Le Conseil national de la refondation voulu par Emmanuel Macron est-il déjà mort-né ?

BIDULE Le président de la République lance ce jeudi le Conseil national de la refondation, mais la liste des absents pour la mise en œuvre de sa « nouvelle méthode » est longue

Rachel Garrat-Valcarcel
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Emmanuel Macron à l'Elysée, le 5 septembre.
Emmanuel Macron à l'Elysée, le 5 septembre. — Jacques Witt/SIPA
  • Le Conseil national de la refondation, voulu par Emmanuel Macron pour illustrer sa « nouvelle méthode » de gouvernement, est lancé ce jeudi depuis Marcoussis.
  • Mais le nouveau-né est-il déjà en mort clinique ? Toutes les oppositions ont décliné l’invitation, et une grande partie des syndicats passera son tour.
  • Pour les uns, c’est un « bidule » destiné à enjamber l’Assemblée. Pour les autres, un « outil de démocratie de proximité ». Mais où donc va nous emmener le CNR ?

L’annonce avait surpris tout le monde, sa mise en place ne semble satisfaire personne. Le Conseil national de la refondation, voulu par Emmanuel Macron pour illustrer sa « nouvelle méthode » de gouvernement – plus horizontale, moins verticale – est lancé ce jeudi au Centre national du rugby (le… CNR) de Marcoussis. Problème : toutes les oppositions ont décliné, une grande partie des syndicats sèche. Même si l’Elysée affirme que les deux tiers des invités et invitées seront là, ça couine jusque dans la majorité. Où l’on peine parfois à bien expliquer en quoi consiste ce « bidule » - d’après le mot de plusieurs ténors des oppositions - aux contours encore très flous.

En principe, le CNR doit faire dialoguer des citoyens sur de grands sujets (plein emploi et réindustrialisation, école, santé, bien vieillir, transition écologique), trouver des solutions qui puissent être concrètement appliquées sur le terrain. L’initiative ressemble un peu au Grand Débat national, imaginé après la crise des « gilets jaunes ». Ou à la Convention citoyenne pour le climat, elle-même issue du Grand Débat. Un président en première ligne - « sans filtre », pour reprendre une expression élyséenne –, et des citoyens invités à mettre les mains dans le cambouis.

Mécompréhension

Deux initiatives qui ont laissé des souvenirs pour le moins contrastés : « Mais il croyait quoi, Macron ?, s’insurge un député écologiste. Il pensait que tout le monde serait OK pour un truc qui ressemble à la Convention sur le climat qui n’a rien donné ? » Pour les oppositions – qui préféreraient un dialogue dans le cadre des institutions –, on ne transforme pas un président Jupiter en président du compromis comme ça. Sauf que pour la majorité, on se trompe sur le bilan du Grand Débat et de la Convention citoyenne.

« Quand on s’intéresse vraiment au bilan de la Convention citoyenne, on s’aperçoit qu’elle nous a fait avancer comme jamais !, estime le député MoDem Erwan Balanant. Dans les ministères, on nous expliquait que le processus avait fait gagner dix ans à des tas de sujets. » Le député Renaissance (RE) Karl Olive rappelle que la Grand débat a quant à lui suscité l’organisation de 10.000 échanges et 2 millions de contributions. Pour l’élu des Yvelines, le CNR, comme ses deux prédécesseurs, n’est « ni plus ni moins qu’un outil de démocratie de proximité comme on en connaît dans les collectivités », mais cette fois appliqué au niveau national.

Postures

Ainsi les critiques des oppositions et des syndicats qui ont déjà décliné ou y vont à reculons seraient de pure « postures politiciennes » : « Ils instrumentalisent l’idée qu’on va les instrumentaliser dans le CNR », croit Erwan Balanant. Qui parle même de « fanfaronnade » pour qualifier « la satisfaction de certaines organisations qui refusent de venir ». Pour le député breton, « il y a un paradoxe à réclamer tout le temps d’être consulté quand le président prend des initiatives et à refuser de rentrer dans un grand dialogue pour l’avenir du pays ».

Mais le « grand dialogue pour l’avenir du pays » n’a-t-il pas lieu au Parlement ? Notamment à l’Assemblée, où les débats ont clairement regagné en intérêt depuis que la majorité absolue n’est plus ? Annoncé en pleine campagne des législatives, le Conseil national de la refondation a très vite été vu par certains comme un moyen de passer outre ce travail parlementaire. Le président LR du Sénat, Gérard Larcher, fait d’ailleurs partie de ceux qui ont décliné l’invitation. Le député LFI Paul Vannier, qui voit là une nouvelle tentation autoritaire du chef de l’Etat, juge que le CNR est « l’expression de la faiblesse et de l’isolement d’un président au bout de l’exploitation de la Ve République, et qui cherche des cadres pour reprendre la main sur l’agenda. » Côté majorité, on rappelle qui ne s’agit que d’un organe consultatif, que le Parlement aura toute sa place en bout de ligne… Enfin sauf en cas de référendum, ce qui n’a pas été exclu.

Les macronistes pas tous convaincus

Mais à l’Elysée, on a bien compris le danger de laisser traîner l’idée que le CNR est là pour enjamber l’Assemblée. Alors on prend des pincettes pour bien expliquer - et réexpliquer - que le CNR n’est pas une institution supplémentaire. Car même dans le camp macroniste, certains ont pu tiquer, et pas des moindres. La semaine dernière, sur France Inter, la présidente de l’Assemblée, Yaël Braun-Pivet a annoncé qu’elle serait « extrêmement vigilante » sur la manière dont se déroule le CNR. On a vu plus enthousiaste. Autre couac : l’ancien Premier ministre Edouard Philippe​, leader du parti de l’aile droite de la majorité, Horizon, ne sera pas là, officiellement retenu… au Québec.

Le CNR ne part donc pas sous les meilleurs auspices : « Je ne sais pas si c’est mort, mais ça n’a pas l’air bien vivant », disait mardi un député de gauche dans les couloirs du Palais-Bourbon. Mais le président y croit et à l’Elysée, on prévient déjà que s’il faut prendre le temps, on prendra le temps. Bienveillant avec l’initiative présidentielle, Karl Olive estime qu'« on ne peut avoir que de bonnes surprises ». C’est dire si Emmanuel Macron se lance avec le CNR dans un investissement aux retombées très aléatoires.