Pouvoir d’achat : L’Assemblée poursuit son marathon et s’attaque aux mesures face à l’inflation

PARLEMENT Après quatre jours et nuits de débat houleux, l’examen du budget rectificatif se poursuit devant l’Assemblée nationale. Le coup d’envoi a été donné, cet après-midi, sur le deuxième volet du paquet de mesures face à l’inflation galopante

20 Minutes avec AFP
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Bruno Le Maire s'adresse aux députés le 19 juillet 2022.
Bruno Le Maire s'adresse aux députés le 19 juillet 2022. — Christophe ARCHAMBAULT / AFP

L'Assemblée nationale s’est lancée vendredi dans une nouvelle course à haut risque. Celle de l’examen du budget rectificatif, après déjà quatre jours et autant de nuits de débats houleux sur le projet de loi en faveur du pouvoir d’achat, adopté en première lecture au petit matin.

« Notre Assemblée peut être le bruit et la fureur » mais « je vous propose qu’elle soit lumière d’août », a imagé le ministre de l’Economie Bruno Le Maire, au coup d’envoi dans l’après-midi des débats sur le deuxième volet du paquet de mesures face à l'inflation galopante.

« Vous partez de préceptes du néolibéralisme. Nous devons partir des besoins »

Après le vote du premier volet peu avant 6 heures vendredi, la Première ministre Elisabeth Borne s’est félicitée que « l’esprit de responsabilité l’a [it] emporté pour protéger nos concitoyens ». La partie n’est pas gagnée pour le camp présidentiel, privé de majorité absolue.

Le projet de loi de finances rectificative pour 2022 comprend la poursuite de la remise carburant et du bouclier tarifaire sur l’énergie, la revalorisation du point d’indice des fonctionnaires, le financement de l'OPA pour renationaliser EDF et encore la suppression de la redevance audiovisuelle.

« Vous partez de préceptes du néolibéralisme. Nous devons partir des besoins », a d’emblée attaqué l’insoumis Eric Coquerel à la tribune, estimant qu’il fallait lutter contre « la dette écologique ».

Des échanges jusqu’à samedi soir voire dimanche

Les échanges doivent se poursuivre jusqu’à samedi soir voire dimanche. Le gouvernement a déjà déminé, au moins en partie, plusieurs sujets. Ainsi, alors que la demande montait, jusque dans la majorité, pour taxer les « superprofits » des grands groupes, la pression a été mise notamment sur TotalEnergies et le géant du transport maritime CMA CGM.

Le premier a opportunément annoncé vendredi matin une remise à la pompe de 20 centimes par litre entre septembre et novembre dans toutes ses stations-service, puis à 10 centimes par litre sur le reste de l’année. La CMA CGM va réduire de son côté ses taux de fret de 750 euros par conteneur 40 pieds vers la métropole et les Outre-mer.

« Il y a eu une négociation intense qui a été menée », a souligné Bruno Le Maire sur RMC/BFMTV, se félicitant de ces gestes. Le ministre de l’Economie continue par ailleurs d’épingler l'« escroquerie intellectuelle » de la gauche qui réclame selon lui des taxes à tout-va. « Nous avons aujourd’hui des dizaines d’amendements déposés, qui conduiraient à des milliards d’euros de taxes supplémentaires », a-t-il martelé. Mais « une taxe n’a jamais amélioré la vie de nos compatriotes ».

L’épineuse question de la suppression de la redevance

Plus ouvert aux propositions de la droite, le ministre est d’accord pour une hausse de l’aide de l’Etat, actuellement à 18 centimes le litre de carburant. L’appui de LR est espéré pour faire adopter ce projet de budget sans devoir compter sur les voix du RN.

Les députés ont déjà approuvé ce vendredi une hausse du plafond de défiscalisation des heures supplémentaires pour 2022, qui passe ainsi de 5.000 à 7.500 euros. Ils ont aussi voté un doublement de l'aide défiscalisée que peuvent verser les entreprises aux salariés pour couvrir leurs frais de carburant, en relevant le plafond de 200 à 400 euros. Ils ont aussi validé une mesure favorable à la hausse des titres restaurant, en anticipant la revalorisation des exonérations pour les employeurs.

La suppression de la redevance, promesse d’Emmanuel Macron, est tout aussi épineuse. La gauche est vent debout et les socialistes proposent plutôt une « contribution universelle et progressive » pour financer l’audiovisuel public. La question n’est pas tranchée, alors que le ministre des Comptes publics Gabriel Attal s’est dit « prêt » à regarder la piste d’une « affectation de taxe ».

La méthode Borne mise à l’essai

« Bâtir des majorités de projets pour apporter des solutions concrètes aux Français, nous y sommes parvenus » jusqu’alors, estime Elisabeth Borne, dont la méthode est à l’essai sur ce premier paquet de mesures de la législature.

Dans le projet de loi « d’urgence » pour le pouvoir d’achat, ont déjà été validées les revalorisations des pensions et prestations sociales, la hausse du plafond de la « prime Macron » et encore, dans un rare moment de concorde, la déconjugalisation de l’allocation adultes handicapés.

Pour le vote global, acquis par 341 voix pour, 116 contre et 21 abstentions, le gouvernement a reçu le soutien des élus LR et RN qui ont timidement salué certaines « avancées », tandis que la gauche s’indignait d’un projet en forme de « déclaration de guerre aux salaires ». Les socialistes se sont majoritairement abstenus, contrairement au reste de la Nupes qui s’est prononcée contre.