle lui a chipé la place de candidat à la faveur de son score surprise.

Chacun des candidats se succède à la tribune dans une drôle d'ambiance. Royal, moins provoc que la veille, appelle au «rassemblement». Aubry assume d'«aller jusqu'au bout» de sa démarche, tandis que Benoît Hamon, manifestement ému, conclut en disant: «j'ai l'honneur de vous demander d'être en première ligne» . Il en profite pour rendre un hommage appuyé à François Hollande, et confesse lui avoir demandé d'être le candidat du PS à la présidentielle.

Au final, le congrès de Reims n'a pas permis à la situation de se décanter, le PS en sort, comme il y est entré: sans majorité. Les militants sont appellés à trancher le débat pour l'élection du premier secrétaire la semaine suivante.

>> Troisième volet mercredi: l'élection de la première secrétaire, une nuit en enfer