Les Républicains : Pourquoi la présidence du parti n’intéresse plus les cadors de la droite ?

STRATEGIE Malgré ses ambitions pour 2027, Laurent Wauquiez a annoncé qu’il ne sera pas candidat à la présidence des Républicains

Thibaut Le Gal
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Laurent Wauquiez n'a plus envie de briguer la présidence LR.
Laurent Wauquiez n'a plus envie de briguer la présidence LR. — ROMAIN DOUCELIN/SIPA
  • Après le départ de Christian Jacob, le parti Les Républicains élira son nouveau président lors d’un Congrès organisé l’automne prochain.
  • Laurent Wauquiez a annoncé dimanche dernier qu’il ne serait pas candidat à la présidence des Républicains.
  • Comme lui, Xavier Bertrand a laissé entendre qu’il ne prendrait pas la tête du parti, alors que les deux hommes n’ont pas abandonné leurs ambitions pour 2027.

EDIT du 19 juillet 2022 à 20 heures : Les Républicains ont annoncé le report de l’élection de leur prochain président à début décembre. Le premier tour de l’élection aura lieu par voie électronique du 3 décembre à 18 heures au 4 décembre à 18 heures et si aucun candidat n’obtient la majorité des suffrages exprimés, un second tour sera organisé les 10 et 11 décembre, a précisé dans un communiqué Annie Genevard, présidente par intérim du parti, à l’issue d’un bureau politique au siège à Paris.

Il ne reviendra pas à la tête de la droite. Laurent Wauquiez a annoncé dimanche dernier qu’il ne sera pas candidat à la présidence des Républicains. « Ce choix, je le fais parce que je crois qu’il faut consacrer toute son énergie à cette refondation à laquelle aspire notre pays. Une telle exigence ne supporte aucune dispersion », a indiqué  le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes sur Facebook. Avant lui, Xavier Bertrand avait aussi laissé entendre qu’il ne briguerait pas la présidence de LR.

Si les deux hommes n’ont pas renoncé à leur ambition présidentielle pour 2027, celle-ci ne passera donc pas par une reprise en main du parti. Alors que LR réunira un Congrès à l’automne pour trouver un successeur à Christian Jacob, les candidatures se font attendre. Mais pourquoi donc la présidence de LR n’intéresse plus les cadors de la droite ?

Un poste trop exposé

C’est peu dire que Laurent Wauquiez garde un mauvais souvenir de son passage à la tête du mouvement, de 2017 à 2019. « Pendant deux ans, il a vu les limites de l’exercice, souffle Arnaud Julien, secrétaire départemental de la Fédération de l’Hérault. Dès qu’il disait quelque chose, ses adversaires disaient l’inverse. Il n’a plus envie de gérer pendant cinq ans les quotidiens d’un parti, d’être dans des combats internes qui apparaissent stériles, mais d’aller directement à la rencontre des Français ».

Attaqué en interne pour ses prises de position, l’ex-maire du Puy-en-Velay avait même dû lâcher son trône après la défaite cinglante de la droite aux élections européennes en 2019. « Il ne veut pas s’abîmer au sein d’un parti. C’est sûr que c’est un poste exposé, mais quand on réussit le pari, ça peut ouvrir à de grandes choses », nuance le député LR de l’Aisne Julien Dive, proche de Xavier Bertrand.

Un parti démonétisé

Pourtant il n’y a pas si longtemps, à droite, c’est bien le patron du parti qui devenait candidat à la présidentielle. Comme Nicolas Sarkozy en 2007 ou Jacques Chirac en 1995. Mais l’UMP et le RPR de l’époque, véritables machines de guerre électorales, n’ont plus grand-chose à voir avec la mécanique actuelle. Les récents déboires présidentiels de Valérie Pécresse, revenue à la maison pour être désignée à la primaire interne avant d’être balayée au premier tour, prouvent que l’avenir de la droite ne s’inscrit plus forcément à travers un parti.

« Un parti, cela reste important. Mais ce n’est pas nécessaire ou suffisant pour gagner une présidentielle », reconnaît Arnaud Julien. « Ça n’a pas encore été totalement intégré, mais on a changé de paradigme avec trois présidentielles paumées. Donc il faut un changement radical au sein de LR », ajoute Julien Dive, appelant la « jeune génération », dont il fait partie, à prendre le pouvoir.

Une bagarre retardée

Si les cadors de la droite ne sont donc pas candidats à la présidence du parti, c’est peut-être, aussi, pour ajourner la bataille de la présidentielle 2027. « Il ne s’agit pas de choisir cet automne qui portera nos couleurs à la prochaine présidentielle ! Personne, à LR, n’a envie de revivre une deuxième primaire en moins d’un an », a ainsi indiqué Xavier Bertrand dans un entretien au Point la semaine passée. « Il est temps d’enterrer la hache de guerre et de travailler. On ne peut pas continuer à animer la vie politique dans notre coin, avec nos rivalités, nos conflits, alors qu’il y a des échéances importantes bien avant 2027 », souffle Julien Dive.

Les noms de Rachida Dati, Eric Ciotti, Aurélien Pradié ou David Lisnard sont régulièrement cités pour reprendre le flambeau laissé par Christian Jacob. Et en délaissant cette couronne, Laurent Wauquiez et Xavier Bertrand prennent le risque de nourrir les ambitions d’autrui.