Résultats Législatives 2022 : « Emmanuel Macron prend une rouste », au QG de la Nupes, la gauche renoue avec l'enthousiasme

REPORTAGE Au second tour des élections législatives, l'alliance de la gauche a obtenu plus de 130 sièges et empêche Emmanuel Macron d'obtenir une majorité absolue

Thibaut Le Gal
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Jean-Luc Mélenchon devant ses soutiens.
Jean-Luc Mélenchon devant ses soutiens. — Bertrand GUAY / AFP
  • Au second tour des élections législatives, l’alliance de la gauche a obtenu plus de 130 sièges.
  • La percée de la Nupes empêche la coalition présidentielle d’obtenir une majorité absolue.
  • Au QG de la gauche unie, ce dimanche soir, les militants ont fêté ce qu’ils considèrent comme une victoire sur Emmanuel Macron.

Il est presque 20 heures, les yeux ne se détachent pas une demi-seconde de l’écran géant. Plusieurs centaines de militants de gauche attendent l’issue du second tour des législatives dans la salle de l’Elysée Montmartre à Paris. Un bug technique juste avant le climax fait chavirer les cœurs, mais l’écran se rallume in extremis. Des cris de joie accompagnent les résultats de la soirée : la Nouvelle union populaire écologique et sociale (Nupes) obtient plus de 130 sièges à l’Assemblée nationale. La coalition de gauche de Jean-Luc Mélenchon fait vaciller Emmanuel Macron, qui n’aura pas de majorité absolue pour gouverner le pays.

« Macron n’a rien proposé, il le paie aujourd’hui »

« Le pays s’est emparé de manière inédite du scrutin, malgré l’abstention très forte encore. Ce n’est jamais bon d’enjamber les élections. Ce soir, Emmanuel Macron prend une rouste historique, et il ne sera pas en capacité de faire passer ses réformes », salue Sarah Legrain, députée insoumise de Paris, élue dès dimanche dernier. « Idéologiquement, on a gagné cette campagne. En face, ils n’ont rien fait. Macron n’a rien proposé sur l’écologie, rien sur le social, aucun axe politique fort. Ils n’ont fait que tirer sur la Nupes, ils le paient aujourd’hui », ajoute Thomas Luquet, candidat battu dans la 1re circonscription de Paris.


Dans la salle, les hourras accompagnent les visages victorieux de la Nupes qui défilent à la télévision. Des explosions de joie sonnent à l’inverse le glas des nombreux soldats de la macronie tombés ce dimanche, comme l’ancien ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, l’ex président de l’Assemblée Richard Ferrand, la ministre de la Santé Brigitte Bourguignon ou encore sa collègue de la Transition écologique Amélie de Montchalin… « Ce sont des figures d’En Marche qui ont fait beaucoup de mal au pays. C’est très important de voir que le règne de ces gens-là est fini. La maltraitance sociale prend fin, il y a une espèce de nouveau souffle qui vient », s’enthousiasme, Elodie, militante LFI des Hauts-de-Seine.

« La déroute du parti présidentiel est totale »

L’avenir du pays est pourtant loin d’être tranché. Le score de la Nupes ne permet pas à Jean-Luc Mélenchon de poser ses valises à Matignon. Mais qu’importe, l’ambiance est à la fête. « On est là, on est là, même si Macron ne le veut pas, nous on est là », chantent les militants. La température monte de quelques degrés quand le tribun entre en scène. « C’est une situation totalement inattendue, absolument inouïe. La déroute du parti présidentiel est totale », lance le patron de La France insoumise. « Le macronisme ne s’est pas seulement mis en faillite lui-même, il a plongé le pays dans une impasse », ajoute l’ancien député des Bouches-du-Rhône, alors que personne ne sait avec quelle majorité le président pourrait demain faire passer ses lois.

Au passage, le tribun fustige « l’échec moral » du camp présidentiel, qu’il juge responsable du score historique du Rassemblement national (80 à 95 députés). Un record qui ôte le sourire de certains militants. « Notre résultat est positif, c’est vrai, mais le score du RN m’inquiète beaucoup ce soir. J’ai un peu peur de la tonalité des futurs débats à l’Assemblée nationale », souffle Antoine, insoumis de 28 ans. Jean-Luc Mélenchon, lui, a déjà quitté l’estrade. Mais on le retrouve à l’extérieur, sans veste ni cravate, pour dire « un petit mot » aux centaines de personnes n’ayant pu entrer.

« C’est des montagnes russes hein ? […] Ces défis qui arrivent, on va les relever avec une force qu’on n’avait pas. De toute façon, on l’a battu, il n’a pas la majorité. Avec trois bouts de laine et quatre bouts de ficelle, on a fini par y arriver ». Le tribun s’agace un peu quand la foule scande son nom. « Vous pouvez dire Nupes, mais je n’aime pas quand c’est trop personnel ». C’est pourtant bien derrière lui que la gauche unie a en partie réussi son pari. Le leader de la Nupes, qui ne se représentait pas à Marseille, semble d’ailleurs loin d’avoir envie de raccrocher : « Je change de poste de combat, mais mon engagement est, et demeurera, jusqu’à mon dernier souffle dans le premier de vos rangs si vous le voulez bien ».