Législatives 2022 : « Nous n'avons pas les mêmes calendriers »... L'étrange début de campagne de Marine Le Pen

POLITIQUE Après une période de repos post-présidentielle, l'ancienne candidate mène la campagne des législatives sur le terrain, espérant faire entrer « 60 députés » RN à l'Assemblée nationale en juin prochain

Thibaut Le Gal
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Marine Le Pen en déplacement à Hénin-Beaumont.
Marine Le Pen en déplacement à Hénin-Beaumont. — FRANCOIS NASCIMBENI / AFP
  • Au lendemain de sa défaite à la présidentielle, Marine Le Pen a disparu des radars médiatiques.
  • La candidate du Rassemblement nationale s’est accordé une pause de deux semaines, durant laquelle Jean-Luc Mélenchon a mené une campagne tambour battant.
  • Depuis quelques jours, le RN tape fort sur le leader insoumis et espère faire entrer environ 60 députés à l’Assemblée nationale en juin prochain.

Après une très longue campagne, débutée dès janvier 2020, Marine Le Pen avait ressenti le besoin de souffler. La candidate du Rassemblement national avait subitement disparu du terrain et des médias après sa nouvelle défaite au second tour de la présidentielle face à Emmanuel Macron, le 24 avril dernier. Il aura fallu attendre deux semaines pour la voir réapparaître tout sourire au milieu d'un marché aux puces dans son fief d'Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais).

« Je vous ai manqué ? », s'amusait-elle alors, bien heureuse de retrouver les caméras. L'ex patronne du RN, qui a laissé son trône à l'eurodéputé Jordan Bardella, a surtout manqué aux siens. Car pendant ses deux semaines de mise au vert printanière, le Rassemblement national s'est retrouvé sous les radars, laissant toute la lumière aux marcheurs, et surtout, à Jean-Luc Mélenchon à quelques semaines de cruciales élections législatives.

« Il n'y a eu ni vacances, ni repos ! »

« Arrêtez de parler de repos, c’est une désinformation médiatique ! On a le droit de ne pas succomber à la dictature des médias. Marine n’a pas quitté la région parisienne plus de deux jours. Il n’y a ni vacances, ni repos ! », s'agace Gilles Pennelle, l'un des cadres du mouvement, alors que l'intéressée a pourtant esquivé jusqu'au traditionnel hommage à Jeanne d'Arc, organisé chaque année par son mouvement le 1er mai. « Tout ça, c'est de l'intox des médias qui ont décidé de construire une baudruche qui s'appelle Jean-Luc Mélenchon », ajoute-t-il.

En vieux sorcier de la politique, le patron de La France insoumise a réussi à s'imposer dans l'actualité politique, malgré sa troisième place. L'ancien sénateur a non seulement arraché au forceps une alliance de toute la gauche pour les prochaines élections, mais il l'a fait en convaincant ses alliés de se ranger derrère lui. Pendant que Marine Le Pen lui laissait le champs libre, le leader de la Nupes (Nouvelle Union populaire écologique et sociale) appelait sans répit les Français à « l'élire Premier ministre » les 12 et 19 juin prochains.

« Tout le monde sait qu'il s'agit d'une fable. Cette horrible coalition de "la gauche burkini" va capoter. Je crois qu'il s'agit en vérité d'un véritable épouvantail à électeurs », fulmine Gilles Pennelle, le responsable des fédérations du parti et candidat RN dans l'Ile-et-Vilaine. Son collègue Sébastien Chenu balaie aussi tout retard à l'allumage, mais reconnaît à demi-mot le joli « coup tactique » du tribun. « Nous n'avons pas les mêmes calendriers. Mélenchon avait besoin d'aller vite pour prendre de vitesse ses partenaires et concurrents de gauche pour mieux les mettre sous sa férule », glisse le député du Nord. « Il avait besoin d'aller vite pour faire ce coup-là. Nous, on ne cherche pas à faire des coups ».

« Nous ne sommes pas dans le cirque Bouglione de monsieur Mélenchon »

Néanmoins, pour limiter l'avance prise par son adversaire dans les médias et dans les sondages, Marine Le Pen ne manque désormais plus une occasion de taper dessus, comme ce mercredi. « Les Français ne veulent pas de Jean-Luc Mélenchon. Il a zéro chance d'être Premier Ministre. Il s’agit ici de mensonges pour tenter de tromper les Français, qui ne sont pas dupes de ces manigances. Nous sommes la seule opposition à Emmanuel Macron », a-t-elle lancé, lors d'un déplacement à Saint-Dizier en Haute-Marne, le premier en dehors de sa circo du Pas-de-Calais dans cette campagne.

Le parti à la flamme a d'ailleurs choisi une toute autre stratégie pour le futur scrutin. Marine Le Pen ne rêve pas de Matignon comme son adversaire, mais revendique plus modestement vouloir limiter au maximum la future majorité d'Emmanuel Macron. « Une logique institutionnelle », défendent les membres du RN, qui se voient accusés par la gauche de ne même pas essayer d'aller au combat. « Nous ne sommes pas dans le cirque Bouglione de monsieur Mélenchon, mais dans une opposition déterminée et sérieuse. Il faut que la majorité du président soit la plus courte possible, pour l’obliger à être dans la négociation permanente », justifie ainsi Sébastien Chenu.

Si le Rassemblement national se montre si prudent, c'est qu'il a en tête la maigre moisson de 2017. Malgré la qualifcation au second tour de la présidentielle, le parti de Marine Le Pen n'avait obtenu que huit élus aux législatives suivantes. Cette fois, la députée du Pas-de-Calais espère pourtant bien un groupe et vise même une soixantaine de députés. « Sur le terrain, ça n’a rien à voir avec 2017, où les gens, déçus par le débat d’entre-deux tour, nous disaient qu’ils n’iraient pas voter. Je suis d'ailleurs convaincu que nous ferons davantage de second tour que LFI », ajoute ce proche de Marine Le Pen.

Comme pour les municipales 2020 et les régionales l'année suivante, cette dernière ne devrait pas chômer d'ici le premier tour. Son équipe évoque deux à trois déplacements et plusieurs médias chaque semaine. Avant un grand meeting de fin de campagne, probablement dans le Nord. Suffisant pour rattraper le temps perdu ?