Yaël Braun-Pivet élue présidente de l’Assemblée grâce au RN ? Pas si simple

FAKE OFF Plusieurs députés, notamment LFI, assurent que la première femme présidente de l’Assemblée nationale a été élue à ce poste grâce au Rassemblement national. Une allégation qui est à la fois vraie et fausse

Mikaël Libert
— 
Yaël Braun-Pivet (LREM) a été élue Présidente de l'Assemblée nationale.
Yaël Braun-Pivet (LREM) a été élue Présidente de l'Assemblée nationale. — Michel Euler/AP/SIPA
  • La députée LREM des Yvelines, Yaël Braun-Pivet, a été élue présidente de l’Assemblée nationale mardi.
  • Plusieurs voix se sont élevées, dont celles de députés Nupes, pour dénoncer un retrait du candidat RN, lequel a profité à la macroniste.
  • Dans les faits, ce retrait lui a juste permis d’éviter un 3e tour de scrutin pour être élue.

Mardi, jour de l’ouverture de la XVIe législature, la députée LREM Yaël Braun-Pivet a été élue présidente de l’Assemblée nationale. Un poste prestigieux qu’elle a obtenu à l’issue du deuxième tour de scrutin avec 242 voix, soit la majorité absolue des 462 votants.

Dans la foulée, plusieurs députés, notamment le député LFI du Nord Adrien Quatennens, ont dénoncé une sorte de « coalition LREM-RN » qui aurait permis au parti présidentiel d’obtenir le très convoité siège au perchoir. Qu’en est-il vraiment ?

FAKE OFF

Y a-t-il eu des négociations entre le groupe RN et le groupe LREM à l’Assemblée nationale pour que la candidate macroniste au perchoir soit favorisée ? Rien, à ce jour, ne permet de l’affirmer. Pour autant, dans les faits, le retrait du candidat RN Sébastien Chenu à l’issue du premier tour, et la non-participation des 89 députés de son groupe au deuxième tour, ont effectivement permis à Yaël Braun-Pivet d’obtenir la majorité absolue avec 242 voix sur les 462 participants. « Le RN retire son candidat et ses députés font ''un deuxième tour à la buvette'' pour favoriser l’élection de la candidate de #Macron à la Présidence de l’Assemblée nationale » a twitté Adrien Quatennens mardi soir. « Dès la première séance de l’Assemblée, Macron a trouvé sa majorité et les électeurs patriotes sont cocus ! », renchérit Gilbert Collard, député européen Reconquête !.

A la fin, c’est tout de même LREM qui aurait gagné

Mais Yaël Braun-Pivet avait-elle vraiment besoin du retrait de Sébastien Chenu et de ses soutiens pour être élue ? Un candidat à la présidence de l’Assemblée remporte le scrutin s’il obtient la majorité absolue des voix au premier ou au second tour. Si tel n’est pas le cas, un 3e tour est organisé, et c’est le candidat qui recueille la majorité relative qui rafle la mise.

Pour le premier tour, la candidate de LREM avait déjà la majorité relative (238 voix sur 567 votants). Elle a même grappillé quelques voix lors du deuxième tour (242 voix sur 462 votants), alors que les autres candidats en lice en ont tous perdu. Si le candidat RN s’était maintenu, un 3e tour aurait donc été organisé. Néanmoins, mathématiquement, même si les partisans de Marine le Pen avaient tous voté pour Fatiha Keloua-Hachi, la candidate de la Nupes, celle-ci n’aurait obtenu que 233 voix contre 242 pour Yaël Braun-Pivet. Cette dernière aurait donc été élue.

Un raisonnement d’ailleurs justifié mercredi matin sur France Info par Marine Le Pen, désormais présidente du groupe RN à l’Assemblée - visible dans la vidéo ci-dessous (à partir de 0’50) -

Yaël Braun-Pivet élue présidente de l’Assemblée "Je me réjouis que les femmes prennent la place qui doit être la leur”, réagit Marine Le Pen, pour qui Jean-Luc Mélenchon “enfume les Français” et “cherche à bloquer l’institution”. pic.twitter.com/JCMoDzbl1v
– franceinfo (@franceinfo) June 29, 2022

« La réalité, c’est que Madame Braun-Pivet, elle avait 242 voix, dit Marine Le Pen. On peut tourner ça comme on veut, elle aurait été élue soit au deuxième tour, soit au troisième tour. (…) C’était inéluctable, autant que l’opération se fasse rapidement ».