«L'acte III de la décentralisation ne peut se faire à marche forcée»

INTERVIEW Gérard Allard, conseiller général du canton de Bouaye (Loire-Atlantique) réagit à la réforme des collectivités territoriales...

Propos recueillis par Elodie Lestrade

— 

 
  — DR

En tant que conseiller général, avez-vous été consulté au sujet de la  réforme des collectivités territoriales?
Les départements sont peut-être les instances les moins consultées à ce jour au sujet de cette réforme. Je n’ai pas connaissance de contacts entre des conseillers généraux et les instigateurs de cet avant-projet de loi.

Que pensez-vous de cette réforme?
C’est une réforme très controversée. Les régions et l’intercommunalité ont un intérêt indéniable pour le développement et l’aménagement du territoire. Mais les compétences du Conseil général (qui perdrait des prérogatives dans l’avant projet de loi, ndlr) sont incontournables. Il y a une proximité entre le Conseil général et les citoyens qu’il n’y a pas s’agissant des conseillers régionaux. Ces derniers, qui sont élus au scrutin de liste, ne sont pas des élus de proximité. Si on supprimait le canton, par quoi serait-il remplacé? Les élus régionaux sont peu connus. Ils n'ont pas cette relation directe aux concitoyens si nécessaire aujourd'hui. Il est difficile d’imaginer qu’en cas de suppression du canton, il n’y aurait plus d’élu garant de son territoire. Je ne suis pas contre le regroupement des instances administratives, mais encore faut-il bien veiller au lien démocratique direct.

Xavier Bertrand, le secrétaire général de l’UMP, a annoncé que ce projet de loi pourrait être présenté en conseil des ministres d’ici fin juillet. Trouvez-vous que cela est trop tôt?
Cela est scandaleux! Nous vivons une situation économique dramatique marquée par les suppressions d’emplois et la dégradation de notre économie. Je pense que le moment n’est donc pas choisi pour remettre en cause une architecture administrative vieille de plusieurs siècles, alors que ce n’est pas le souci premier de notre pays en ce moment. L’acte III de la décentralisation ne peut se faire à marche forcée alors même que tout le pays est en vacances.