Législatives 2022 : Elisabeth Borne, une Première ministre déjà sur la sellette ?

BORNE OUT ? Après la claque des législatives, où les macronistes n’ont pas obtenu la majorité absolue, la cheffe du gouvernement se retrouve déjà sur la sellette

Thibaut Le Gal
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Elisabeth Borne, illustration.
Elisabeth Borne, illustration. — Thomas COEX / AFP
  • Elisabeth Borne a été nommée à Matignon après la réélection d’Emmanuel Macron à l’Elysée.
  • Lors du second tour des législatives, le camp présidentiel n’a pas obtenu la majorité absolue.
  • Cette défaite a affaibli la Première ministre, qui se retrouve sur la sellette, un mois après sa nomination.

On a bien tendu l’oreille jeudi soir, mais Emmanuel Macron n’a jamais prononcé le nom d’Elisabeth Borne lors de  son allocution aux Français. Depuis le second tour des législatives, le chef de l’Etat est parti seul au front pour trouver une sortie à la crise qui secoue le pays. Fragilisée par l’absence de majorité absolue à l’Assemblée nationale, la Première ministre​ s’est retrouvée sur la touche, regardant depuis Matignon le président recevoir les responsables de l’opposition.

Sa démission lundi – comme il est d’usage après ce scrutin – a été refusée par le président. Mais un mois seulement après sa nomination, la cheffe du gouvernement reste sur la sellette. « Je ne suis pas en train de me poser ce genre de questions, je suis à l’action », a-t-elle évacué jeudi soir sur LCI.

Des tirs ennemis… et alliés

Reste qu’à droite comme à gauche, plusieurs responsables ont appelé ces dernières heures l’ancienne ministre du Travail à rendre son tablier. « En tant que Première ministre, Elisabeth Borne est la cheffe de file de la coalition présidentielle. Elle a perdu les législatives et doit donc démissionner », nous assurait mercredi Philippe Ballard, le nouveau député RN de l’Oise, lors de son entrée à l’Assemblée. « Cette femme n’a aucune légitimité, zéro ! Nous sommes en train de perdre notre temps, jusqu’à ce qu’elle parte », a ainsi fustigé, Jean-Luc Mélenchon, le patron de La France insoumise.

Elisabeth Borne a pourtant bien remporté une première élection sur son nom, dimanche soir, dans la 6ᵉ circonscription du Calvados, en Normandie. Mais le score étriqué du scrutin (52,47 %) et surtout, l’absence historique de majorité relative pour la coalition présidentielle, ont relancé les critiques sur le profil trop « techno » de la polytechnicienne de 61 ans. Chez ses adversaires, c’est de bonne guerre, mais Elisabeth Borne a aussi essuyé des tirs alliés.

L’influent François Bayrou a envoyé un joli taquet, mercredi sur France inter. « Les temps exigent que le Premier ministre ou la Première ministre soit politique, qu’on n’ait pas le sentiment que c’est la technique qui gouverne le pays », a balancé le patron du MoDem, sans trop de subtilité. « C’est lui-même le Premier ministre plus politique, c’est ça ? », s’amuse auprès de 20 Minutes François Patriat, le patron des marcheurs au Sénat. « Elle vient d’être confirmée par le président, qui ne s’est jamais trompé sur le choix de ses Premiers ministres. Ne lui faisons pas de procès d’intention avant qu’elle ait pu travailler devant le Parlement. De grâce, ne rajoutons pas de la crise à la crise… », ajoute ce proche d’Emmanuel Macron.

« Elle a des qualités, mais elle n’a pas peut-être pas la culture du combat politique »

En ces temps indécis, le gouvernement n’est pas sûr de pouvoir faire passer ses futurs projets de loi. Alors qu’il faudra probablement aller chercher des voix avec les dents dans l’hémicycle, l’inquiétude demeure chez certains membres de la majorité. « Elle a des qualités indéniables, mais elle n’a pas peut-être pas la culture du combat politique », souffle un député du MoDem. « Cela s’apprend aussi, c’est peut-être le souhait du président de lui laisser encore sa chance… »

Du côté de Matignon, on a vite tenu à balayer les critiques. D’un ton véhément, comme pour montrer qu’on savait aussi faire de la politique. « Le fait de dire qu’Élisabeth Borne serait technicienne alors qu’elle a été ministre pendant cinq ans et qu’elle a porté des réformes difficiles et centrales dans le quinquennat précédent est déplacé. Tout le monde perd ses nerfs », a sifflé son entourage, mercredi, auprès de BFMTV.

L’intéressée a, de son côté, précisé sur LCI ne pas « se sentir visée par cette critique », indiquant qu’elle avait « eu l’occasion de s’expliquer avec François Bayrou ». La cheffe du gouvernement était d’ailleurs sur le terrain plus tôt ce jeudi, en visite d’un centre national de gestion du gaz d’ile-de-France. Impassible malgré la situation de blocage à l’Assemblée et les attaques. « Les Français attendent des réponses, notamment sur la question énergétique et le pouvoir d’achat. Le gouvernement reste donc d’un côté pleinement mobilisé sur ces priorités, et en parallèle, il continue les concertations avec l’ensemble des forces politiques », nous indique Maud Bregeon, députée Ensemble ! des Hauts-de-Seine, qui accompagnait ce jeudi Elisabeth Borne.

La Première ministre a profité du déplacement pour annoncer qu'elle recevrait les présidents de groupe « aujourd’hui et demain » pour « permettre de continuer à voter des textes » à l’Assemblée nationale. Alors que sa cote de popularité s’est effondrée en juin selon un sondage Ifop-Fiducial publié mardi (-7 points, à 41 %), Elisabeth Borne se livrait cette semaine à Paris Match pour tenter de rebondir et casser l’image « techno » qui lui colle à la peau.

L’objectif : reprendre la main, avant sa déclaration de politique générale, prévue le 4 juillet prochain. Son destin à Matignon pourrait y être scellé par un vote de confiance, comme l’espère l’opposition, même si rien n’oblige Elisabeth Borne à se soumettre à ce vote. Sur LCI, elle a esquivé la question, indiquant n'avoir pas encore « tranché ce point ». Son discours sur le fond et la forme sera très attendu, et sans doute regardé de très près au plus haut sommet de l’Etat.