L'amertume des évincés du gouvernement

POLITIQUE Certains des huit ministres mis à la porte du gouvernement ne le prennent pas très bien, et le disent...

O.R.

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Le gouvernement Fillon IV, à la sortie du Conseil des ministres, le 24 juin 2009.
Le gouvernement Fillon IV, à la sortie du Conseil des ministres, le 24 juin 2009. — AFP/GERARD CERLES

Sur les huit membres du gouvernement sortant, seuls deux partent pour un poste de député européen: Michel Barnier et Rachida Dati. Si le premier semble content de son sort, la seconde a été poussée vers la sortie sans vraiment faire de commentaires. Parmi les six autres, dont l’avenir est encore incertain, certains se sont lâchés contre François Fillon et Nicolas Sarkozy.

Yves Jégo, amer, «reste fidèle au PDG». L’ancien secrétaire d’Etat à l’Outre-mer est «amer» constate «Le Parisien» de ce vendredi. Il a pris la décision de rejoindre les radicaux de Jean-Louis Borloo et se lâche contre ses anciens amis dans les colonnes du quotidien. Ses critiques visent la méthode de son éviction: «il est vrai qu’apprendre cela dix minutes avant que ce soit annoncé à la télévision, ce n’est pas très agréable». Mais elles concernent aussi François Fillon, qui après lui avoir demandé de rentrer des Antilles, en février - un «retour précipité» qui «n'a pas été sans conséquence» - n'a plus eu aucun contact avec lui. Le 29 juin, également dans «Le Parisien», il était plus amer encore, regrettant un «licenciement lapidaire», mais voulant rester fidèle à Nicolas Sarkozy: «Je reste fidèle au PDG même si je regrette que le marketing l’emporte sur les ressources humaines».

Christine Boutin en veut aussi à François Fillon.
L'ancienne ministre du Logement s’est adressée au chef du gouvernement lundi dernier, via Europe 1: «François, t'aurais pu avoir le courage de m'appeler, quand même.»  Elle explique avoir appris son «jetage au 20heures». L’ancienne ministre s’interroge sur les raisons de son éviction. «Peut-être que c'est un délit de sale gueule ?» Quant à son successeur, elle n’a pas l’air de l’apprécier beaucoup... «Je n'ai rien contre Benoist Apparu, mais le logement mérite mieux que d'être la 25e roue du carrosse.»

Bernard Laporte casse ses anciens copains... Son départ du gouvernement, l’ancien secrétaire d’Etat aux Sports, «ne s’y attendait pas». Dans une interview accordée à «Paris Match», il raconte avoir été convoqué par Claude Guéant, le secrétaire général de l’Elysée, pour un entretien de dix minutes. «Il a été très correct, comme toujours» commente-t-il. Ce n’est pas l’opinion qu’il a, en revanche, de certains de ses anciens collègues. «Il y a ceux qui ont considéré que je ne faisais pas partie de leur monde. Pour eux je n'avais pas les codes, pas le vernis, pas les réseaux, je n'existais pas. Bernard Kouchner, par exemple, ne m'a jamais dit bonjour, jamais adressé la parole. Pour lui, j'étais transparent. Avec Rachida Dati, cela n'a pas non plus été facile. Il y a eu cette histoire…(des rumeurs faisaient de lui le père de l’enfant de la ministre, ce qu’il a démenti, ndlr)». Il tâcle au passage l’ancienne Garde des Sceaux : «Rachida, du moment qu'on parle d'elle, elle est contente. C'est une personne très fausse. C'est comme Bernard-Henri Lévy qui s'était cru autorisé à me comparer sur Canal + à un “porc”.» Sympa l’ambiance...

Christine Albanel, émue. Pas d’accusation, mais de l'émotion, pour l’ancienne ministre de la Culture, fer de lance de la loi Hadopi. C’est la larme à l’œil qu’elle souhaite bon courage à son successeur, Frédéric Mitterrand. Elle ne critique pas, mais fait la difficile, et ne se fera pas refiler n’importe quoi: elle aurait d’ores et déjà refusé de récupérer l’ancien poste de son successeur, à la Villa Medicis.

Roger Karoutchi et André Santini, eux, restent discrets.
Ils attendent de savoir quel va être leur sort.