Assemblée nationale : Cinq moments à retenir de cette première session (et les leçons en à tirer)

POLITIQUE On revient sur les premiers jours mouvementés des députés à l'Assemblée nationale et les leçons à en tirer

Thibaut Le Gal
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Les insoumises en cravate à l'Assemblée nationale.
Les insoumises en cravate à l'Assemblée nationale. — Jacques Witt/SIPA
  • Début juillet, les députés ont fait leur entrée au sein du Palais-Bourbon.
  • Pendant un mois, les parlementaires ont bataillé au sein de l’Assemblée nationale sur le projet de loi sanitaire et le texte sur le pouvoir d’achat.
  • On revient sur les cinq moments forts de cette première session et les leçons à en tirer.

Des premiers pas mouvementés. Au début du mois de juillet, dans la foulée des législatives où les macronistes ont perdu leur majorité absolue, les députés ont fait leur entrée dans l’Hémicycle. Pendant un mois, les parlementaires ont planché sur le projet de loi sanitaire et le texte sur le pouvoir d’achat. Des débats enflammés, qui ont transformé à plusieurs reprises le palais Bourbon en véritable chaudron. Vous n’avez rien suivi à cette première session parlementaire ? On revient sur les cinq moments forts et les leçons à tirer des dernières semaines.

1. Déclaration de politique générale : Elisabeth Borne huée mais solide

La Première ministre Elisabeth Borne fait son discours de politique générale à l'Assemblée nationale, le 6 juillet 2022.
La Première ministre Elisabeth Borne fait son discours de politique générale à l'Assemblée nationale, le 6 juillet 2022. - Bertrand GUAY / AFP

Ils n’ont pas attendu bien longtemps avant de la bousculer. Quelques minutes à peine après le début de sa très attendue déclaration de politique générale, le 6 juillet dernier, Elisabeth Borne a entendu les premières huées de l’opposition. La cheffe du gouvernement n’a rien laissé transparaître et a poursuivi son discours, n’hésitant pas à défier du regard ses opposants en souriant. Pour son premier gros test depuis sa nomination, la Première ministre a certes montré qu’elle n’était pas une oratrice hors pair, mais a assuré l’essentiel en rassurant ses troupes. « Chacun a pu voir qu’elle ne se laissait pas faire. J’étais convaincu qu’elle était très politique, on en a eu la démonstration », nous disait Saché Houlié, député Renaissance (ex-LREM) de la Vienne et président de la commission des lois.

La leçon : Jugée parfois trop techno jusque dans ses propres rangs, Elisabeth Borne a su répondre aux premières critiques entourant sa nomination. Mais la Première ministre devra imposer un peu plus sa marque dans l’Hémicycle, alors qu’arrivent des textes plus périlleux pour sa majorité, sur l’immigration notamment.

2. La nuit du pass sanitaire : premier revers pour le gouvernement

Le ministre de la Santé François Braun, à l'Assemblée nationale, le 25 juillet 2022.
Le ministre de la Santé François Braun, à l'Assemblée nationale, le 25 juillet 2022. - Jacques Witt/SIPA

Dans la nuit du 12 au 13 juillet, les oppositions s’entendent pour supprimer un article clé du premier texte au menu, le projet de « loi de veille et de sécurité sanitaire ». Les députés de droite et de gauche balaient la possibilité d’un retour du pass sanitaire anti-Covid à l’entrée de l’Hexagone, pourtant souhaitée par le gouvernement. A l’annonce du résultat du vote, l’opposition hurle de joie, Elisabeth Borne voit rouge. « Je me battrai pour que l’esprit de responsabilité l’emporte au Sénat », assure la cheffe du gouvernement. Le Sénat, dominé par la droite, impose sa loi. Le texte adopté prévoit finalement la simple possibilité  d’imposer un test de dépistage au Covid négatif à l’embarquement en direction du territoire français et pour les voyages Outre-mer.

La leçon : C’est le premier faux pas du gouvernement à l’Assemblée. Faute de majorité absolue, l’exécutif a dû revoir sa copie et compter sur les sénateurs pour arranger le texte. Un épisode qui pourrait se répéter dans les prochains mois.

3. Les députées insoumises en cravate : le coup d’éclat permanent

Les insoumises en cravate à l'Assemblée nationale.
Les insoumises en cravate à l'Assemblée nationale. - Jacques Witt/SIPA

« C’est un pied de nez pour tenir tête à M. Ciotti ». Le 26 juillet, Clémentine Autain et ses collègues de LFI débarquent à l’Assemblée nationale vêtues d’une veste de costume et d’une cravate. Les élues insoumises entendent dénoncer le « sexisme » et répondre au député LR, qui voulait imposer ce style vestimentaire aux hommes. Derrière le coup d’éclat médiatique, une stratégie d’opposition revendiquée. « Nous sommes radicalement opposés au projet de Macron. Il faut trouver sur la forme une façon de coller à ça. Alors oui, ça va remuer, pour éviter le chloroforme des institutions », nous prévenait William Martinet, député LFI des Yvelines.

La leçon : Au sein de l’Hémicycle comme en dehors lorsqu’ils organisent un faux mariage entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, les insoumis revendiquent une opposition frontale et tonitruante. Une stratégie pas toujours du goût de leurs alliés de la Nupes.

4. Le paquet pouvoir d’achat : une bataille de tous les instants

Bruno Le Maire a obtenu une victoire très tardive face à la Nupes et au RN.
Bruno Le Maire a obtenu une victoire très tardive face à la Nupes et au RN. - Jacques Witt/SIPA

La bataille aura été homérique. Pendant trois semaines, le gouvernement et ses opposants se sont écharpés sur le projet de loi concernant le pouvoir d’achat, un sujet au cœur des dernières élections. Les élus d’opposition, du Rassemblement national à La France insoumise, ont tenté d’avancer leurs pions, défendant pied à pied les centaines d’amendements déposés et défendus souvent jusqu’au bout de la nuit. « Nous assistons à un vrai dévoiement du débat démocratique », s’est agacé le ministre de l’Economie Bruno Le Maire, dénonçant des « débats interminables ». Les deux volets de mesures sont finalement votés, en passant des compromis avec Les Républicains sur la remise carburant restée généralisée, le rachat des RTT ou la défiscalisation des heures sup.

La leçon : LR est devenu un partenaire privilégié du gouvernement. Les 62 députés de droite auront probablement ce rôle pivot lors de la rentrée en octobre, avec l’arrivée des textes sur la sécurité, l’assurance-chômage et le budget 2023.

5. Pas un mot plus haut que l’autre : le RN en quête de respectabilité

Marine Le Pen à l'Assemblée.
Marine Le Pen à l'Assemblée. - Jacques Witt/SIPA

Marine Le Pen l’a dit et répété : elle souhaite que le Rassemblement national incarne une opposition « résolue mais constructive » à la politique d’Emmanuel Macron. Arrivés en force au sein de l’Assemblée, les députés RN ont donc d’abord pris soin… de ne pas se faire trop remarquer. Lors du discours de politique générale d’Elisabeth Borne, les 89 élus restent de marbre, surjouant la bonne conduite. « Nous sommes concentrés sur l’image que nous allons renvoyer. C’est une nouvelle étape de crédibilité pour notre mouvement », nous confirmait le député et porte-parole du parti, Sébastien Chenu. Mais la ligne de « sobriété » n’est pas toujours tenue, comme lorsque le député de la Somme, Jean-Philippe Tanguy appelle la gauche de l'hémicycle au « silence pour la France » en hurlant, devant des parlementaires mi-amusés, mi-médusés.

La leçon : Malgré quelques excès, le RN poursuit sa stratégie de dédiabolisation. Les troupes de Marine Le Pen ont d’ailleurs voté une bonne partie des textes proposés par l’exécutif. Mais la stratégie de normalisation résistera-t-elle aux prochains textes sur la sécurité ou l’immigration, à venir dans l’Hémicycle ?