A distance mais pas trop… Edouard Philippe, ou comment « rester dans le game » jusqu’en 2027

HORIZONS Toujours aussi populaire dans l’opinion publique, l’ancien Premier ministre fait sa rentrée politique à partir de ce jeudi avec son parti Horizons, préparant déjà (sans trop le dire) la présidentielle 2027

Thibaut Le Gal
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Edouard Philippe y pense sans se raser.
Edouard Philippe y pense sans se raser. — Lionel GUERICOLAS /MPP/SIPA
  • Edouard Philippe fait sa rentrée politique jeudi et vendredi lors des journées parlementaires de son parti Horizons, à Fontainebleau (Seine-et-Marne).
  • Discret sur la scène médiatique, le maire du Havre veut faire entendre une voix singulière durant le quinquennat.
  • Car l’ancien Premier ministre, qui reste très populaire dans les sondages, ne cache pas ses ambitions pour 2027.

Il fait sa rentrée, un peu après tout le monde. Edouard Philippe organise en cette fin de semaine les journées parlementaires de son parti, Horizons, à Fontainebleau (Seine-et-Marne). Des tables rondes sur l’assurance chômage, l’immigration ou la dette climatique, une assemblée des maires… Mais c’est bien la prise de parole du maire du Havre, en clôture de l’événement vendredi soir, qui est attendue. Car l’ancien Premier ministre d’ Emmanuel Macron s’est montré très discret ces derniers mois, distillant sa parole au compte-gouttes dans les médias. Une stratégie revendiquée par celui qui caracole en tête des sondages de popularité et ne cache plus ses ambitions pour la présidentielle 2027.

« C’est un peu tôt pour jouer pour sa pomme »

« Il a une voix qui porte, il l’utilise à bon escient, assure Cendra Motin, ex-députée LREM d’Isère. Il a créé Horizons pour partager une vision de la France à très long terme, pas pour parler du sexe des barbecues ou entrer dans ces débats au ras des pâquerettes », ajoute la référente du mouvement en Auvergne-Rhône-Alpes. Durant l’été, Edouard Philippe s’est donc tenu à distance des polémiques quotidiennes. Mais aussi d’Emmanuel Macron et de ses amis, zappant effrontément, la semaine passée, le lancement du Conseil national de la refondation (CNR), nouveau bébé du président de la République. « Avant de penser à 2027, il aurait dû commencer par être là le 8 septembre. On ne peut pas dire qu’on est réformateur si l’on n’est pas là pour réformer », se serait agacé en privé le chef de l’Etat, selon le Canard Enchaîné.

L’intéressé avait plus urgent à faire : une visite au Canada, ponctuée par une longue dissertation sur « l'art de gouverner » devant… des élèves de sciences politiques de l’université Laval de Québec. « Un déplacement prévu de longue date », coupe un soutien. Mais plusieurs élus d’Horizons ne cachent pas que l’ex-chef du gouvernement n’a jamais vraiment adhéré au CNR voulu par le locataire de l’Elysée. Un nouvel écho de la stratégie choisie par Edouard Philippe pour ce quinquennat : être dans la majorité tout en jouant sa singularité. Soutenir Emmanuel Macron sans rien renier de ses ambitions personnelles. Un « en même temps » à la sauce Philippe, qui agace toujours plus ses alliés macronistes.

« Je ne comprends pas ce qu’il fait. Quand on sait qu’une présidentielle se cristallise au mois de décembre de l’année précédente, c’est un peu tôt pour jouer pour sa pomme », souffle un député MoDem. « La politique, c’est l’action. Lui veut se tenir en retrait de l’arène, mais à la vitesse où va la politique actuellement, cinq ans, ça va être dur à tenir… »

« Je n’ai pas du tout peur que les Français l’oublient »

C’est le défi à relever pour Edouard Philippe. « Il a quitté Matignon début juillet 2020 dans un état de grâce en termes de popularité, et il garde cette bonne opinion chez une majorité de Français, remarque Frédéric Dabi, directeur général Opinion à l’Ifop. Mais une présidentielle ne se gagne jamais en restant sur son Aventin, et les cimetières politiques sont remplis de personnalités très populaires qui n’ont pas su mobiliser… », ajoute le sondeur. Ses ennemis lui prédisent d’ailleurs le même destin que son mentor, Alain Juppé. Favori des sondages pendant de longs mois, l’ex-maire de Bordeaux avait lourdement chuté à la primaire de la droite en 2016.

Retiré au Havre, Edouard Philippe dispose toutefois de quelques armes pour entretenir la flamme : un groupe de 29 députés à l’Assemblée, de nombreux maires, et deux représentants au gouvernement, Christophe Béchu (Ecologie) et Agnès Firmin Le Bodo (Organisation territoriale et des Professions de santé). « Je n’ai pas du tout peur que les Français l’oublient », confie un député Horizons. « Il y a un héritage Philippe, il a su prendre du recul et tient une place singulière dans le pays. Sa parole est attendue et il aura de nombreuses occasions de s’exprimer pendant le quinquennat », ajoute-t-il. « Oui, il va rester dans le game », s’amuse Cendra Motin. « Il est président d’un des trois partis de la majorité, ce n’est pas rien. Il portera une voix spécifique mais sans chercher à aller plus vite que la musique ».

Horizons poursuivra son implantation territoriale ces prochaines semaines, avec la mise en place de 500 comités locaux. Ces derniers pourraient servir de points d’appuis au Tour de France envisagé par Edouard Philippe, qui prépare aussi un nouveau livre. Avancer, par petites touches, sans trop se montrer. Durant l’été, Edouard Philippe a fait savoir qu'il lisait Le Sphinx rouge, d’Alexandre Dumas, consacré à Richelieu. « Savoir dissimuler est le savoir des rois », écrivait le cardinal. Nul ne doute désormais qu’Edouard Philippe espère un jour être couronné.