«Marine Le Pen ne sort pas diminuée de la défaite du FN à Hénin-Beaumont»

INTERVIEW Jean-Yves Camus, chercheur à l'Iris et spécialiste de l'extrême droite, analyse l'impact du scrutin sur l'avenir national de la fille de Jean-Marie Le Pen...

Propos recueillis par Catherine Fournier

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Finalement, Daniel Duquenne, le candidat (DVG) du Front Républicain a remporté dimanche la mairie d'Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais) avec une avance de 500 voix (52.38%) sur Steeve Briois, le candidat du Front national (47.62% des voix). Un résultat qui n'est pas sans peser sur l'avenir politique de la vice-présidente du parti, Marine Le Pen. Celle-ci a d'ailleurs estimé ce mardi que cette défaite avait «un petit goût de victoire» car elle montre «un nouveau potentiel électoral» pour le FN. Pour 20minutes.fr, Jean-Yves Camus, chercheur à l'Iris et spécialiste de l'extrême droite, revient sur l'impact de ce scrutin sur le leadership du parti.

Pensez-vous, comme Marine Le Pen, que cette défaite a «un petit goût de victoire»?
Il est vrai que c'est un rapport de force honorable pour le FN. Personne ne pourra reprocher à Marine Le Pen ce résultat. Elle ne sort donc pas diminuée de cette élection.
 
Elle est même la seule candidate frontiste qui réalise les meilleurs scores électoraux (elle est la seule à avoir passé la barre des 10% aux européennes, ndlr). Est-elle, du coup, la seule candidate légitime pour succéder à son père?
 
Ce qui se passe dans l'électorat, ce n'est pas ce qui se passe dans l'appareil du parti. Mais il est vrai que Marine Le Pen est dépositaire du «nom». Or, on oublie souvent que la question de la succession se réglera sûrement après le départ de Jean-Marie Le Pen et non après son décès. Celui-ci a indiqué qu'il partirait entre le congrès prévu à l'automne 2010 et Pâques 2011. Et il donnera clairement sa préférence à sa fille. Il n'y aura donc pas de querelle dans l'interprétation de l'héritage et les cadres et les militants du parti suivront sûrement la consigne du chef.
 
Quelle doit être la stratégie de Marine Le Pen pour remettre le FN, en perte de vitesse, sur les rails?
 
Elle doit s'appuyer localement sur des candidats comme Steeve Briois, qui connaissent bien leur terrain et qui donnent une image plus policée du Front national. La grande faiblesse du parti, c'est qu'il ne réalise des scores conséquents qu'à l'élection présidentielle, car il est desservi par le mode de scrutin aux législatives notamment. Aux européennes, contrairement à tout ce qui été dit, le FN a limité la casse. Mais il lui faut reconquérir le pouvoir par la base. Ce sera l'enjeu des régionales en 2010. Dans certaines régions comme le Nord-Pas-de-Calais et Paca, notamment, il peut réaliser des scores honorables.
 
Quelle est la marge de manoeuvre du parti, certains de ses thèmes favoris ayant été récupérés par d'autres partis comme l'UMP?
 
Effectivement, ce ne sont pas les thématiques sécuritaires et de l'immigration qui feront les beaux jours du FN. C'est sur le terrain de la crise et des restructurations qu'il peut jouer désormais, ainsi que sur les thèmes de la corruption et de l'inefficacité de la classe politique.