Assemblée nationale : Duel Nupes/Borne, dédain du RN et de LR… Rejet sans surprise de la motion de censure

REPORTAGE La motion de censure de la Nupes contre le gouvernement a largement été rejetée par l'Assemblée nationale

Thibaut Le Gal
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Elisabeth Borne.
Elisabeth Borne. — Alain JOCARD / AFP
  • La Nupes a déposé une motion de censure pour faire tomber le gouvernement d’Elisabeth Borne.
  • Pendant deux heures et demie, les députés ont débattu au sein de l’hémicycle de cette motion de censure.
  • La motion a finalement été rejetée par l’Assemblée, après un vote sans surprise.

A l’Assemblée nationale,

La politique ressemble parfois à un mauvais feuilleton : un scénario sans rebondissement, des acteurs pas au mieux de leur forme, une fin que l’on devine à par avance. L'Assemblée nationale discutait ce lundi après-midi  de la motion de défiance déposée par les députés de la Nupes (Nouvelle union populaire écologique et sociale) contre le gouvernement. Depuis plusieurs jours, les élus insoumis et leurs alliés de gauche faisaient mine d’espérer faire tomber Elisabeth Borne et ses ministres. Mais la motion n’avait aucune chance d’aboutir. Alors, quelques minutes avant l’ouverture des débats, salle des Quatre Colonnes, l’ambiance est loin d’être électrique. De rares députés défilent mécaniquement devant les caméras, comme déjà las des non-surprises à venir dans l’hémicycle.

Non-surprise n°1 : Mathilde Panot lâche ses coups contre Elisabeth Borne

A 16 heures, Mathilde Panot tente de remuer les rangs parsemés de l’Assemblée nationale. Comme la semaine passée, la présidente du groupe de La France insoumise ne ménage pas Elisabeth Borne. « Le président vous a maintenue en poste alors que vos idées sont minoritaires dans le pays. Vous ne tirez votre légitimité ni des élections législatives, ni du Parlement, à qui vous n’avez pas demandé la confiance pour conduire la politique de la Nation. Vous êtes à cette fonction une anomalie démocratique », dit-elle, déclenchant les huées de la majorité.


Les insoumis savent que leur motion a été tuée dans l’œuf, mais l’objectif est peut-être ailleurs : apparaître comme la seule force d’opposition face à Emmanuel Macron. A plusieurs reprises, Mathilde Panot tente d’ailleurs de mettre en porte-à-faux les élus Les Républicains, et surtout, ceux du Rassemblement national. « Ceux qui ne voteront pas cette motion de défiance seront les partisans de votre politique, de la retraite à 65 ans, de la politique de casse et d’injustice sociale, de votre inaction climatique ».

Non surprise n°2 : Chahutée, Borne réplique aux attaques

« Nous pourrions être en train d’agir pour les Français » mais « au lieu de cela, nous débattons d’une motion de censure cousue de procès d’intention qui fait obstacle au travail parlementaire ». On pouvait aussi s’y attendre, Elisabeth Borne est dans la droite ligne de son discours de politique générale​. Chahutée par les insoumis tout au long de sa prise de parole, la Première ministre reste imperturbable, se permettant même quelques piques à ses adversaires. « L’Avenir en commun a été remplacé par l’invective en commun. Je vous l’apprends peut-être, vous n’avez pas gagné. Ni la présidentielle, ni les législatives. En démocratie, ce n’est pas celui qui a le moins de sièges qui est légitime à gouverner ».

Non surprise n°3 : La droite et le RN balayent la motion

Comme ils l’avaient indiqué ces dernières heures, les oppositions hors-Nupes balayent la motion de censure présentée par la gauche. « Quelle hypocrisie de vouloir faire tomber un gouvernement que vous avez mis au pouvoir. Cette motion de censure est une motion d’imposture », lance le député du Rassemblement national, Alexandre Loubet. « L’heure n’est pas aux basses manœuvres politiciennes, mais à l’action au service des Français et l’examen du texte sur le pouvoir d’achat », ajoute-t-il, sous les vivats de ses collèges. A noter que la présidente du groupe, Marine Le Pen, n’a même pas jugé utile de venir dans l’hémicycle.

La tonalité est peu ou prou la même chez Les Républicains. « Nous ne joindrons pas nos voix à celles de l’extrême-gauche avec laquelle nous n’avons rien en commun », insiste la députée LR Michèle Tabarot. « Vous n’avez pas notre défiance aujourd’hui, mais nous ne donnons pas notre confiance pour autant. Nous jugerons sur les actes », ajoute l’élue des Alpes-Maritimes en s’adressant à Elisabeth Borne.

Non surprise n°4 : La motion largement rejetée

La soirée échappe donc logiquement au coup de théâtre, peu avant 19 heures, lorsque le résultat des votes est révélé : seuls 146 députés ont voté pour la motion de censure, bien loin des 289 voix requises pour faire tomber le gouvernement. « Chacun sait désormais où situer les différents groupes dans l’Assemblée », peste le patron du PS Olivier Faure face aux journalistes. Un peu plus loin, le porte-parole du gouvernement ironise : « Le congrès de la Nupes est officiellement terminé ». Dans l’hémicycle comme face aux caméras, chacun a tenu parfaitement son rôle.