L’Assemblée nationale s’offre une dernière journée d’installation plus tranquille que prévu

LONG FEU Finalement, sans surprise, Eric Coquerel et la Nupes ont bien pris la tête de la commission des finances, LR et RN n’y ont rien pu

Rachel Garrat-Valcarcel
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Eric Coquerel, avant son élection à la tête de la commission des finances de l'Assemblée, jeudi matin.
Eric Coquerel, avant son élection à la tête de la commission des finances de l'Assemblée, jeudi matin. — Jacques WITT/SIPA
  • Pour le dernier jour de son installation, la nouvelle Assemblée nationale élisait ses présidents et présidentes de commissions.
  • La commission des finances, réservée à l’opposition, concentrait toutes les envies et toutes les attentions.
  • Finalement, cette troisième et dernière journée d’installation a été la moins surprenante. C’est ça la surprise.

Sur le papier, des trois journées d’installation de la nouvelle Assemblée nationale, ce jeudi devait être la plus palpitante. Finalement, malgré quelques tractations presque pour la forme, elle s’est terminée comme annoncée. La Nupes, et Eric Coquerel, ont bien pris la tête de la commission des finances, presque devenue la Nouvelle Star de la Ve République. Le poste a ses avantages : le titulaire peut aller dans n’importe quelle administration sans prévenir, il a accès aux dossiers fiscaux de tout le monde (oui, même le vôtre).

Vu le lot, la simple hypothèse de voir un insoumis accéder à ce poste a donné des sueurs froides au camp macroniste dès la campagne législative. « Les Insoumis ont visiblement en tête de faire du contrôle fiscal », s’indignait même Eric Woerth, titulaire sortant du poste. Comme prévu néanmoins, la majorité relative n’a pas pris part au vote. C’est l’usage non écrit depuis 2008, date à laquelle il a été décidé de réserver cette commission à l’opposition : celle-ci se débrouille toute seule. Pour bien marquer le coup et éviter toute accusation malveillante, de nombreux députés de la majorité ont même carrément quitté la salle. La majorité dehors, Eric Coquerel est clairement favori.

Tractations de couloir

On vous épargne les premiers tours de vote – où chacun a fait ses voix sans arriver à la majorité absolue requise – pour en arriver à la mini-rumeur d’arrangement qui a brièvement fait vibrer la salle des Quatre Colonnes, où les journalistes attendent la fumée blanche. Et si le RN s’alliait à LR pour porter Charles de Courson aux manettes ? Le député de la Marne est un centriste non aligné, respecté sur tous les bancs de l’Hémicycle. Il siège dans un petit groupe (Libertés, indépendants, Outre-mer et territoires, dit Liot), charnière pour l’issue du vote. Si personne ne bouge, ça sent bon pour Coquerel qui n’a besoin que d’une majorité simple pour gagner au 3e tour. Alors se réunit par petites grappes lors de la suspension de séance.

« On a discuté avec Charles de Courson et le groupe Liot, c’était important de discuter ensemble si la majorité tenait son cap de ne pas voter », justifiait la candidate LR Véronique Louwagie, après la bataille. Sauf que pour gagner, face à une Nupes qui fait bloc, il faut à Charles de Courson toutes les voix du RN et de LR. Compliqué. C’en est de toute façon trop pour lui, qui se retire finalement. Celui dont le grand-père, déjà parlementaire, est mort en déportation, ne veut pas se faire élire avec des voix d’extrême droite. Le 3e tour a lieu et c’est bien Eric Coquerel qui l’emporte, avec même une des deux voix Liot.


La Nupes marque un point

Les autres oppositions – qui savaient que renverser Coquerel serait difficile – se renvoient, elles, la responsabilité de leur échec. Au RN, on reproche à LR de ne pas avoir accepté de présidence tournante. Chez LR, on accuse le RN ne pas avoir voulu considérer la candidature consensus de Courçon. Véronique Louwagie attaque aussi les macronistes. En choisissant de ne pas voter, « la majorité a choisi Coquerel », juge la députée de l’Orne. Mais puisque c’est l’usage que la majorité ne vote pas ? « Oui, enfin c’est l’usage depuis 2008, ce n’est pas non plus gravé dans le marbre », souffle une conseillère LR… Une énième preuve que le règlement de l’Assemblée nationale et son usage sont très, très flexibles. On l’a vu ces trois derniers jours. Il devra l’être, dans cette assemblée éclatée.

Eric Coquerel, 63 ans, député de Seine-Saint-Denis, exceptionnellement cravaté pour ce jour d’élection, se veut rassurant sur l’usage qu’il fera de ses nouveaux pouvoirs : « Je ne vais pas bloquer pour le principe cette commission mais ils vont devoir se faire à l’idée qu’ils ont un vrai opposant face à eux… » Après son échec à conquérir la questure, mardi, la Nupes réussi à prouver que, même étalée dans quatre groupes, si elle fait bloc, elle est la première opposition à la coalition macroniste.