Tensions à Taïwan : La prise de position de Mélenchon sème la discorde au sein de la Nupes

DIPLOMATIE Dans deux billets publiés sur son blog, Jean-Luc Mélenchon a qualifié la visite de Nancy Pelosi à Taïwan de « provocation », estimant qu'« il n’y a qu’une seule Chine »

20 Minutes avec AFP
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En pleines tensions entre Pékin et Taipei, le leader de LFI a considéré que la visite de la présidente de la Chambre des représentants des Etats-Unis constituait
En pleines tensions entre Pékin et Taipei, le leader de LFI a considéré que la visite de la présidente de la Chambre des représentants des Etats-Unis constituait — SICCOLI PATRICK/SIPA

Il persiste et signe. En pleines tensions entre Pékin et Taipei, le leader de LFI, Jean-Luc Mélenchon, considérait dans deux billets de blog successifs, jeudi puis samedi, que la visite de la présidente de la Chambre des représentants des Etats-Unis constituait « une provocation », alors qu'« il n’y a qu’une seule Chine », qui « siège parmi les cinq membres permanents du conseil de sécurité de l’ONU ».

Ses écrits sur Taïwan et la visite de Nancy Pelosi sur l’île remettent ainsi sur le devant de la scène les divergences de vues des membres de la gauche unie sous la bannière Nupes. Jugeant que « Taïwan est une composante à part entière de la Chine », Jean-Luc Mélenchon a repris ainsi un vocable défendu par le régime de Pékin mais rejeté par les autorités de Taipei.

Ecologistes et socialistes en colère

Une prise de position en ligne avec la « doctrine constante » d'« une seule Chine » suivie par la France depuis le général de Gaulle en 1964, et la nécessité d’éviter « un nouveau front de guerre », fait-il valoir, soutenu par ses troupes au sein de LFI. Remercié sur Twitter par l’ambassade de Chine, l’ex-candidat à la présidentielle s’est attiré les foudres d’écologistes et socialistes membres de la Nupes, tandis que les communistes utilisaient de leur côté un vocabulaire similaire au sien.

« La visite officielle de Nancy Pelosi à Taïwan se voulait une bravade ; elle s’avère une provocation inconséquente dans une situation mondiale déjà particulièrement dangereuse », a tweeté vendredi le secteur International-Europe du PCF. Mais chez les écologistes d’EELV, le secrétaire national Julien Bayou dénonce « un vrai cynisme » de Jean-Luc Mélenchon, dont la « vision » en matière de géopolitique apparaît « assez datée ».

Quant au patron du PS Olivier Faure, il juge que si « l’opportunité de la visite de Nancy Pelosi à Taïwan est discutable, la volonté des Taïwanais de vivre en démocratie ne l’est pas ». En écrivant que « « les Chinois régleront le problème entre eux » », Jean-Luc Mélenchon « laisse ainsi ouverte la porte de l’annexion », déplore Olivier Faure dans un entretien au Journal du Dimanche, en soulignant « la singularité des socialistes » : « ne faire aucune exception dès lors qu’il s’agit de défendre la démocratie et les droits humains ».

« Épouser la cause des tyrans »

L’épisode confirme que, unis en juillet et août lors des votes au Parlement sur les mesures de pouvoir d’achat, les membres de la Nupes ne le sont pas sur les dossiers diplomatiques, comme ils l’avaient d’ailleurs acté dans l’accord scellant leur alliance en mai avant les élections législatives de juin. L’invasion de l’Ukraine par la Russie en février avait déjà souligné les différences de vues, entre des écologistes réclamant des livraisons d’armes aux Ukrainiens ou des Insoumis défendant un « non-alignement » sur la Russie ou les Etats-Unis.

Mardi, les dissensions se sont traduites dans le vote de l’Assemblée nationale pour la ratification des protocoles d’adhésion de la Suède et de la Finlande à l’Otan dans le contexte de guerre en Ukraine : les députés PS et écologistes ont voté pour, les députés LFI contre. Des « visions du monde opposées », constate le député européen PS/Place publique Raphaël Glucksmann, qui fustige celle incarnée par Jean-Luc Mélenchon dont « l’antiaméricanisme » est « érigé en boussole » et « conduit à épouser la cause des tyrans ».

Un débat jugé « salutaire »

La sortie du leader Insoumis s’avère en outre être du pain béni pour les socialistes dissidents qui avaient refusé de voir le PS s’allier à LFI dans la Nupes. La Nupes est « une alliance d’opportunisme sans ligne ! », pointe du doigt le maire PS du Mans Stéphane Le Foll, jugeant « salutaire » le « débat » ouvert par Jean-Luc Mélenchon, car c’est l’occasion pour la gauche de « rester internationaliste, européenne, et surtout pas non-alignée » comme LFI le prône.

Dans la majorité présidentielle, l’eurodéputée LREM/Renaissance Nathalie Loiseau dénonce les prises de position « scandaleuses » de Jean-Luc Mélenchon. « La politique d’une seule Chine, c’est celle de tous, personne ne la conteste », mais « ce n’est pas, mais alors pas du tout, ce que votre leader a écrit », a-t-elle lancé sur Twitter à Manuel Bompard, bras droit de Mélenchon.

La France a confirmé jeudi par la voix de sa ministre des Affaires étrangères Catherine Colonna qu’elle « s’en tient à sa politique d’une seule Chine », tout en soulignant que « la visite du président ou de la présidente de la Chambre des représentants américains n’est pas sans précédent » à Taïwan, et qu'« en tout état de cause », elle « ne doit pas servir de prétexte à la Chine pour des mesures d’escalade qui accroîtraient la tension ».