Gouvernement Borne : Gabriel Attal nommé ministre délégué au Budget, pourquoi une telle promotion ?

MACRON 2 Celui qui était jusqu’alors porte-parole du gouvernement devra trouver sa place dans ce ministère technique

Delphine Bancaud
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Gabriel Attal, le 4 mai 2022.
Gabriel Attal, le 4 mai 2022. — AFP
  • A 33 ans, Gabriel Attal devient ministre délégué au Budget.
  • Après avoir occupé la fonction de secrétaire d’Etat chargé de la Jeunesse, il a connu un parcours réussi en tant que porte-parole du gouvernement.
  • Il incarne aussi une nouvelle façon de communiquer en politique.

En cinq ans, il s’est imposé comme une figure importante de la Macronie. Gabriel Attal a été nommé ministre délégué aux Comptes publics ce vendredi. Une très belle promotion pour celui qui était porte-parole du gouvernement depuis 2020, après avoir occupé la fonction de secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Éducation nationale et de la Jeunesse pendant deux ans. 

Ces dernières semaines, le nom de Gabriel Attal était murmuré, ainsi que celui de Julien Denormandie, pour succéder à Jean-Michel Blanquer à l’Education. Mais c’est finalement Pap Ndiaye qui s’est imposé, Gabriel Attal devenant, lui, le grand argentier en héritant du Budget. Une décision qui n’étonne pas Frédéric Dabi, directeur opinion de l’Ifop : « Parmi les personnalités qui étaient encore inconnues en 2017, c’est lui qui a le plus percé en termes de popularité. Il apparaît désormais comme un incontournable du gouvernement ». D’ailleurs, dans le baromètre des personnalités de Paris Match/Sud Radio – Ifop/Fiducial publié en avril, 38 % des Français déclaraient avoir une bonne opinion de lui.

« Gabriel Attal a fait un sans-faute à ce poste »

Bien que très jeune, Gabriel Attal peut se targuer d’avoir déjà une solide expérience politique. Adhérent du parti socialiste à 17 ans, il entre à 23 ans au cabinet de la ministre de la Santé, Marisol Touraine, en tant que conseiller chargé des relations avec le Parlement. Dès 2016, il rejoint En marche et devient le porte-parole de La République en marche fin 2017. Cette même année, il est élu député des Hauts-de-Seine. Puis siège à la commission des Affaires culturelles et de l’Éducation à l’Assemblée nationale. Mais c’est en 2018 que les choses sérieuses commencent vraiment, lorsqu’il est nommé secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Éducation nationale et de la Jeunesse à 29 ans.

Chargé de mettre en œuvre le service national universel, il se fait remarquer par son style dynamique et sa manière de renouveler la communication en politique. Il utilise YouTube, Twitch et Instagram pour toucher la jeunesse et promouvoir le SNU. A l’été 2020, il obtient une grosse marque de confiance en héritant du porte-parolat. Une mission d’autant plus délicate qu’il succède à Sibeth Ndiaye, qui avait commis quelques gaffes mémorables avant lui. Selon Frédéric Dabi, « Gabriel Attal a fait un sans-faute à ce poste. En pleine crise des "gilets jaunes", il est apparu comme la voix de défense de la Macronie. Et lors de la crise sanitaire, il n’a pas fait de grosse bourde et ses prises de parole répétées l’ont définitivement installé. » Même son de cloche chez Emmanuel Rivière, le directeur des études politiques de l’institut Kantar : « Il a attrapé la lumière et a su trouver la bonne posture : il n’a pas été trop langue de bois et n’a pas commis de faux pas. »

« Il connaît la maison et il sait négocier, ça devrait l’aider »

Très souvent invité sur des plateaux télé ou lors d’émissions radio, il s’est aussi démarqué par ses punchlines et son goût de la joute verbale. Comme lors de ses débats face Jordan Bardella, où il s’est montré pugnace. « Il a compris qu’il ne devait pas se contenter des communications ex cathedra, en fin de Conseil des ministres, le mercredi. Certaines de ses interventions sont apparues comme courageuses, surtout lorsqu’elles avaient lieu dans un contexte politique difficile », souligne Fredéric Dabi. D’autant que l’homme a souvent été victime de messages homophobes et antisémites sur les réseaux sociaux. Un avis partagé par Christelle Craplet : « Ce poste lui a permis d’exister médiatiquement. Il a trouvé sa place, sans susciter de polémiques ou créer de couacs ».

Désormais à la tête du Budget, sous la houlette de Bruno Le Maire à l’Economie, un grand défi l’attend. Mais sa jeunesse pourrait-elle le désavantager à ce poste ? « Je crois que c’est devenu un non sujet car non seulement, il a fait ses preuves, mais Macron a renversé les habitudes dans ce domaine », souligne Christelle Craplet. « Il sait négocier, ça devrait l’aider à ce poste », conclut Frédéric Dabi.

* Enquête menée par téléphone les 30 et 31 mars 2022 auprès d’un échantillon de 1.002 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas.