Gouvernement : Elisabeth Borne, une Première ministre plus « politique » que prévu ?

MATIGNON Critiquée depuis la claque des législatives, la cheffe du gouvernement a mené ses premières batailles à l’Assemblée nationale ces derniers jours

Thibaut Le Gal
Elisabeth Borne.
Elisabeth Borne. — ISA HARSIN/SIPA
  • Elisabeth Borne a été critiquée jusque dans ses propres rangs après la claque des législatives, en juin dernier.
  • La Première ministre a fait ses premiers pas à l’Assemblée nationale ces derniers jours face à une opposition très remuante.
  • En répliquant aux attaques de ses adversaires, l’ancienne techno a rassuré sa majorité.

Face à une opposition tonitruante, on lui promettait l’enfer. Elisabeth Borne a donc fait ses premiers pas dans la fosse aux lions de l'Assemblée nationale depuis sa nomination à Matignon. Un discours de politique générale la semaine passée, une motion de censure ce lundi, et des Questions au gouvernement mardi. A chaque fois, la Première ministre n’a pas été épargnée par ses adversaires. Mais l’ancienne ministre du Travail, parfois jugée « trop techno » jusqu’à dans ses propres rangs, a montré qu’elle avait du répondant. Et rassuré ses troupes.

« J’étais convaincu qu’elle était très politique, on en a eu la démonstration »

« On me prête souvent l’image de quelqu’un d’assez techno et un peu austère. Mais c’est facile… Je n’ai pas peur du combat, la rudesse du milieu politique ne m’impressionne pas », confiait l'intéressée peu avant sa nomination. La bonne élève de la Macronie a ainsi eu l’occasion de passer à la pratique. Au micro de l’Assemblée, elle a tenté de balayer les doutes sur sa faculté à gérer les soubresauts de l’Hémicycle. Après avoir dressé sa feuille de route la semaine passée, Elisabeth Borne a lâché ses coups lundi contre Mathilde Panot et ses collègues insoumis, qui venaient de la dépeindre en « anomalie démocratique ». La cheffe du gouvernement semblait même parfois s’amuser des flèches qu’elle était en train de décocher.

« J’avais prévenu que ceux qui étaient malveillants à son encontre et espéraient la voir trébucher en seraient pour leurs frais. Chacun a pu voir qu’elle ne se laissait pas faire. J’étais convaincu qu’elle était très politique, on en a eu la démonstration », sourit Saché Houlié, député Renaissance (ex-LREM) de la Vienne et président de la Commission des Lois.

Le lendemain, aux QAG, Elisabeth Borne a croisé le fer avec Marine Le Pen. Moins à l’aise, le nez collé à ses fiches, elle a toutefois déjoué le piège tendu par l’ex-patronne du Rassemblement national, qui venait de saluer la proposition de son ministre de l’Intérieur sur l’expulsion des étrangers délinquants. La cheffe du gouvernement a esquivé la question, préférant attaquer son adversaire sur les valeurs de la République. « Elle a répondu à côté, mais on s’en fout. Le RN, ce n’est pas notre came. Ils sont à l’opposé de ce qu’on est, Elisabeth Borne a eu raison de le rabâcher », salue Erwan Balanant, député du MoDem du Finistère.

La majorité rassurée

Un peu plus tard dans la soirée, mardi, Elisabeth Borne a rassemblé les députés et sénateurs de la majorité à Matignon. Une rencontre pour fixer le cap et resserrer encore un peu les rangs, après les doutes des dernières semaines. « Elle a de l’intuition et de la fermeté, elle peut surprendre son monde. Certains lui ont fait un procès avant même de voir comment elle allait gérer. Ce n’était ni honnête, ni élégant, souffle François Patriat. Aux débuts de Jean Castex, beaucoup étaient dubitatifs aussi, disant "oh la la, ce n’est pas Edouard Philippe"… Les mêmes le regrettent aujourd’hui », ironise le patron des sénateurs macronistes.

Car après la claque des législatives, Elisabeth Borne s’est retrouvée sur la sellette. Le moment choisi par François Bayrou, le patron du MoDem, pour appeler le président à nommer un Premier ministre plus « politique ». « Elle a reçu des critiques d’un sexisme à peine voilée. Et si je n’avais aucun doute sur le fait qu’elle parviendrait à convaincre, je suis surpris par la rapidité avec laquelle elle a gravi les échelons », confie un ministre. Au sein de l’opposition aussi, certains reconnaissent ses débuts réussis. « Je ne suis pas surpris, assure un sénateur socialiste. C’est une vraie politique, elle a fait la réforme de l’assurance chômage et celle de la formation professionnelle. Peu de gens ont fait deux réformes aussi importantes sans être balayé. Elle, elle a su résister ».

Reste que ce n’est pas sur son aisance au micro qu’Elisabeth Borne sera jugée, mais dans sa capacité à faire passer des textes à l’Assemblée, où le gouvernement est privé de majorité absolue. Et Elisabeth Borne et ses ministres viennent déjà de subir un revers important sur le projet de loi sanitaire. Dans la nuit de mardi à mercredi, les oppositions ont réussi à faire sauter un article-clé sur le retour d’un pass sanitaire pour les entrées dans l’Hexagone.