Remaniement : Pourquoi Emmanuel Macron ne change (presque) rien au gouvernement ?

RETOUR VERS LE FUTUR Le nouveau gouvernement d’Elisabeth Borne n’a pas attiré beaucoup de nouveaux noms, s’appuyant surtout sur les figures de la Macronie, alors que le chef de l’Etat promettait une « nouvelle méthode »

Thibaut Le Gal
— 
Elisabeth Borne et Emmanuel Macron
Elisabeth Borne et Emmanuel Macron — GONZALO FUENTES / POOL / AFP
  • Le nouveau gouvernement d’Elisabeth Borne a été dévoilé ce lundi par l’Elysée.
  • « Il y a manifestement peu de volontaires pour grimper à bord du Titanic », a grincé l’opposition devant le manque de renouvellement dans les ministères.
  • 20 Minutes revient sur les raisons qui poussent Emmanuel Macron à maintenir le statu quo.

En politique aussi, c’est parfois dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes. Emmanuel Macron s’est inscrit dans la continuité pour composer le nouveau gouvernement d’Élisabeth Borne. Le remaniement, annoncé ce lundi matin par l’Élysée, n’a en effet livré aucune surprise, et plutôt même conforté les figures de la macronie du précédent quinquennat. Deux semaines après la claque des législatives et son appel à « gouverner et légiférer différemment », Emmanuel Macron maintient donc le statu quo. Comment l’expliquer ?

Parce que l’opposition dit « non »

Pour mettre en œuvre sa « nouvelle méthode » et répondre aux nouveaux équilibres au sein de l’Assemblée nationale, Emmanuel Macron avait mis en scène sa volonté d’ouverture. Le chef de l’État et sa Première ministre avaient ainsi rencontré les responsables de l’opposition pendant plusieurs jours, laissant entendre que l’exécutif envisageait un contrat de coalition, voire un gouvernement d’union nationale, des Républicains aux communistes. Mais cette volonté d’élargir s’est heurtée aux refus des oppositions, selon Emmanuel Macron. « Il convient de prendre acte de l’absence de volonté des partis de gouvernement de participer à un accord de gouvernement ou toute forme de coalition », a-t-il assuré, ce lundi, lors du premier Conseil des ministres.

« On remarque effectivement qu’Emmanuel Macron a un problème pour élargir sa base politique. Certes, les autres formations politiques ont donné une fin de non-recevoir sur un éventuel contrat de gouvernement. Mais le président a-t-il réellement souhaité faire des concessions pour y parvenir, avec des discussions de fond sur son propre projet, comme cela se passe en Allemagne, par exemple ? », interroge le politologue Bruno Cautrès. « Le président paye ici les campagnes présidentielle et législatives menées en fond de cours. On a toujours du mal à trouver l’épine dorsale de ce deuxième mandat », ajoute le chercheur du CNRS et enseignant à Sciences po.

Parce que Macron veut des gens de confiance

A défaut d’élargir son camp, Emmanuel Macron a choisi de consolider sa base, en respectant un subtil dosage des différentes forces de la coalition présidentielle. Gérald Darmanin (Intérieur) et Bruno Le Maire (Economie), les deux hommes forts du dernier gouvernement, sont confortés à leur poste, tandis qu’Olivier Véran quitte les Relations avec le Parlement pour devenir le nouveau porte-parole.

« Il y a une volonté de montrer qu’il y a bien un noyau dur autour d’Emmanuel Macron, une garde rapprochée qui participe du macronisme. Ces figures, connues des Français, sont maintenues aux postes importants : à l’Economie, à l’Intérieur, à la Justice (avec le maintien de Dupond-Moretti) ou au porte-parolat », indique Luc Rouban, directeur de recherche au CNRS. « Nous ne sommes plus dans la période de recomposition politique, mais plutôt dans le bétonnage, la consolidation du macronisme. Il faut une équipe soudée, sans état d’âme sur les grands débats à venir à l’Assemblée, où la situation s’annonce complexe », ajoute le chercheur au Cevipof, alors que la majorité devra trouver une quarantaine de voix pour faire passer ses textes.

Parce que la Macronie manque de banc

Reste que ce manque de renouveau, illustré par le retour aux affaires de Marlène Schiappa, a été raillé par l’opposition toute la journée. « Changement de fonction, retour des ministres du quinquennat précédent pourtant évincés il y a un mois : il y a manifestement peu de volontaires pour grimper à bord du Titanic »,  a taclé le député insoumis de Marseille Manuel Bompard. « On continue, on prend exactement les mêmes et on recommence. Mais pour aller où ? », s’est aussi interrogé Jordan Bardella, le patron du Rassemblement national. Alors que les marcheurs et leurs alliés sont en force au gouvernement, Emmanuel Macron semble peiner à attirer de nouveaux poids lourds politiques, ou des figures de la société civile, comme lors du premier quinquennat.

« Le président a du mal à donner une nouvelle impulsion, il ne représente plus la modernité et la nouveauté comme en 2017, constate Bruno Cautrès. On a des personnalités qui sont déjà ministres depuis plus de cinq ans non-stop, d’autres qui reviennent. Cela peut donner l’impression qu’il n’y a pas de plan B, qu’il n’y a pas de banc de touche ». La nouvelle équipe gouvernementale aura très vite l’occasion de se tester, avec l'arrivée du projet de loi pouvoir d'achat​ dans les prochains jours.