Législatives 2022 : Elisabeth Borne, une « techno » qui va jouer sa survie dans le Calvados

PREMIERE FOIS La Première ministre se présente pour la première fois à des élections législatives dans le Calvados en juin prochain

Thibaut Le Gal
— 
Elisabeth Borne part en campagne.
Elisabeth Borne part en campagne. — ELINE BREGAND/SIPA
  • Elisabeth Borne a été nommée Première ministre par Emmanuel Macron lundi.
  • L'ancienne ministre du Travail mènera la campagne des législatives pour le camp présidentiel.
  • L'ancienne « techno » jouera également sa survie à Matignon puisqu'elle est candidate dans le Calvados.

Dans l’enfer de Matignon et bientôt dans l’arène électorale. Elisabeth Borne a été nommée lundi soir Première ministre par Emmanuel Macron. L’ancienne ministre du Travail a désormais quelques heures pour composer son gouvernement et s’atteler aux premières réformes, notamment la mise en œuvre du chèque alimentaire dans un contexte de forte inflation. Mais elle devra en parallèle mener la bataille des élections législatives, prévues les 12 et 19 juin prochains. Un défi à hauts risques d’autant que sur ce scrutin, l’ancienne « techno » joue sa peau.

« C’est courageux, elle ose prendre ce risque »

C’est la tradition : en tant que cheffe du gouvernement, Elisabeth Borne a pour mission d’obtenir une majorité à l’Assemblée nationale. Mais son entourage a rapidement confirmé que l’ancienne préfète maintenait aussi sa candidature dans la 6e circonscription du Calvados. « Si je m’engage dans le Calvados c’est parce que j’y ai beaucoup de souvenirs, c’est toute mon histoire, c’est toute ma famille, toute mon enfance », disait-elle au début du mois. La candidate rappelait à qui veut l’entendre que son grand-père avait été maire de Livarot, une commune du coin, censé évacuer tout procès en parachutage.

« Quand on aime la politique, on a vocation à se confronter au vote. En plus de ses compétences et de son beau parcours professionnel, cette démarche la légitime encore davantage dans son rôle de cheffe de la majorité », indique Maud Bregeon, porte-parole d’En marche et candidate dans les Hauts-de-Seine. Une manière, aussi de balayer les premières attaques sur son profil de haut-fonctionnaire n’ayant jamais affronté le suffrage des électeurs. Car Elisabeth Borne avait déjà envisagé de se présenter aux élections municipales en 2020, à Caen, puis aux élections régionales de 2021 en Normandie. Mais sans jamais aller au bout. « Cette candidature la distingue positivement du prétendu leader de l’opposition [Jean-Luc Mélenchon, pas candidat aux législatives] qui rêve de Matignon. J’entends beaucoup d’indélicatesses de la part de l’opposition, qui entend la remplacer dans un mois. Mais, elle, ose prendre ce risque. C’est courageux de sa part », abonde Sacha Houlié, député LREM de nouveau candidat dans la Vienne.

« Il n’y a pas d’un côté les technos et de l’autre les gens de terrain »

Un pari « risqué » car une défaite personnelle en juin mettrait sans aucun doute fin à ses ambitions. En 2017, l’Elysée avait ainsi annoncé que les ministres battus dans leur circonscription devraient démissionner de leur poste. Une règle déjà édictée en 2007, qui avait contraint Alain Juppé à quitter son poste de numéro 2 du gouvernementaprès avoir perdu d'un cheveux dans sa circo bordelaise. Dans l’opposition, on rêve de faire subir le même sort à la macroniste. « Elisabeth Borne incarne le pire des réformes antisociales d’Emmanuel Macron : la privatisation progressive de la RATP, la réforme SNCF, l’inaction climatique et la terrible assurance chômage. On souhaite donc la mettre à la retraite dès le mois de juin, que son mandat soit le plus court possible », lance Noé Gauchard. Le candidat Nupes (Nouvelle union populaire, économique et sociale), étudiant de 22 ans et activiste écolo, se retrouve propusé en première ligne du combat de la gauche contre Emmanuel Macron. « Ca ne change rien au fond de notre campagne, mais cette élection devient désormais un symbole pour les gens de notre circonscription », ajoute-t-il, alors que Jean-Luc Mélenchon n'y a obtenu que 18 % des voix en avril dernier.

Habituée des cabinets ministériels et des grandes entreprises, Elisabeth Borne devra donc batailler au plus près des citoyens. « Il n’y a pas d’un côté les technos et de l’autre les gens de terrain, on peut aimer avoir les mains dans le cambouis et avoir aussi le goût du terrain », balaye Maud Bregeon. « C’est son cas, une femme de dossiers et une militante. Je l’ai vue pendant la campagne, elle a un contact très facile avec les gens, c’est une femme simple et abordable. C’est une techno de terrain », s’amuse la porte-parole. En bonne « techno », la candidate n’a pas choisi le plus difficile des terrains de bataille. Il y a cinq ans, dans la 6e circo du Calvados, l’ancien député LREM Alain Tourret l’avait emporté facilement au second tour face au candidat FN Jean-Philippe Roy, avec plus de 68 % des suffrages. 

Les candidats de la 6e circonscription du Calvados.

  • Elisabeth Borne (Ensemble)
  • Bruno Battail (Parti animaliste)
  • Jean-Philippe Roy (Rassemblement national)
  • Noé Gauchard (Nouvelle Union populaire écologique et sociale)
  • Pascale Georget (Lutte Ouvrière)
  • François Ormin (Libertés et Territoires)