Aymeric Caron veut mettre fin aux « corridas de toros » en France

ESTOCADE FINALE Le député LFI de Paris devra d’abord convaincre des élus dans son propre camp pour espérer faire interdire le spectacle qu’il juge « immoral »

20 Minutes avec AFP
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Aymeric Caron, candidat Nupes dans la 18e circonscription de Paris. (Illustration)
Aymeric Caron, candidat Nupes dans la 18e circonscription de Paris. (Illustration) — AFP

Un spectacle qu’Aymeric Caron juge « immoral ». Alors que la saison des corridas de toros bat son plein dans le sud de la France, le député de gauche entend présenter rapidement une proposition de loi devant l’Assemblée nationale afin de porter l’estocade finale à cette tradition.

« Que la corrida soit un spectacle immoral, un spectacle qui n’a plus sa place au XXIe siècle, je pense que c’est un point de vue qui est partagé par une majorité des Français », affirme Aymeric Caron, élu de gauche de Paris, en confirmant qu’il espérait déposer devant l’Assemblée nationale afin d’en interdire la pratique. « C’est une proposition de loi que j’espère bien voir débattue à l’Assemblée en novembre », ajoute l’élu du parti La France insoumise (LFI, gauche radicale), première composante de l’opposition de gauche au parlement français.

Convaincre dans son propre camp

La France n’échappe pas au courant anti-corrida qui touche tous les pays concernés – Espagne, Portugal, Pérou, Mexique, Colombie, Equateur et Venezuela –, mais depuis une première tentative en 2004, aucune initiative n’est parvenue à imposer un vote à l’Assemblée, ni même un débat parlementaire. Avant la perspective d’un débat en novembre, Aymeric Caron, qui se revendique « antispéciste » (qui s’oppose à l’exploitation et à la consommation des animaux par les êtres humains) reconnaît qu’il devra d’abord convaincre au sein même de son parti et trouver des alliés à l’Assemblée.

Son objectif vise une modification du Code pénal qui punit la maltraitance animale, mais souligne dans son article 521-1 que ses dispositions « ne sont pas applicables aux courses de taureaux lorsqu’une tradition locale ininterrompue peut être invoquée ». « Ce n’est pas une tradition française, c’est une tradition espagnole qui a été importée en France au milieu du XIXe siècle pour faire plaisir à l’épouse de Napoléon III, qui était andalouse », souligne Aymeric Caron.

Une tradition fermement défendue

Cette « tradition ininterrompue » est pourtant fermement défendue depuis plusieurs années dans le sud-ouest proche de l’Espagne – Bayonne, Dax, Mont-de-Marsan ou Vic-Fezensac – et sur le pourtour méditerranéen – Nîmes, Arles ou Béziers.

Fin juillet à Bayonne, dans le sud-ouest de la France, des milliers d’aficionados en rouge et blanc se sont réunis pour les premières Fêtes locales depuis deux ans – pandémie oblige – axées autour de la tauromachie. « Ceux qui veulent l’interdire ne la connaissent pas. La corrida, c’est un drame, on est près de la mort. C’est presque un anachronisme qu’elle existe encore parce que les gens ne vivent plus avec la mort. On en a peur, mais elle fait partie de la vie », répond Jean-Luc Ambert, un aficionado français, qui parcourt la France et l’Espagne durant l’été, de corrida en corrida.

Quels alliés ?

Pour André Viard, président de l’Observatoire national des cultures taurines, l’interdiction de la corrida est un thème « récurrent » à chaque législature. « On dit aux autres groupes politiques : quel intérêt de s’associer à cette proposition politique qui va contre la liberté culturelle, protégée par la constitution, et l’identité des territoires », explique-t-il.

Aymeric Caron espère réunir sur son projet, outre les autres députés de gauche, des élus des oppositions de droite, voire de la majorité présidentielle. Il souligne notamment l’inconnue de la position du parti présidentiel dont la cheffe de file à l’assemblée Aurore Bergé avait demandé en juillet 2021 la fin de cette « pratique barbare » dans une tribune publique signée par divers députés centristes et de droite. « Sera-t-elle fidèle à ses convictions ou fera-t-elle un calcul politique qui l’empêchera de me soutenir », se demande Aymeric Caron.