Lyon : Quelles sont les intentions de Laurent Wauquiez ?, se demandent les acteurs culturels visés par des baisses de subventions

COUP DUR Rééquilibrage territorial, vision politique, guerre politicienne ? Les acteurs culturels s’interrogent sur les raisons qui ont poussé la région Auvergne-Rhône-Alpes à baisser drastiquement une partie de ses subventions culturelles

Lancelot Mésonier
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Laurent Wauquiez, président de la région.
Laurent Wauquiez, président de la région. — Vincent Loison/SIPA
  • Le 22 avril, la région Auvergne-Rhônes-Alpes annonçait le retrait ou la baisse de subventions à de nombreuses institutions culturelles lyonnaises. La Villa Gillet s’est vu retirer 350.000 euros. La biennale d’art contemporain 250.000 euros. Au total une dizaine d’établissements sont concernés.
  • Une décision vivement critiquée par la ville de Lyon. Nathalie-Perrin Gilbert déclarant que « Laurent Wauquiez ne veut pas d’une culture qui apprend à penser ».
  • Sans nouvelles depuis les annonces, les acteurs de la culture lyonnaise attendent des explications franches de la part de la région.

Rééquilibrage territorial, vision politique, guerre politicienne ? L’annonce de la région Auvergne-Rhône-Alpes de baisser une partie de subventions accordées aux institutions culturelles de la métropole de Lyon a profondément agacé les acteurs du secteur qui peinent à croire aux explications fournies. Depuis, tout le microcosme s’interroge sur les raisons qui ont motivé Laurent Wauquiez à prendre cette décision qui doit être votée mercredi en commission.

« C’est une méconnaissance de notre travail »

Si Sophie Rotkopf, vice-présidente de la région en charge de la culture, a justifié ces coupes souvent drastiques, et surtout inattendues, par le souhait d’un « rééquilibrage territorial » au profit de départements mal dotés, les acteurs culturels visés restent dubitatifs. « C’est une méconnaissance de notre travail, on est présent à Clermont, dans l’Ain. Le mouvement Résonance implique 150 lieux dans toute la région », souligne Isabelle Bertolotti, directrice artistique de la biennale d’art contemporain, mise devant le fait accompli quatre mois avant le lancement de l’événement.

Même son de cloche du côté de la Villa Gillet qui se verra amputer de 350.000 euros, soit le tiers de son budget. « On travaille avec 40 lycées de la région. Il y a encore quelques jours, nous avons organisé une rencontre avec un auteur argentin à Volvic (Puy-de-Dôme) » appuie Léa Danilewsky responsable communication de l’établissement.

Face au silence de la région, et alors que la réparition de nouvelles enveloppes budgétaires n'a jamais été dévoilée, chacun essaye de deviner les raisons de ce retrait soudain. Aline Sam-Giao, directrice générale de l’auditorium-orchestre national de Lyon qui perdra la moitié de ses subventions (45.000 euros), avance l’argument économique : « Toutes les structures touchées ont une vision d’intérêt général et n’ont pas de but lucratif. Or, on constate que la région s’est immiscée dernièrement dans des projets lucratifs comme Inversion Fest (festival musical privé au stade Gerland en juin prochain). »

« Défendre le monde dans lequel on vit »

Autre hypothèse : le président de région chercherait-il à régler ses comptes avec ses opposants politiques, à commencer par les écologistes, dont le maire de Lyon, Grégory Doucet ? « Je ne pense pas que ça soit le cas, répond Aline Sam-Giao. Mais voir des élus de la République se disputer au sujet de l’argent public, je trouve cela inacceptable. »

Par ailleurs, Laurent Wauquiez serait-il hermétique à une certaine forme de culture ? C’est en tout cas ce qu’estime Nathalie Perrin-Gilbert, adjointe à la mairie de Lyon. « Il ne veut pas d’une culture qui apprend à penser », indiquait-elle auprès de 20 Minutes, il y a quelques jours. Ce que refuse de croire Léa Danilewski : « Défendre la Villa Gillet et les autres structures, c’est défendre le monde dans lequel on vit et valoriser la pensée. Je ne vois pas comment on peut faire obstacle à cela. »

« Il nous manque forcément un élément. Je ne peux pas croire que ça soit uniquement parce que Laurent Wauquiez n’est pas intéressé par cette culture », appuie Aline Sam-Giao, avant de conclure : « Ce que l’on demande, c’est simplement un dialogue constructif. »

La région n’ayant pas répondu à nos sollicitations, difficile de dire quel est l’élément manquant. En attendant d’éventuelles réponses mercredi à la suite de la commission prévue au conseil régional.