Les commerces ouverts le dimanche craignent la concurrence

SOCIAL Le débat sur la proposition de loi sur le travail dominical revient devant l'Assemblée ce mardi. Dans les communes qui ouvrent déjà le dimanche, on n'a pas envie de partager le gâteau...

E. L.

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  — J-P. PELISSIER / REUTERS

Ouvrir tous les dimanches de l'année? Certains commerçants le font déjà. Le code du travail permet à un peu plus 500 communes touristiques de bénéficier de dérogations temporaires au repos dominical. Dans ces villes, la proposition de loi qui sera débattue ce mardi n’est pas toujours accueillie favorablement par les commerçants. Qui craignent surtout la concurrence.

A Chamonix par exemple, la «saison creuse» se résume à deux mois: mai et novembre. Le reste du temps, la plupart des magasins restent ouvert sept jours sur sept. Et le dimanche, ce sont les patrons qui travaillent. «Nous sommes dans un endroit touristique, on n’a pas vraiment le choix, on doit ouvrir le dimanche», explique le responsable de la Maison de la Presse de la station. En tant qu’employé, il ne travaille le dimanche qu’en pleine saison. Pourtant, ce qui lui fait peur avec la nouvelle proposition de loi, ce n’est pas de travailler plus le dimanche. C’est le risque d’une nouvelle concurrence.

«C’est complètement absurde! s’emporte-t-il. Les lieux touristiques, les gens y vont pendant les vacances ou le week-end, mais s’ils commencent à aller faire leurs courses pendant le week-end, on va devoir fermer», affirme-t-il. Sa peur? Que des communes voisines, qui n’ont pour l’instant pas le droit d’ouvrir le dimanche, obtiennent le statut de communes touristiques, donc des dérogations au repos dominical.

Hausse de fréquentation le dimanche

Une peur que partage Muriel Jublot. Directrice d’un magasin de décoration sur les hauts de Pornic (Loire-Atlantique), elle est aussi la présidente de «Cap 210», une association qui regroupe des commerçants, artisans et prestataires de service du centre de Pornic. Pour elle, si le travail dominical venait à se généraliser, cela signerait «la mort du commerce de centre-ville dans des petites villes comme la nôtre». Son magasin ouvre «tous les dimanches de toute l’année» et elle estime qu’elle fait environ 30% de son chiffre d’affaire le dimanche.

Cette affluence, elle l’explique simplement: «le dimanche, nous avons toute la clientèle de Nantes qui vient faire ses courses car les gens savent que nous sommes ouverts». Comme d’autres, elle craint que le flou qui entoure la définition de communes touristiques ne donne lieu à un effet de contamination. Avec des communes voisines qui, s’estimant lésées, demanderaient à être classées afin de bénéficier de l’ouverture permanente. Dans ce cas là, s’alarme-t-elle, les gens ne se déplaceraient plus à Pornic pour faire leurs courses. Ils choisiraient d’aller dans les grandes surfaces et le dimanche, la ville serait comme le samedi : «il n’y aurait personne», estime-t-elle.

«Une aide bienvenue»

Anne Girardeau ne partage pas cet avis. Pour elle, une loi sur le travail dominical serait «utile». Gérante de la «Librairie Générale» d’Arcachon (Gironde), elle ouvre ses portes sept jours sur sept, toute l’année. Le dimanche, hors saison estivale, c’est elle et sa mère qui travaillent. C’est pour cette raison que, pour elle, une dérogation permanente au repos hebdomadaire serait «une aide bienvenue». Elle aurait ainsi la possibilité de mettre en place un système de roulement qui lui permettrait de faire travailler ses salariés et de ne plus être seulement deux à travailler le dimanche. «Mais sans abuser d’eux» rassure-t-elle.

Au cours des cinquante heures de débat prévues pour l’examen de cette proposition de loi, les parlementaires auront donc pour tâche d’éclaircir le flou juridique qui entoure la notion de commune touristique. Avec une majorité qui se base sur les 500 communes et zones touristiques ou thermales du code du travail, et une opposition qui parle de 6.000 communes, difficile de savoir qui sera concerné par la loi et si les commerçants ont vraiment à se soucier de la possible concurrence.