Gouvernement Borne : Surprise, l’historien Pap Ndiaye arrive à l’Education nationale

SCOLARITE Quatre jours après sa nomination à Matignon, le gouvernement de la Première ministre Elisabeth Borne a été dévoilé ce vendredi après-midi

20 Minutes avec AFP
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Pap Ndiaye.
Pap Ndiaye. — Martin Bureau

C’est la (seule ?) surprise du gouvernement Borne 1. Après quatre jours d’attente depuis sa nomination à Matignon, la composition du gouvernement a finalement été dévoilée ce vendredi après-midi, comme de coutume, depuis le perron de l’Elysée.

Certains restent en poste, d’autres montent en grade ou arrivent. Et parmi ces nouveaux, on retrouve Pap Ndiaye, qui hérite de l’Education nationale et de la Jeunesse. L’historien remplace donc Jean-Michel Blanquer, donné partant après cinq ans à la tête de la rue de Grenelle.

Spécialiste des Etats-Unis et des minorités

Universitaire âgé de 56 ans, spécialiste de l’histoire sociale des États-Unis et des minorités, Pap Ndiaye était jusqu’ici à la tête du Musée national français de l’histoire de l’ immigration​. Né d’un père sénégalais et d’une mère française, ce chercheur a été professeur pendant de nombreuses années à Sciences Po Paris, où il est apprécié de ses pairs et fait figure de « pointure » sur les questions liées aux minorités.

« Dans le domaine de l’Histoire, c’est quelqu’un qui a été innovant, il a su montrer une nouvelle manière d’appréhender le passé. Ses travaux sur la présence noire en France sont fondateurs », dit de lui l’historien Pascal Blanchard, historien spécialiste de la colonisation. « C’est un praticien, qui enseigne, qui sait ce que sait que d’être devant une classe d’élèves ! C’est bien d’aller chercher un pédagogue au moment où il y a un mal-être chez les enseignants », ajoute-t-il, saluant également « quelqu’un à l’écoute de la diversité » et « connaît les enjeux internationaux ». « Sur tout ce qui touche aux minorités, il incarne des orientations qui ne sont certainement pas celles que Jean-Michel Blanquer a mises en oeuvre », analyse le sociologue Michel Wieviorka. « Il a également la chance de pouvoir nous faire circuler entre différentes cultures », les Etats-Unis, l’Afrique et la France.

« Je m’assume tel quel avec ma couleur de peau »

Ancien élève de l’École normale supérieure de Saint-Cloud, agrégé d’histoire et titulaire d’un doctorat obtenu à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), Pap Ndiaye est le frère aîné de l’écrivaine Marie NDiaye, prix Goncourt 2009. Il a étudié aux Etats-Unis de 1991 à 1996 et s’est fait connaître du grand public en publiant en 2008 La Condition noire, essai sur une minorité française, son ouvrage de référence.

En 2019, toujours avec l’envie de vulgariser ses sujets d’étude, il devient conseiller scientifique de l’exposition Le modèle noir, au Musée d’Orsay à Paris, sur la représentation des Noirs dans les arts visuels. Plus récemment, il a co-présenté en 2020 un rapport sur la diversité à l’Opéra de Paris. Lors de son arrivée à la tête du Musée national français de l’histoire de l’immigration en mars 2021, il déclarait à l’AFP que sa nomination était un symbole pour les jeunes « non-blancs », même si elle était « d’abord due » à son travail d’historien et à sa « longue carrière d’universitaire ». « Je m’assume tel quel avec ma couleur de peau », ajoutait-il.

« Quelqu’un qui arrive à pacifier les tensions »

Réputé partisan du consensus, sa personnalité pourrait être un atout pour favoriser la réconciliation avec le monde enseignant, très critique à l’égard de Jean-Michel Blanquer. « Il est diplomate dans sa façon d’être aux autres. C’est bien car c’est un ministère qui a besoin de diplomatie », estime Pascal Blanchard. « C’est quelqu’un de très réfléchi, très posé », abonde Michel Wieviorka. « S’il a les moyens d’avoir la politique qu’il peut incarner, comme personnalité intellectuelle, je pense que nous irons dans une direction nouvelle ».

Pour Louis-Georges Tin, ex-président du Conseil représentatif des associations noires (CRAN), dont Pap Ndiaye a été vice-président du conseil scientifique, c’est également « quelqu’un qui arrive à pacifier les tensions », qui « crée du consensus par le haut » et « respectueux ». L’arrivée à l’Education nationale de Pap Ndiaye, qui avait signé en 2012 une tribune appelant à voter pour François Hollande, suscite la surprise. « Je suis stupéfait de cette nouvelle. Pour moi Pap Ndiaye n’était pas du tout là-dedans. Ce qui est sûr c’est qu’il fallait "déblanquériser" l’Education nationale », a réagi auprès de l’AFP le député LFI Alexis Corbière. Mais « ce coup médiatique, le seul de ce gouvernement terne, ne désamorcera pas la profonde colère dans l’Education nationale », estime-t-il. Pour le Snes-FSU, principal syndicat enseignant du second degré, « la nomination de Pap Ndiaye est une rupture avec Jean-Michel Blanquer à plus d’un titre ». Mais « l’Education nationale ne se gouverne pas uniquement à coup de symboles », met-il en garde dans un communiqué. « Les urgences sont réelles, des réponses rapides sont attendues, notamment en matière salariale ».

Déjà la cible de l’extrême droite

La nomination de Pap Ndiaye n’a pas manqué de faire réagir l’extrême droite, qui s’en est prise directement ce vendredi au nouveau locataire de la rue de Grenelle. « La nomination de Pap Ndiaye, indigéniste assumé, à l’Education nationale est la dernière pierre de la déconstruction de notre pays, de ses valeurs et de son avenir », a ainsi estimé sur Twitter Marine Le Pen.

« Emmanuel Macron avait dit qu’il fallait déconstruire l’Histoire de France. Pap Ndiaye va s’en charger », a réagi de son côté Eric Zemmour.