Gouvernement Borne : Les gagnants, les perdants, les surprises… On vous a résumé le nouveau gouvernement

QUI EST IN? QUI EST OUT? La majorité du gouvernement était déjà là dans l’équipe Castex, mais quelques changements sont à noter

Rachel Garrat-Valcarcel
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Gabriel Attal après la passation de pouvoir avec Olivia Grégoire au porte-parolat.
Gabriel Attal après la passation de pouvoir avec Olivia Grégoire au porte-parolat. — BERTRAND GUAY / AFP
  • Le gouvernement Borne n’est pas paritaire, même en comptant le Première ministre, il y a 14 hommes pour 13 femmes. Sa composition est relativement stable par rapport au précédent.
  • Le « trident » environnemental sera donc incarné par trois femmes : Elisabeth Borne, donc, à Matignon, secondée par Agnès Pannier-Runacher et Amélie de Montchalin.
  • Le gouvernement Borne a son « effet waouh » : la nomination de Pap Ndiaye comme ministre de l’Education nationale et de la jeunesse.
  • La nomination de Pap Ndiaye est considérée comme une ouverture à gauche. De la droite, arrivent Damien Abad, ex-président du groupe LR à l’Assemblée nationale, Catherine Colonna, ex-porte-parole de Jacques Chirac à l’Elysée ou le maire d’Angers Christophe Béchu.

Le 43e gouvernement de la Ve République avait une tête depuis lundi, il a désormais un corps. Il n’est pas paritaire, même en comptant la Première ministre (14 hommes, 13 femmes) et surtout les hommes sont largement majoritaires parmi les ministres et ministres délégués. On fait le tour de ce qu’il faut politiquement retenir de ce nouveau casting du début du second mandat d’Emmanuel Macron dont la composition est relativement stable par rapport au précédent.

Les gagnants et gagnantes

Le « trident » environnemental sera donc incarné par trois femmes : Elisabeth Borne, donc, à Matignon, secondée par Agnès Pannier-Runacher à la Transition énergétique et Amélie de Montchalin à la Transition écologique et Cohésion territoriale. Ce sont deux grosses promotions pour ces deux profils très technos, leurs faits et gestes seront scrutés au titre du tournant écologique qu’Emmanuel Macron veut donner à son nouveau mandat. Sébastien Lecornu, jusqu’ici ministre des Outre-mer, prend un ministère régalien avec le portefeuille stratégique des Armées.

Deux autres grosses promotions sont à noter dans le gouvernement Borne : celle d’Olivier Dussopt, qui passe au Travail. L’ancien socialiste semble donc celui qui devra assumer la réforme de la retraite à 65 ans. Et puis surtout Gabriel Attal confirme son statut de valeur montant de la macronie en devenant ministre délégué aux Comptes publics. C’est l’exemple même du ministère tremplin sous la Ve République. Gérald Darmanin, Valérie Pécresse, Bernard Cazeneuve, Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, Laurent Fabius ou Jacques Chirac y sont passés dans leurs jeunes années ministérielles.

Les cadres

Mais globalement, ce nouveau gouvernement est marqué par une grande stabilité : 15 des 27 membres étaient déjà dans la précédente équipe. Le gouvernement Borne fait la part belle aux « cadres ». Cela se retrouve tout en haut de l’ordre protocolaire : en deuxième en trouve Bruno Le Maire, qui conserve l’Economie et Gérald Darmanin, troisième, qui garde l’Intérieur. Plus surprenant : Eric Dupond-Mortetti reste à la Justice et est même 5e dans l’ordre protocolaire. Franck Riester, au Commerce extérieur, et Clément Beaune, aux Affaires européennes, restent aussi en place. Notons les petites promotions de petites mains efficaces du gouvernement, comme Marc Fesneau qui passe des Relations avec le parlement à l’Agriculture. Aussi, Brigitte Bourguignon, cheville ouvrière de la Macronie depuis l’origine, accède à un ministère de plein exercice : celui de la Santé et de la Prévention.

La surprise du chef (de l’Etat)

Comme Nicolas Hulot en 2017 ou Eric Dupond-Moretti en 2020, le gouvernement Borne a son « effet waouh » : la nomination de Pap Ndiaye comme ministre de l’Education nationale et de la jeunesse. L’arrivée de cet historien, clairement marqué à gauche, à la tête du musée de l’histoire l’immigration à Paris, est une grosse surprise. Parce qu’il n’a pas d’expérience en politique, encore moins ministérielle, mais aussi politiquement. Il représente, sur bien des points, une sorte d’antithèse des positionnements adoptés ces cinq dernières années par son prédécesseur, Jean-Michel Blanquer.

Le nouveau ministre est en effet assez loin de ses conceptions sur la laïcité très rigoriste, le « wokisme » ou « l’islamo-gauchisme » rampant dans les universités ou encore l’intersectionnalité des luttes féministes ou antiracistes. Si les tenants de cette ligne, plutôt proche du « Printemps républicain », sont sur le départ (El Haïry, Vidal), l’avenir dira s’il s’agit effectivement d’un changement de politique sur ces sujets pour Emmanuel Macron, déjà un brin perceptible dans l’entre-deux tour de la présidentielle. Au-delà, arriver à diriger un ministère si énorme que celui de l’Education nationale ne sera pas chose facile pour un novice. Le philosophe Luc Ferry s’y était cassé les dents il y a vingt ans.

L’ouverture

Le roman-photo du divorce entre Damien Abad est la droite a trouvé son épilogue sur le perron de l’Elysée : l’ancien président du groupe LR à l’Assemblée nationale a été nommé ministre des Solidarités, de l’Autonomie et des Personnes handicapées. C’est la marque d’une certaine ouverture à droite. A part Pap Ndiaye, les entrées viennent en effet plutôt de ce camp-là. C’est le cas de la nouvelle ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Catherine Colonna, longtemps porte-parole de Jacques Chirac à l’Elysée, puis ministre des Affaires étrangères à la fin de son mandat. Idem pour Christophe Béchu qui va s’occuper des Collectivités locales. Certes, contrairement à Damien Abad, le maire d’Angers se rapprochait depuis un moment déjà de la Macronie.

Les perdants et perdantes

On s’attendait aux départs de Marlène Schiappa (Citoyenneté), Barbara Pompili (Transition écologique), Frédérique Vidal (Enseignement supérieur) et Jean-Michel Blanquer (Education nationale). Pour ce dernier, la nomination de Pap Ndiaye à sa succession passe tout de même pour un désaveu de la tonalité politique qu’il a donné à son passage rue de Grenelle. Olivier Véran, lui, reste, mais passe de la Santé – où il a été sous le feu des projecteurs avec la pandémie – au plus feutré ministère des Relations avec le Parlement. Cela peut difficilement être vu comme une promotion… Même histoire pour le délégué général de LREM Stanislas Guerini, qui pourtant entre au gouvernement, au portefeuille de la Fonction publique. Mais cette entrée ressemble à une exfiltration, peut-être après ses propos polémiques sur la candidature de Jérôme Peyrat.

Plus surprenante est l’absence de Julien Denormandie, du noyau dur macroniste en 2017 et ministre de l’Agriculture dans l’équipe Castex. Il était pourtant vu comme un potentiel Premier ministre il y a seulement quelques semaines, ou pouvant incarner une part du « trident environnemental » annoncé à Marseille par Emmanuel Macron. Julien Denormandie était un des seuls ministres présents, cela avait été interprété comme un signe.