Assemblée : En évitant le vote de confiance, Elisabeth Borne a plus à gagner qu’à perdre

SANS VOIX Mercredi, Elisabeth Borne ne demandera pas la confiance de l’Assemblée nationale après son discours de politique générale. Une décision certes lourde de sens, mais peu coûteuse politiquement

Rachel Garrat-Valcarcel
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Elisabeth Borne à l'Assemblée nationale. (archives)
Elisabeth Borne à l'Assemblée nationale. (archives) — DAVID NIVIERE / POOL / AFP
  • Mercredi, Elisabeth Borne ne demandera pas la confiance de l’Assemblée nationale après son discours de politique générale, un vote qui n’est pas obligatoire.
  • Il s’agit pour la majorité d’un non-évènement, puisqu’il n’y a pas de majorité et qu’il y a des précédents.
  • A gauche, on veut forcer un vote via une motion de censure… Mais possible que cette dernière rende davantage service qu’autre chose au gouvernement.

Comme disait une célèbre publicité : ne passons pas à côté des choses simples. Ainsi, en ne demandant pas ce mercredi la confiance de l’Assemblée, Elisabeth Borne s’évite le risque de la perdre d’emblée. Une fois cette lapalissade posée, regardons à nouveau les chiffres : la coalition macroniste occupe 250 des 577 sièges de la chambre basse. Et même seulement 229 actuellement, à cause des députés et députées nommées ministres et pas remplacés par leurs suppléants et suppléantes respectives avant un mois. Le gouvernement ne peut compter sur beaucoup d’autres « oui » et pour gagner, il lui faut, au minimum, l’abstention massive de deux des trois blocs d’opposition ( Nupes, RN et LR).

Pour la majorité, les conditions ne sont donc tout simplement pas réunies pour passer par ce vote – d’ailleurs facultatif. « Un vote de confiance dans ce contexte n’aurait tout simplement pas de sens, croit Maud Bregeon, députée Renaissance-LREM des Hauts-de-Seine. La confiance devra se construire dans la durée, texte par texte. » Au contraire, la députée socialiste Valérie Rabault estimait sur LCP lundi soir qu’Elisabeth Borne faisait là « une erreur magistrale ». Pour elle, malgré la majorité relative, l’échec n’était pas évident : « La majorité est relative et elle doit le prendre en compte, c’est-à-dire qu’elle peut mettre dans son programme des propositions qui ne viennent pas de sa majorité relative. »


Un non-évènement ?

On verra mercredi si le discours de la cheffe du gouvernement tient compte de ce nouveau rapport de force. En attendant, on voit mal un quelconque effort macroniste changer fondamentalement la donne. « Il n’y a pas de volonté dans les oppositions de trouver des points d’accord globaux », estime Maud Bregeon, qui rappelle qu’Elisabeth Borne n’est pas la première à faire l’impasse sur le vote de confiance. Au fond, la décision de la Première ministre ne fait absolument pas débat dans les rangs macronistes, elle tient de l’évidence. « Il y a l’inflation, le Covid-19 qui revient, tout le monde a plutôt envie de se mettre au boulot », souffle, agacé, un collaborateur du MoDem. Vote de confiance ou pas, ce serait presque un non-évènement.

« Ah par contre, à la Nupes, ils veulent essayer d’en faire un évènement ! », ajoute la même source. Car l’opposition de gauche ne veut pas laisser passer l’occasion de faire voter le Parlement sur le gouvernement. Si Elisabeth Borne ne change pas sa décision, les groupes de la Nupes déposeront, mercredi, en commun, une motion de censure. Ou, pour reprendre le lexique de la Nupes, « une motion de défiance », pour compenser le vote de confiance qui n’aura pas lieu.

La motion de censure, une bonne affaire pour Borne ?

Ce choix de la gauche n’est peut-être pas une si mauvaise affaire pour le gouvernement. Car si la Nupes insiste sur le parallèle confiance/défiance, les règles d’adoption d’une motion de censure sont différentes de celles d’un vote de confiance. Et bien plus difficiles pour les oppositions : en résumé, il faut qu’au moins 289 députés et députées votent cette motion, les abstentions ne comptent pas. Or, le RN et LR ont déjà annoncé qu’il ne voterait pas le texte de la gauche. « Si les autres groupes ne la vote pas, cela va tout de suite mettre le focus sur le fait qu’il n’y a qu’une grosse centaine de députés qui l’ont voté. Et que donc la Nupes est bien loin de la majorité, contrairement à ce qu’ils essaient de faire croire », pense le proche du MoDem cité plus haut.


En tous les cas, cela peut prouver que même si le gouvernement n’a qu’une faible majorité relative derrière lui, les oppositions sont extrêmement divisées… Et offrir une victoire facile à Elisabeth Borne ? « Ce n’est pas une question de victoire ou de défaite, ça forcera chaque parlementaire à se demander s’il est dans l’opposition ou la majorité », estime Arthur Delaporte, député PS du Calvados et porte-parole de son groupe. Certes, mais droite et extrême droite ont l’air de plutôt bien résister à cette pression. Et de renvoyer le mistigri du blocage politique à la gauche : « Vous savez, les Français, sur le terrain, ils me disent ''proposez, battez-vous !'' (…) Ils ne cherchent pas à ce qu’on casse une machine ou bloque une institution », déclarait mardi matin Sébastien Chenu, député RN du Nord. Les agendas contradictoires des oppositions sont la meilleure assurance vie d’un gouvernement minoritaire.