A Valence, la France insoumise provoque la macronie en duel

DEBATS La France insoumise avait notamment invité trois ministres à ses Amfis d’été dans des débats qui s’annonçaient houleux mais qui n’ont pas tourné au clash

Rachel Garrat-Valcarcel
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La ministre déléguée Olivia Grégoire, au premier plan, et le député insoumis Adrien Quatennens, au second plan, samedi.
La ministre déléguée Olivia Grégoire, au premier plan, et le député insoumis Adrien Quatennens, au second plan, samedi. — Alain ROBERT/SIPA
  • La France insoumise réunissait ce week-end ses partisans lors de ses Amfis d’été, près de Valence, dans la Drôme.
  • Quatre invités dénotaient : Olivia Grégoire, Marlène Schiappa, Clément Beaune, ministres macronistes, et la LR Rachida Dati.
  • A la clef des débats parfois bruyants mais passionnés et de qualités… qui mettent la Nupes et surtout LFI au centre.

De notre envoyée spéciale à Châteauneuf-sur-Isère, Drôme

La rentrée de la France insoumise (LFI) sentait le clash. La saison des universités d’été et assimilé voit régulièrement certaines personnalités politiques aller débattre dans les réunions d’autres familles politiques que la leur. Et quand ce sont carrément des antagonistes qui se rencontrent, ça crée souvent l’événement. Les Insoumis, qui réunissaient leurs « Amfis d’été » cette année encore près de Valence (Drôme), avaient programmé pas moins de quatre débats, dont trois face à des membres du gouvernement ( Marlène Schiappa, Olivia Grégoire et Clément Beaune), et un dernier face à la LR Rachida Dati.

Un des organisateurs du raout, le député Bastien Lachaud, ne s’est pas caché, il y a quelques jours, des intentions de LFI : attirer l’attention médiatique et « démontrer que pour le gouvernement nous sommes l’opposition la plus crédible et la plus sérieuse avec laquelle ils doivent débattre. » Même si le parti s’en défend, c’est aussi une manière, peut-être, de normaliser LFI, renvoyé aux marges de la République au même titre que le RN ces dernières semaines par la majorité macroniste. D’ailleurs, le premier des débats, qui voyait s’affronter Marlène Schiappa et Alexis Corbière avait pour thème « être républicain aujourd’hui ».

Holà

« Marlène… Schiappa » et « Alexis… Corbière », visiblement plus habitués à s’appeler par leurs prénoms, ne se sont pas exactement donné des brevets de républicanisme mutuels. Ils ont tout de même tenu à démontrer que leurs visions respectives de la République ne sont pas non plus diamétralement opposées. A plusieurs reprises, le député de Montreuil s’est servi du débat comme d’une tribune pour démontrer, par exemple, que la France insoumise n’était pas communautariste, comme elle est parfois qualifiée. Comme s’il donnait des gages, avec une ministre macroniste comme témoin.


La ministre déléguée aux PME, au Commerce, à l’Artisanat et au Tourisme, Olivia Grégoire, a néanmoins mis le holà : la venue de ministres macronistes n’est pas un « blanc-seing » à la France insoumise. « Il ne faut pas chercher à tout relier, à tout extrapoler », prévient Grégoire. La Première ministre a-t-elle eu raison de mettre LFI aux marges du champ républicain ? Oui. « Ce n’est pas parce que je viens débattre avec un insoumis que je n’ai pas de problèmes avec d’autres », cingle la ministre déléguée. En l’occurrence, la réciproque semble vraie. En coulisse, on explique volontiers qu’on n’aurait pas invité n’importe quel ministre non plus. Ont a priori été conviés celles et ceux avec qui les relations interpersonnelles étaient encore les meilleures.

Droite-gauche

Le débat sur l’inflation qui a opposé Olivia Grégoire et le député de Lille, Adrien Quatennens, était clairement le plus dur des quatre organisés. « Nous divergeons sur le comment, sur les moyens, mais pas sur l’objectif », croit la ministre déléguée. La salle - pourtant pas pleine tôt le samedi matin  n’est pas d’accord et le fera très bruyamment comprendre tout au long de l’échange. Deux visions se sont frontalement opposées entre un insoumis qui décrit une hypothétique « boucle prix bénéfices » qui expliquerait l’inflation actuelle, et une macroniste qui défend « les dividendes, symptômes d’une économie qui se porte mieux ». Parfois un brin donneuse de leçon (« les faits sont têtus et vous ne les aimez pas ») mais clairement courageuse d’être venue.


Chacun a eu ses points dans ce débat économique qui ressemblait surtout à un bon vieux débat gauche-droite. Comme la Nupes essaye de le remettre en place à l’Assemblée nationale depuis le début de la nouvelle législature – et avec un certain succès lors du débat sur le pouvoir d’achat. Un type de débat que la macronie préfère en principe éviter. C’était encore plus littéral lors du débat sur la justice entre le député du Nord Ugo Bernalicis et l’ancienne garde des Sceaux, la LR Rachida Dati. « J’ai toujours cru au clivage gauche-droite, et jamais au ''en même temps'', lance la maire du 7e arrondissement. La société française est structurée comme ça ! Gauche et droite peuvent se rejoindre par moments, mais il y a une vision de la société de gauche et une vision de la société de droite. »

Bonnes résolutions ?

Bien entendu, lors de ces débats, personne n’est ressorti convaincu par son adversaire. « C’est très difficile de convaincre, mais j’avais à cœur de dire ce en quoi je crois », expliquait après son débat chahuté Olivia Grégoire. Pour expliquer l’attitude du public insoumis, Adrien Quatennens a répondu, goguenard, « je crois qu’ils sont bien formés, tout simplement ! ». Mais si l’assistance a parfois été bruyante – franchement, pas plus que certaines fois dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale – les débats n’ont clairement pas eu le caractère acrimonieux qui a parfois marqué les débuts de la nouvelle législature.

« Je ne m’attendais pas à être accueilli avec de l’amour et des roses mais c’était un débat satisfaisant, sans ambages et sans hystérie », a reconnu Olivia Grégoire. « Les réactions sont naturellement épidermiques mais le débat a été argumenté et de qualité », a confirmé Adrien Quatennens. Et c’était vrai ! L’été a-t-il été profitable aux différents acteurs politiques ? On laissera la réponse en suspens en attendant la reprise des débats à l’Assemblée nationale, le 3 octobre.