Législatives 2022 : Une « gifle » pour Macron qui va devoir composer, selon la presse

REVERS Pour les journaux de droite comme de gauche, les législatives illustrent une défaite personnelle du chef de l'Etat

20 Minutes avec AFP
Le parti du gouvernement n'a pas obtenu la majorité absolue à l'Assemblée nationale, un revers que beaucoup assimilent à un rejet d'Emmanuel Macron lui-même.
Le parti du gouvernement n'a pas obtenu la majorité absolue à l'Assemblée nationale, un revers que beaucoup assimilent à un rejet d'Emmanuel Macron lui-même. — : Lemouton / POOL/SIPA

« Gifle », « claque », « défaite humiliante », « désaveu cinglant »… Dans la presse s’étale en grandes lettres la déroute du gouvernement aux législatives i. D’après les éditorialistes, Emmanuel Macron va devoir apprendre à composer après ce revers électoral.

En gros plan à la Une de la plupart des journaux, le visage d’Emmanuel Macron, tête basse dans Libération ou Les Echos ou les lèvres pincées dans Aujourd’hui en France, illustre, pour les journaux de droite comme de gauche, une défaite personnelle du chef de l’Etat.

« Un référendum anti-Macron »

« Miroir inversé de l’élection présidentielle, ce second tour des législatives ressemble furieusement à un référendum anti-Macron », écrit ainsi Alexis Brézet dans Le Figaro, qui évoque une « cruelle leçon pour le chef de l’Etat ».

« La faiblesse de son camp lui est en grande partie imputable », estime aussi Patrice Chabanet dans Le Maine Libre. « La politique, ce n’est pas une croyance aveugle en sa bonne étoile, nourrie par des succès antérieurs. Ce n’est pas non plus le refus du débat par un renoncement entêté à toute campagne. Ce n’est pas encore le primat de la politique étrangère sur les affaires intérieures. Le réservoir de voix se situe plus à Rouen ou Agen qu’à Kiev ».

« Macron va devoir composer »

Pour Jean-Marcel Bouguereau dans la République des Pyrénées, « les électeurs ont eu le sentiment que Jupiter, avec des députés godillots, ne donnait pas à l’Assemblée le rôle qui lui revenait ». « Les Français en ont eu assez de la surpuissance d’un homme et son camp. Ils ont contraint les partis à gouverner différemment », renchérit Sébastien Georges dans L’Est Républicain, pour qui « sanctionné, Macron va devoir composer ».

Une « obligation de composer », également soulignée par Frédéric Barrilé dans Le Maine Libre. L’ensemble des forces politiques « devront se livrer à une révolution culturelle », prévient Frédéric Vézard dans les Dernières nouvelles d’Alsace.

Gouvernable ou pas ?

Si Aujourd’hui en France barre sa Une du seul « Ingouvernable », Ouest-France juge a contrario que « Le pays n’est pas ingouvernable ». Dans son éditorial, Stéphane Vernay estime que « le pouvoir va devoir faire l’objet d’un nouveau partage. C’est le choix des électeurs, qui imposent, par les urnes, une sévère cure d’humilité au maître des horloges. (…) La République en Marche ne peut plus rien imposer seule. Soit en bâtissant une nouvelle alliance avec Les Républicains. Soit en négociant chaque texte, demain, au coup par coup ».

Une analyse partagée par Patrick Jankielewicz dans La Voix du Nord, pour qui « il faudra au président quelques qualités essentielles qui ont semblé lui faire défaut : être réellement à l’écoute du pays et de ses forces vives, laisser la place à la négociation, arrêter de créer des commissions pour enterrer les problèmes, apprendre à composer et à cultiver la culture du compromis ».

Les députés LR « en position de force »

Pour Maud Vergnol de L’Humanité, « afin de mettre en œuvre son programme de casse sociale, Emmanuel Macron sera obligé de composer avec la droite LR, seule force d’appoint disponible ». « Les députés LR se retrouvent en position de force », estime aussi Laurent Bodin dans L’Alsace, pour qui « une forme inédite de cohabitation, à l’Assemblée nationale, débute ce lundi en France ».

« Même si elle est considérée comme un gros mot par les partis politiques, pourquoi pas la coalition ? », s’interroge même Sébastien Geroges de L’Est Républicain. Dans Le Figaro, sous le titre « Saut dans l’inconnu », Alexis Brézet doute d'« un accord de coalition avec la droite, qui soudain retrouve un rôle inattendu ? Encore faudrait-il que les macronistes l’assument, et que la droite l’accepte ! (…) Emmanuel Macron le peut-il encore ? Alors que sa succession est déjà dans les esprits, le risque n’a jamais été aussi grand pour lui de rester dans l’histoire comme le spectateur impuissant d’un quinquennat mort avant d’avoir commencé ».

« Les prémices d’une crise politique, voire institutionnelle »

« Le quinquennat qui s’ouvre ressemble à une terra incognita pour Emmanuel Macron », estime aussi Paul Quinio dans Libération. « Qui forcera celui-ci à composer, discuter, négocier. Et c’est peu de dire que le Président n’a pas excellé dans cet exercice depuis cinq ans, que ce soit avec les élus ou avec les corps intermédiaires ». « Comment tout cela finira-t-il si la contestation ne parvient pas à se traduire en compromis ? » s’inquiète Florence Chédiotal dans La Montagne. « Si la France reste gouvernable, il est fort probable qu’en l’état elle ne soit plus réformable ».

« On va dans le mur », estime pour sa part Olivier Biscaye du Midi Libre pour qui « un sacré désordre se profile sans espoir de marche arrière ». Dans la République du Centre-Ouest, Christophe Hérigault voit « les prémices d’une crise politique, voire institutionnelle si, pendant cinq ans, d’un projet de loi à l’autre, le gouvernement ne parvient pas à dégager des majorités de circonstance pour qu’aboutissent les promesses électorales du candidat Macron ».