Résultats Législatives 2022: Dans l’Essonne, les années passent mais Nicolas Dupont-Aignan reste député

DEUXIEME TOUR Le président de Debout la France rempile pour un sixième mandat de député. Rien n’y fait. Ni ses positions antivax, ni la vague Nupes… Nicolas Dupont-Aignan signe de nouveau une victoire confortable. Revivez avec nous cette soirée électorale.

Fabrice Pouliquen
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 Nicolas Dupont-Aignan, candidat à un sixième mandat consécutif de député de la huitième circonscription de l'Essonne, lors du premier tour des législatives, le 12 juin.
Nicolas Dupont-Aignan, candidat à un sixième mandat consécutif de député de la huitième circonscription de l'Essonne, lors du premier tour des législatives, le 12 juin. — Chang Martin/SIPA
  • La partie était loin d’être gagnée au soir du premier tour pour Nicolas Dupont-Aignan, qui briguait un sixième mandat de député dans la huitième circonscription de l’Essonne. Seules 1.000 voix le séparaient d'Emilie Chazette-Guillet (Nupes).
  • Au final, Nicolas Dupont-Aignan a su creuser l’écart, assez nettement même en l’emportant avec 57,26 % des voix. Comme d’habitude son fief, Yerres, l’a placé largement en tête. Il y a obtenu 67 % des suffrages.
  • En 2017 déjà, Nicolas Dupont-Aignan était en difficulté au soir du premier tour, miné par l’accord passé quelques semaines plus tôt avec le Front National. Cette fois-ci encore, ses positions antivax auraient pu lui coûter des voix. Que nenni.

« Cinquante fois, on a annoncé ma mort, mais je ressuscite toujours », claironne Nicolas Dupont-Aignan, devant sa permanence de député de la huitième circonscription de l’Essonne. Quelques minutes plus tôt, ce dimanche soir, vers 21h30, le député souverainiste, président de  Debout la France, venait de faire une entrée remarquée sur le parking où s’étaient rassemblées ses troupes. « Je n’ai pas encore les résultats, mais je sais que c’est bon », lancait-il, avant de partager les premières estimations sur sa Yerres. « Je serai à plus de 65 %, bien plus même », assure-t-il.

Voilà Nicolas Dupont-Aignan parti pour un sixième mandat, sans interruption, de député de cette circonscription, qui comprend Yerres, Brunoy, Crosne, Vigneux-sur-Seine et Montegeron. Indéboulonnable depuis 1995, quoi qu’il fasse ou qu’il dise sur la scène nationale.

Partie serrée comme en 2017

La dernière fois, aux législatives 2017, c’était tout de même passé tout juste. Quelques semaines plus tôt, le président de Debout la France, éliminé du premier tour de la présidentielle, nouait un accord de gouvernement avec Marine Le Pen en échange de la promesse d’être nommé Premier ministre si la candidate du FN l’emportait. Une alliance qui avait froissé jusqu’à Yerres, pourtant son fief qu’il a dirigé de 1995 à 2017, « trois fois réélu à 80 % », vante son site de campagne. Mais en mai 2017, l'ambiance était plutôt à des manifestations quotidiennes au pied de la mairie aux cris de « Quelle honte ! » ou « Yerrois trahis ». Surtout, à l'issue du premier tour des législatives, cette année-là, Nicolas Dupont-Aignan affichait six points de retard sur son adversaire, investi par En Marche. Une grosse claque. « Le soir du second tour, il y avait un parterre de télés qui attendait de voir Nicolas tomber », raconte Pascal Robert, secrétaire général adjoint de Debout la France, en montrant la permanence de son candidat. Au final, Nicolas Dupont-Aignant parviendra à remonter son écart, s’imposant avec 52,05 % des voix contre 47,95 % pour son adversaire. Déjà, il pouvait dire merci à Yerres où il glanait 62,78 % des voix exprimées.

A ces nouvelles législatives, Nicolas Dupont-Aignan n’avait pas non plus la partie gagnée d’avance. Certes, il virait en tête au soir du premier tour, le 12 juin avec 33,34 % des votes, contre 30,50 % pour Emilie Chazette-Guillet, la candidate Nupes… Mais avec, comme ailleurs, une forte abstention (52,59 %), si bien que les pourcentages ne traduisent pas toujours bien les écarts de voix. Il n’y en avait que 1.005, au final entre les deux candidats. Autant dire, rien. Rien en tout cas d’irrattrapable pour la candidate Nupes d’autant plus qu’une nouvelle fois, Nicolas Dupont-Aignan pouvait se prendre les pieds dans le tapis de ses positions nationales. Depuis le début de la crise sanitaire, le président de Debout la France s’est fait l’un des porte-paroles des antivax et anti-pass. Aux cotés de Florian Philippot, Francis Lalanne ou Martine Wonner, sèchement battus au premier tour, rappellait Marianne.

« Il est parvenu à créer un tel microcosme à Yerres »

Est-ce que ça pouvait finir par jouer pour Nicolas Dupont-Aignan, dans sa circonscription ? « Les gens ne sont pas toujours d’accord avec moi ici, mais ils savent que je suis droit et sincère, que je suis près d’eux et que je les défends », estime le candidat souverainiste. A Yerres, c’est indéniable. La ville a voté à plus de 67,51 % pour son ex-maire. Claire Charansonnet, conseillère municipale de l’opposition (Yerres en commun), n’est pas si surprise. « Ici, il est parvenu à créer un tel microcosme favorisant les gens qui le ressemblent mais excluant tous les autres que ses prises de position nationales ont très peu d’impact sur les scrutins locaux, estime-t-elle. Une grande partie des Yerrois veulent surtout rester dans cet entre-soi. »

Mais au final, dans cette 8e circonscription, seule Vigneux-sur-Seine, a placé Emilie Chazette-Guillet en tête. Partout ailleurs, Dupont-Aigan est arrivé premier, même à Crosne et Montgéron contrairement au premier tour.

« Emmanuel Macron est bloqué, je m'en réjouis »

Le tout donne une victoire finale large pour le candidat de Debout la France avec 57,26 %, contre 42,74 % pour son opposante. La participation, elle, est restée quasi-identique au premier tour, avec un taux de 47,53 %. De quoi laisser un goût amer à la candidate Nupes qui faisait de la participation l’enjeu clé du deuxième tour. Dans l’après-midi, elle espérait encore une mobilisation citoyenne dans les quartiers populaires, « là où la politique de Nicolas Dupont-Aignan a fait le plus de laissés pour compte ». Finalement, elle n’a pas eu lieu ou n’a pas été suffisante. « En revanche, Nicolas Dupont-Aignan a visiblement profité du report de voix des électeurs de Mohamed Bida, candidat d’Ensemble! au premier tour, fustige-t-elle. C’est la preuve que le front républicain auquel le parti de la majorité présidentielle appelle bien souvent, ne vaut que quand cela les arrange. Sinon, s’allier avec l’extrême droite ne les dérangent absolument pas. »

Report des voix macronistes ou pas, Nicolas Dupont-Aignan n’a pas attendu longtemps dimanche soir, avant de se féliciter de la déroute d'Ensemble!. « Je ne sais pas si Emmanuel Macron pourra aller au bout de son quinquennat, lancait-il, sans cacher sa satisfaction. (…) Cet homme est dangereux pour la France et, enfin, il est bloqué. Je m’en réjouis. »