Gouvernement : Après « le mépris », le Sénat est-il devenu « the place to be » ?

PARLEMENT Avec une Assemblée sans majorité absolue, le Sénat devient incontournable pour faire passer les lois du gouvernement

Thibaut Le Gal
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Gérard Larcher tout sourire.
Gérard Larcher tout sourire. — ERIC DESSONS/JDD/SIPA
  • Après cinq années de relations tumultueuses entre le Sénat et l'exécutif, l'heure est à l'apaisement.
  • Après cinq années de relations tendues, le gouvernement compte désormais sur les sénateurs pour faire passer ses textes.
  • Mais pourquoi le Sénat est-il devenu si important ?

Nichés dans leur cossu palais du jardin du Luxembourg, ils s’étaient presque fait oublier. Mais les sénateurs ont repris du poil de la bête. Faute de majorité absolue à l’Assemblée nationale, les 348 élus de la Chambre haute retrouvent un rôle crucial dans la vie parlementaire et le vote des lois. Dominé par la droite et le centre, le Sénat est ainsi devenu un allié utile de l’exécutif sur le projet de loi sanitaire ou celui sur le pouvoir d’achat. Les parlementaires s’amusent d’ailleurs des récentes déclarations d’amour d' Elisabeth Borne et de son gouvernement, après cinq ans de relations souvent tendues. Mais pourquoi le Sénat est-il devenu the place to be ?

Il retrouve un rôle décisif

Soyons honnêtes, le retour en grâce des sénateurs n’est pas vraiment de leur fait. Il résulte surtout de la claque infligée à la coalition présidentielle aux législatives de juin dernier. « Comme les macronistes n’ont pas de majorité absolue à l’Assemblée et qu’ils ne peuvent plus utiliser le 49-3 à tire-larigot*, le Sénat a désormais une place particulière. Le gouvernement est obligé de trouver un accord avec la majorité sénatoriale de droite, au point qu’on se demande parfois, qui est l’idiot utile de qui », assure Patrick Kanner, le patron du groupe socialiste.

A plusieurs reprises sur le projet de loi sanitaire ou le texte sur le pouvoir d’achat, les sénateurs de droite et le gouvernement ont trouvé des points de convergence pour faire avancer les débats. « L’exécutif ne peut plus compter sur la seule Assemblée pour faire passer ses lois. Il y a donc eu des gestes envers notre majorité, sans doute plus par nécessité que par conviction, mais le Sénat retrouve enfin une place primordiale », salue le sénateur LR du Rhône François-Noël Buffet, le président de la commission des lois.

Il reçoit les mamours du gouvernement

Le quinquennat précédent paraît bien loin. Echaudé notamment par la commission d’enquête sénatoriale sur l'affaire Benalla à l'été 2018, Emmanuel Macron et sa majorité ont entretenu des relations tumultueuses avec les membres du palais du Luxembourg ces cinq dernières années. Plusieurs ministres boudaient les rangs du palais du Luxembourg, quand le chef de l’Etat envisageait même de le remplacer. « Il n’y a pas si longtemps, il n’y avait pas pire que le Sénat ! C’était tout juste s’il ne fallait pas l’affaiblir, voire le supprimer. Là, on lui trouve d’un coup plein de qualités, c’est tant mieux… », ironise François-Noël Buffet (LR).

Dès sa première intervention devant les sénateurs, le 6 juillet dernier, Elisabeth Borne a abondamment loué « l’expérience et les pratiques » du Sénat, « force d’équilibre et d’apaisement de nos institutions ». Des mots doux pas anodins, selon Patrick Kanner. « Le Sénat a été snobé après l’affaire Benalla, soyons clairs, car Emmanuel Macron a la rancune tenace. Mais les récentes déclarations d’amour de la Première ministre ne visaient pas l’ensemble du Sénat, seulement la majorité de droite dont elle a besoin », nuance le sénateur PS.

Il se rêve en temple de la sagesse

Au sein du feutré palais du Luxembourg, les échanges sont parfois vifs, mais jamais sans courtoisie. Les sénateurs aiment d’ailleurs cultiver leur différence avec l’Assemblée nationale, où le tumulte et le fracas s'invitent régulièrement. « Ici, on ne vient pas en bras de chemise et on ne claque pas les pupitres. Au Sénat, on travaille aussi bien, certains disent même mieux que les députés, mais avec une autre approche de la démocratie, qui n’est pas vraiment celle d’un syndicat étudiant », ironise Patrick Kanner. Lors des dernières séances, les ministres ont d’ailleurs semblé apprécier la modération des élus. « Les débats sont courtois, car le Sénat est un lieu de compromis. Ici, on fait avancer les lois alors que les débats sont figés à l’Assemblée », assure François Patriat, le patron du groupe macroniste. Elisabeth Borne a d’ailleurs indiqué que plusieurs projets de loi seront examinés au Sénat « en première lecture pour aller plus au fond, être moins dans le coup politique ».

*Depuis la réforme constitutionnelle du 23 juillet 2008, hors projets de loi de finances ou de financement de la Sécurité sociale, l’article 49.3 ne peut être utilisé que sur un seul texte au cours d’une même session parlementaire.