Résultats législatives 2022 : Macron pas sûr d’avoir la majorité absolue, la Nupes va vendre chèrement sa peau, les enseignements du premier tour

PREMIER TOUR L’alliance des gauche et la coalition présidentielle sont au coude-à-coude après le premier tour, ce qui pourrait empêcher Ensemble ! de gouverner avec une majorité confortable lors de ce deuxième quinquennat

Julien Laloye
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Elisabeth Borne est arrivée en tête dans le Calvados.
Elisabeth Borne est arrivée en tête dans le Calvados. — Ludovic MARIN / AFP
  • Ensemble ! et la Nupes sont arrivés presque à égalité en tête lors d’un premier tour marqué par une abstention historique dans l’histoire de la Ve République.
  • La coalition présidentielle n’est pas certaine de pouvoir obtenir la majorité absolue au second tour, alors que la gauche peut espérer d’un groupe beaucoup plus important que lors de la précédente législature.
  • Le RN, cantonné à moins de 20 % des voix, devrait tout de même gonfler ses effectifs à l’Assemblée dimanche prochain.

La petite musique des derniers jours disait donc vrai. La coalition présidentielle est bousculée par la Nupes lors de ce premier tour des élections législatives marqué par une abstention record dans l’histoire de la Ve République, entre 52,1 % et 53,2 %. 20 Minutes fait un bilan à chaud des premières tendances.

Vers une majorité relative et une assemblée frondeuse pour Macron

Sept semaines à faire campagne le moins fort possible pour capitaliser sur les résultats de la présidentielle ont fini par se voir. Le parti présidentiel et ses alliés, pointés dans les mêmes eaux que la Nupes dimanche soir (25 à 26 % des voix), vont devoir sortir les rames pour arracher la majorité absolue des 289 sièges dimanche prochain, bien loin des 350 sièges obtenus en 2017. Une perspective inédite depuis le gouvernement Rocard, en 1988, à l’époque où un Premier ministre en exercice pouvait dégainer le 49.3 tous les matins au petit-déjeuner.

Les règles ont un peu changé, depuis, et Elisabeth Borne a sonné le tocsin de la mobilisation pour éviter l’assemblée ingouvernable, faites d’alliances et de contre-alliances permanentes : « Face à la guerre aux portes de l’Europe, nous ne pouvons prendre le risque de l’instabilité et de l’approximation. J’appelle donc toutes les forces républicaines à se rassembler autour de notre projet pour une majorité forte et claire. » Au moins la Première ministre peut-elle se réjouir de voir sa candidature bien engagée dans le Calvados, comme celle de la plupart des ministres de son équipe, y compris Damien Abad. Tombé au champ d’honneur de la macronie dès le premier tour, tout de même, l’ex-ministre Jean-Michel Blanquer qui a vécu des printemps plus joyeux, sans doute.

Le pari de Mélenchon, pas encore gagnant

Depuis le temps qu’il serine à qui veut l’entendre qu’il enverra déjà Borne faire ses cartons lundi prochain, on pensait trouver un Jean-Luc Mélenchon excité comme une puce par le bon résultat de la gauche unie au premier tour des législatives. Mais c’est avec la mine grave que le leader de la Nupes a pris la parole dimanche soir, comme rattrapé par l’enjeu d’une victoire possible, mais encore lointaine. Les dernières projections créditent en effet la nouvelle union de la gauche de 150 à 200 sièges à l’assemblée, ce qui la laisse pour l’instant au milieu du gué. Première force d’opposition, certes, mais pas encore force de gouvernement.

« J’appelle notre peuple, au vu de ces résultats et de l’opportunité extraordinaire qu’ils présentent pour le destin de la patrie commune, à déferler dimanche prochain, pour rejeter définitivement les projets funestes de la majorité de M. Macron », a enjoint le tribun de la France Insoumise, qui ne se représentait pas personnellement à Marseille. Si ça passe, c’est par un trou de souris, mais il y a encore la place.

Reconquête définitivement mangé par le RN

Sa défaite sans appel dans le Var clôt peut-être une carrière politique aussi brève qu’intense. Eric Zemmour n’a pas passé le cut du premier tour, devancé par Ensemble ! et RN, aussitôt suivi dans la fosse par son vice-président Guillaume Peltier, ancien transfuge de Républicains. Comme aux présidentielles, Reconquête (4 %) n’a pas fait le poids face au RN de Marine Le Pen, qui progresse nettement par rapport à 2017 (19 % des voix).

La finaliste du mois de mai est passée à un cheveu d’être réélue d’entrée de jeu à Hénin-Beaumont, seulement freinée, comme d’autres, par l’abstention. Mais elle s’est félicitée de « ce résultat qui peut envoyer à l’Assemblée le groupe de patriotes le plus important de l’histoire du pays », rendant la victoire du « camp patriote à portée de main ». Une victoire avant tout symbolique, même si Marine Le Pen peut raisonnablement espérer quadrupler le nombre de députés du Rassemblement National dans la nouvelle assemblée, après cinq années sans peser dans l’hémicycle (8 députés).

La lecture impossible des reports de voix

Si l’abstention massive a au moins le mérite d’épargner aux états-majors politiques le casse-tête des triangulaires au second tour, l’absence de consignes claires des trois partis qui mènent la danse rend plus délicate une lecture assurée des résultats de dimanche prochain. Ainsi, comme attendu, le RN, arrivé la plupart du temps en troisième position du scrutin, refuse de choisir « entre les destructeurs d’en haut et les destructeurs d’en bas. La France n’est ni une salle de marché, ni une ZAD », a osé Marine Le Pen, renvoyant dos à dos les deux partis arrivés en têtes. De son côté, Jean-Luc Mélenchon laisse le soin à « chacun d’apprécier quel est son devoir républicain, en démocrate », laissant entendre que la démocratie et le RN ne font pas bon ménage dans son esprit.

Plusieurs poids lourds de la majorité sont restés quant à eux bien évasifs, seul le ministre délégué à l’Europe, Clément Beaune, par ailleurs mal enmanché dans la 7e circonscirption de Paris, se risquant à expliquer « qu’il ne mettait pas de signe égal entre la Nupes et le RN ». Au cours de la soirée, LREM a fait savoir qu’il donnerait des consignes de vote « au cas par cas » dans les circonscriptions concernées par un duel entre Nupes et le RN. C’est finalement le camp, LR, en pleine déconfiture (12 %) qui s’est montré le plus limpide : « ll y a une ligne qui a toujours été claire : c’est aucune voix pour les extrêmes », a confirmé Christian Jacob sur France 2. Voilà qui devrait soulager un peu la Macronie.