L'Education pour Luc Chatel: le cadeau empoisonné?

REMANIEMENT Même si sa nomination rue de Grenelle est une super promotion, l'ex-secrétaire d'Etat à la Consommation hérite de dossiers délicats...

Catherine Fournier (avec agence)

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 Luc Chatel, ministre de l'Education
 Luc Chatel, ministre de l'Education — DR

Il prend du galon, mais à quel prix? A 44 ans, Luc Chatel passe du secrétariat à l'Industrie au ministère de l'Education, l'une des plus belles promotions du remaniement gouvernemental annoncé mardi soir.

Reste que le porte-parole du gouvernement hérite d'un portefeuille délicat et très lourd, dont la gestion a coûté sa carrière à plus d'un ministre. Xavier Darcos lui laisse deux dossiers brûlants: la réforme de la formation des enseignants et la réforme du lycée, dont les premiers jalons ont été posés par Richard Descoings, un temps pressenti pour la rue de Grenelle.

Habitué aux dossiers délicats

D'aucuns estiment pourtant que l'élu de province (il avait ravi à la gauche la mairie de Chaumont en Haute-Marne, dès le premier tour des municipales en 2008) a les compétences requises pour gérer les dossiers délicats. Il a su mener à bien le plan automobile pour tenter de sortir ce secteur du marasme économique et oeuvrer pour une sortie de crise chez Heuliez, l'équipementier automobile des Deux-Sèvres en redressement judiciaire, et Continental, le fabriquant de pneumatiques de Clairoix. A son actif, également, la gestion du dossier délicat de La Poste, qui s'apprête à devenir une société anonyme malgré la crise.

Le passage de l'Industrie à l'Education, deux mondes où le dialogue avec les syndicats est primordial mais souvent tendu, devrait donc être plus facile.

Un ancien du privé

Les syndicats de l'éducation ne sont pas pour autant convaincus par la nomination de cet ancien du privé, qualifié de «libéral» par Gérard Aschieri, le secrétaire général de la Fédération syndicale unitaire (FSU). «Ce n'est pas quelqu'un qui s'est signalé par son intérêt pour l'éducation, donc je suppose qu'il a été nommé pour d'autres raisons, c'est un proche de Nicolas Sarkozy. Je ne sais pas quelle est sa feuille de route, mais c'est cela qui sera important», a-t-il réagi mardi soir.

«Je suis interpellé par le fait qu'il reste porte-parole du gouvernement, c'est à ma connaissance la première fois pour un ministre de l'Education. Ce sont deux missions importantes, je m'interroge un peu sur leur compatibilité et je pense qu'il devra éviter les coups de communication à l'Education nationale», a ajouté le patron de la première fédération d'enseignants.

«Le gage qu'il aura à donner est de se battre pour donner des signes différents sur les arbitrages budgétaires que ceux qui se dessinent», a-t-il poursuivi, alors que Xavier Darcos a annoncé juste avant son départ la suppression de 16.000 postes dans l'éducation en 2010.

«Prendre le temps de l'écoute»

Luc Chatel devra «rompre avec la politique éducative menée ces derniers mois», a renchéri mardi soir le Snuipp-FSU, premier syndicat d'enseignants du primaire, où la réforme menée par Xavier Darcos ne passe toujours pas.

«Après des mois de tensions et de mépris envers les enseignants des écoles, après les suppressions de postes en Rased ou les propos blessants concernant l'école maternelle, le gouvernement ne peut se contenter de belles paroles», a ajouté le syndicat, qui souhaite rencontrer le plus rapidement possible Luc Chatel.

Qu'il se rassure, le tout nouveau ministre de l'Education nationale a affirmé qu'il prendrait «le temps de l'écoute» lors de la cérémonie de passation de pouvoir ce mercredi.