Législatives 2022 : Damien Abad, le patron des députés LR à l'Assemblée, claque la porte du parti

DEPART Les spéculations vont bon train sur un rapprochement avec la majorité présidentielle

20 Minutes avec AFP
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Damien Abad, chef des députés LR à l'Assemblée nationale, a claqué la porte du parti jeudi
Damien Abad, chef des députés LR à l'Assemblée nationale, a claqué la porte du parti jeudi — Vincent Loison/SIPA

Le symbole est frappant : à trois semaines du premier tour des législatives, le patron des députés LR Damien Abad a claqué jeudi la porte du parti, où les spéculations font rage sur un rapprochement avec la majorité.

« Je décide aujourd’hui de quitter ma fonction de président du groupe LR à l’Assemblée », a affirmé au Figaro Damien Abad, qui se met également « en congés » de son parti, Les Républicains.

Possible entrée au gouvernement ?

Ce départ n’est pas une surprise, tant les appels à sortir de l’ambiguïté s’étaient multipliés dans les rangs LR depuis la présidentielle. Jeudi matin, le patron de LR Christian Jacob lui-même l’avait sommé de quitter la tête du groupe, en s’exaspérant de le voir de nouveau retarder une clarification réclamée par ses collègues députés.

Pour justifier sa décision, Damien Abad invoque un souci « de cohérence et de responsabilité » mais aussi une volonté « de clarté dans [ses] choix futurs ». De quoi alimenter les spéculations sur une possible entrée au gouvernement ? Abad, qui ne fait « aucun commentaire » à ce sujet, balaie aussi l’argument que serait l’absence de tout adversaire LREM dans sa circonscription (la 5e de l’Ain).

« Il n’y a aucune contrepartie » et « je ne suis pas dans une logique de marchandage », martèle-t-il. Mais, explique-t-il, des « différences » avec son parti « se sont accélérées ces dernières semaines ». Notamment, il trouve « regrettable » que certains dans sa famille « fassent d’Emmanuel Macron l’adversaire numéro un », et l’assure : « Je ne me reconnais plus dans la démarche LR ».

Peu de dissidents jusqu’ici

Quoique attendu, le coup n’en reste par moins rude pour Les Républicains qui pouvaient jusqu’ici s’enorgueillir d’une bonne résistance aux tentatives de débauchages de la majorité. « On nous annonçait une soixantaine de députés qui allaient rejoindre la majorité présidentielle. On est passés à 40, à 30, à 10 », affirmait jeudi matin sur franceinfo Christian Jacob, en estimant que « ça finira peut-être à 4 ou 5 ».

Parmi les rares dissidences, celles de la députée sarkozyste Constance Le Grip et du pécressiste Robin Reda avaient été remarquées. Avec Damien Abad, c’est le patron des députés LR qui franchit le Rubicon. D’autres suivront-ils ? « Ma ligne politique (…) n’est pas si minoritaire que cela au sein de ma famille politique », répond-il laconiquement au Figaro.

« Indigne »

Damien Abad, qui se targue de « nombreux messages de soutien de la part de députés LR » à sa démarche avertit : « D’autres personnalités pensent comme moi, tels Nicolas Sarkozy, Jean-François Copé ou Philippe Juvin ».

Ces trois figures de la droite ont plaidé, sous diverses formes, pour un pacte de gouvernement avec la majorité. L’ancien président Nicolas Sarkozy notamment, qui n’a jamais soutenu Valérie Pécresse lors de sa campagne, a appelé dès le surlendemain du premier tour à voter pour Emmanuel Macron, et pas seulement pour faire barrage à l’extrême droite, mais au nom d’arguments de fond. Damien Abad, qui assure qu’il « reste un homme de droite », prône lui aussi « une ligne de clarté et de responsabilité, correspondant à une force de gouvernement ».

Premier élu handicapé à siéger à l’Assemblée

Son parti n’a pas attendu pour riposter. Dénonçant une « attitude indigne et méprisable », Eric Ciotti, tenant de la ligne droitière, a assuré sur Twitter que « nous soutiendrons face à lui Julien Martinez », qui avait été membre de l’équipe de Xavier Bertrand pendant les primaires LR à l’automne dernier. A la tête du groupe LR, l’intérim sera assuré par l’actuelle vice-présidente Virginie Duby-Muller, députée de Haute-Savoie.

Damien Abad, 42 ans, avait pris en novembre 2019 la tête du groupe LR au Palais Bourbon, fort d’une centaine d’élus, succédant à Christian Jacob devenu président du parti. Avenant et d’un abord chaleureux, il avait été en 2012 le premier élu handicapé à siéger à l’Assemblée.

Petit-fils de mineur né à Nîmes (Gard), diplômé de Sciences-Po Paris, il avait adhéré à l’UDF puis au Nouveau Centre, avant de rejoindre l’UMP (devenue LR) en 2012, au grand dam du président du NC Hervé Morin. Soutien de Bruno Le Maire lors de la primaire de 2016 avant la présidentielle, il avait ensuite fait campagne pour François Fillon. Damien Abad a aussi été vice-président de LR sous Laurent Wauquiez.