Pouvoir d'achat : Avant la bataille à l'Assemblée, gouvernement et oppositions avancent leurs pions pour peser sur le projet de loi

TRACTATIONS Le projet de loi sur le pouvoir d'achat, l'un des premiers textes du nouveau gouvernement, promet une sacrée bataille dans l'hémicycle

Thibaut Le Gal
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Elisabeth Borne.
Elisabeth Borne. — THOMAS COEX / POOL / AFP
  • Le gouvernement d’Elisabeth Borne a dévoilé quelques pistes de son projet de loi sur le pouvoir d’achat.
  • Dans un contexte de hausse de l’inflation, le texte est très attendu.
  • Mais sans majorité absolue à l’Assemblée nationale, la coalition présidentielle devra convaincre une partie de l’opposition pour voter cette loi.

Face à l’envolée des prix, l’exécutif est déjà dans l’urgence. Préoccupation numéro 1 des Français lors des campagnes présidentielle et législatives, le pouvoir d’achat devrait être au cœur du premier projet de loi défendu par le nouveau gouvernement d’Elisabeth Borne. Il sera présenté le 6 juillet en Conseil des ministres avec un budget rectificatif, avant de faire son entrée à l’Assemblée nationale. Mais sans majorité absolue, comment la coalition présidentielle peut-elle faire voter ce texte ? Pour préparer l’homérique bataille à venir dans l’hémicycle, les macronistes et leurs opposants avancent déjà leurs pions.

« Si on dit, c’est notre projet et rien d’autre, on foncera droit dans le mur »

Pour ne froisser personne, le gouvernement s’est montré prudent, dévoilant au compte-goutte les mesures de son futur projet de loi, avec notamment la hausse de 4% des plusieurs prestations sociales, le chèque inflation, le dégel des rémunérations des fonctionnaires, le bouclier tarifaire sur l’énergie, le bouclier loyer, ou encore le triplement et la pérennisation de la prime Macron. « Face à la hausse exceptionnelle de l’inflation, il faut des mesures exceptionnelles, pour agir directement sur l’inflation mais aussi sur le revenu des Français », explique Roland Lescure, député Renaissance (ex-LREM) d’Amérique du Nord. « Mais pour que ça fonctionne dans ce nouveau Parlement, il y a aussi un enjeu de méthode. Si on dit, c’est notre projet et rien d’autre, on foncera droit dans le mur », ajoute le porte-parole du mouvement présidentiel.

Après la gifle des législatives, les macronistes savent qu’ils seront désormais au palais Bourbon dans leurs petits souliers. Sur ce texte, comme sur les autres, ils devront donner assez de mou aux oppositions pour convaincre 44 députés et atteindre la majorité absolue. Dans la Macronie, on (sur) joue l’optimisme sur la possibilité de trouver un consensus, à l’image du chef de l’Etat. « La France sait faire des compromis, y compris votre serviteur. On passe notre vie à bâtir des solutions avec des gens qui ont des intérêts et des sensibilités qui ne sont pas les nôtres. Pourquoi ne serions-nous pas capables de le faire à l’Assemblée ? », a lancé le président de la République vendredi.

« S’ils restent droits dans leurs bottes, ce ne sera pas un compromis mais un diktat »

Reste que l’opposition attend le gouvernement de pied ferme. Du côté de La France insoumise, on annonce cette semaine le dépôt d'une proposition de loi, qui reprend le programme de Jean-Luc Mélenchon, avec deux mesures phare : le blocage des prix sur les produits de première nécessité et les carburants et l’augmentation du Smic à 1.500 euros net. « On va décliner cela en amendements et on jugera sur pièces. Pour le moment, je ne vois aucune main tendue de la part du gouvernement. Leurs mesures sont seulement des rattrapages de l’inflation. S’ils restent droit dans leurs bottes, ce ne sera pas un compromis mais un diktat », souffle Eric Coquerel, député LFI de Seine-Saint-Denis. Au RN, on défend également les mesures portées par Marine Le Pen durant la campagne présidentielle : baisse de la TVA sur le gaz, l’électricité et les carburants et suppression de cette taxe pour une centaine de produits de première nécessité.

Mais plusieurs figures de la Macronie ont déjà balayé ces propositions, à l’image de Bruno Le Maire, ce lundi matin sur BFMTV. « Le compromis, ce n’est pas le reniement, il y a un projet. Je suis viscéralement attaché à ce que nous gardons la ligne de notre projet ». Le ministre de l’Economie a invoqué la situation des finances publiques pour rejeter les mesures de l’opposition qu’il juge « trop coûteuses », rappelant l’objectif de revenir à 3 % de déficit public à la fin du quinquennat. Une tentative de séduire la droite, chez qui la macronie pourrait espérer trouver les voix nécessaires.

« Il faut garder le jeu un peu ouvert »

« L’Assemblée est gouvernable, personne ne veut bloquer pour bloquer, mais il faudra faire des gestes », prévient Pierre-Henri Dumont, le député Les Républicains du Pas-de-Calais. La droite a mis sur la table la détaxe sur l’essence pour ramener le prix à 1,50 euro le litre et la baisse des charges pour augmenter le salaire net des Français. « Le gouvernement connaîtra nos mesures, on sait bien que toutes ne seront pas reprises, mais on verra s’ils sont vraiment dans le compromis », ajoute Dumont.

Emmanuel Macron et Elisabeth Borne ont rencontré les chefs de parti et présidents de groupe de l’Assemblée nationale la semaine passée pour faire bouger les lignes. « Il faut garder le jeu un peu ouvert, on sait bien que les discussions sont toujours en cours, et peuvent déboucher sur deux options : soit un texte très majorité avec une ouverture sur les amendements. Soit un texte ouvert dès le départ pour consolider le vote. Cela dépendra, aussi, du remaniement », indique un cadre macroniste. L’entrée de nouvelles personnalités au gouvernement, prévue dans les prochains jours, donnera quelques indices sur la tonalité du futur projet de loi.